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Chérie et Léa
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 Article publié le 12 janvier 2020.

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Un quart de siècle n’est rien en comparaison de l’intensité de la relation. La temporalité biologique s’efface tout naturellement devant le temps commun, le temps partagé.
Dans un milieu aisé, certes, dans un milieu mondain, en ce début de XXe siècle qui annonce le fracas imminent des nations européennes, au moment ou Marcel Proust essuie nombre de refus à cause d’une prose dont les étirements monumentaux charrient souvenirs, fantasmes, perceptions … rêveries … qui mettent en relief un style nouveau, un style singulier, un style reconnaissable entre tous, annonciateur d’une nouvelle pierre à l’édifice littéraire.
Le style de Colette est net, lui aussi, mais tranché, comme si la nuance était de suspicion frappée. Simultanément, la description penche vers la variété, soulignant sans doute le goût de l’auteur pour la peinture impressionniste. Oui, les cadres domestiques et la nature sont passés au tamis de petites touches rapides et précises. Les couleurs, les odeurs, les distances, tout cela est aussi important que les faits et les décisions.
La Belle époque …
Un quart de siècle d’écart, donc, signifiant simplement que le jeune Chéri cherche d’emblée le meilleur. Oui, Chéri conquiert Léa tel un jeune prince qui s’arroge le plus beau des butins. Et Léa consent, surprise et flattée, surprise et finalement honorée. Pouvait-elle réellement résister à la détermination sans faille de ce jeune loup ?
La symbiose est immédiate. Si Chéri est trop jeune pour les choses de l’esprit dont il n’a en outre aucune passion, il participe en revanche à l’édification d’une relation sensuelle et affective que l’on peut qualifier de totale, conduisant Léa à une immense dépendance. Les forces de l’affect sont si puissantes qu’elles sortent les amants de la configuration sociale. Démonstration, une fois de plus, que la cristallisation s’extrait du monde pour se suffire à elle-même.
Pendant six ans, Léa parvient à domestiquer le petit fauve. Elle aimerait poursuivre. Mais le monde et son réalisme sont de retour, prêts à fracasser le concept de bonheur. Si Chéri consent au mariage, c’est par dépit. Tout se joue en une fraction de seconde semble-t-il, un rien qui change la donne. Pire : qui conduit Chéri vers la double tragédie que sont le mariage avec une fille de son âge et la guerre qui arrive.
L’on eût aimé que le destin prolongeât leur union, pour voir peut-être jusqu’où ce même destin aurait pu conduire. Mais la misogynie colettienne en a décidé autrement, transformant Chéri en soldat traumatisé par la guerre et incapable de s’inventer de nouveaux repères, dans une société où les femmes sont plus pragmatiques voire cyniques que jamais. Le peu de considération de Colette pour les hommes prend ici tout son éclat, à travers la fatalité masculine frappée du sceau de la tragédie …

 

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