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Seriatim 2
Seriatim 2 - Tantôt il se sentait citadin tantôt rue tantôt vitrine (Patrick Cintas)

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 Article publié le 3 mai 2020.

oOo

Vouais vouais

 

Tantôt il se sentait citadin tantôt rue tantôt vitrine

/ comment voulez-vous

Que sans vitrine

La ville respire

/ après tant de siècles

Passés à nourrir l’Histoire

. Les gens à la fenêtre

Sont rares ici, dit-il

. Nous étions attablés

Sous la bâche bleue.

Nous aimons ces instants

De café partagé.

Nous aussi nous respirons.

Le Temps nous étreint

Bien un peu : cette gorge

Que la Guerre n’a pas

Encore tranchée : glotte

Comme un ascenseur

Dans la cage des rites

Quotidiens / vouais vouais

. À part profiter comme

Le permet notre position

Sur l’échelle sociale

… quoi faire d’autre ?

Ne montez jamais plus haut ni n’allez jamais aussi loin.

Lions des jardins où le concept colonial continue

D’encrasser les oreilles de la jeunesse tentée

Par l’aventure des sommets :

Au bois nous n’irons plus,

Sous le soleil d’été.

Au bois ni dans les livres

Nous n’irons pour attendre.

Ça finissait toujours

Par cette solitude

Qui voyait s’éloigner

La promesse de l’autre.

Maintenant la vitrine,

Instrument de l’abîme,

Ne s’éteint plus la nuit.

Nous descendrons ensemble

Pour recompter nos sous.

« je l’ai connue quand elle n’avait pas l’âge

/ mais rien n’a commencé par l’Enfer / ni

Autrement d’ailleurs : manège d’ouvriers

Aux portes de l’été / au bois voulait aller

Mais ce sens s’est perdu : »

Faites chanter le vin

Avant qu’il ne soit bu /

 

vouais / peut-être pas si tôt : le totte du matin /

« ne raisonnez pas comme si vous étiez moi »

Le passage de la logique au taxon : rata la marche

Et se cassa le nez sur le palier du premier : volée

Trop vite / « si j’étais vous je ne dirais pas ça »

Tantôt lui-même, entre déni et fiction, tantôt

N’importe laquelle de ces vitrines de fin d’année /

« votre comédie arrgh ! je l’ai en travers de la gorge »

Descendant le premier venu comme le suivant :

Ces passagers qui nous rendent visite comme si

Nous étions riches : que viennent-ils chercher ?

Étages élevés il y a plus d’un siècle :

Marches changées deux fois dont

Récemment : ainsi que l’ascenseur

Mais pas seulement la cage : perroquet

De nos vieilles habitudes / fientes

Des journaux et pornographie des lieux

 : « un jour vous me remercierez, vous

verrez » / comme cela se fait entre

Bons amis : à cette hauteur de la so

De la Société des Amis du Domestique

Emprunté. Vouais et non. Prenez

Puisque j’offre / J’ai contracté le virus

De la rage avec elle : pourquoi se perdre

Dans la forêt obscure du désir

Quand on habite un endroit si charmant ?

 

Introduction quotidienne du petit bout de bois /

Nous n’irons plus / pourtant nous avions aimé

Ces changements : nous avons même ramé

Vers l’amont : luttant contre le vent : harassés

De soleil / ou bien je godillais debout / tourné

Vers la fin en estuaire / une anguille étincelant

À un mètre de profondeur : tu n’imagines pas

La force qu’elle peut développer au bout du fil !

Les coquillages morts invitaient au repos.

Pas un signe de vie à la surface / des noirs

Et des blancs / sans géométrie ni mouvement

/ incompatible avec le regard cette étendue

Que la mer retrouve à heure régulière : vouais

J’étais là aussi mais sans mots pour en dire

Quelque chose de sensé : « pourquoi ici ?

Pourquoi cette Histoire et pas une autre ?

Quelque chose me ronge de l’intérieur »

Je n’ai jamais su si j’y habitais ou si j’en rêvais

/ siècle à messages / sauts des puces sur le sable

/ l’enfant en trouve une dans ses poils / pourquoi

ici ? « je ne sais même pas si ça a de la valeur »

Raison de plus.

 

Pourtant les bois étaient jolis et agréables à vivre.

Des sorcières en rond /

Des flaques comme neige

Des hauts sommets /

Les miroirs de l’eau en l’air

/ qui a perdu les vers de Sappho ?

Poisson sans écailles au feu de bois.

Chair douce et langue dehors.

Ces épines au passage /

Bras nus des réfractions sauvages

/ qui n’a pas écrit quelque chose

De sensé sur le sujet ? / la mer

Dépose son sel sur les piliers.

Ou bien tu désertes les lieux.

« Aller au bois est une mauvaise

Habitude il faudra que ça te passe

Sinon tu ne deviendras pas celui

Que je ne suis pas / »

Vous refermez la porte du salon.

L’odeur du tabac dans les rideaux.

Les noirs de la bibliothèque. Orages.

Façon Courrèges une casquette

Portée sur l’œil : le shoot sur le gazon

Et la proximité des fenêtres d’azur

Volé comme lettre à l’imagination.

Quelle extase ! Nous en sommes tous

Là. L’ivresse ou la dure réalité des jours.

Comptant sur le sommeil pour habiller

La Nuit. « vous le savez, vous, qui

a perdu ces vers ? » / si je le savais

Ah vouais ! mais je ne sais rien d’aussi

Précisément possible et à la lettre /

Le tram et le grison. Roman à faire.

Des fois je suis ce que je suis et des fois

Non. Toutes les scènes de Iago coupées.

1097. Dit la préface bien renseignée /

 

Coupez le son et n’interprétez plus.

Désaturez l’image jusqu’au noir.

Vous ne pouvez pas déconnecter

Sans perdre les sources : alimentations

Par signaux / nous communiquons aussi

Par virus interposés / un coup frappé

Sur le plancher ne perd pas son sens

/ voisin impatient le vendredi / nous

Allons au bois cueillir des / qui n’aime

Pas ses murs : tantôt lui-même tantôt

Mur / voire murs / plans non sécants

/ forment l’habitat / imitation d’un bois

Au croisement des façades : chaisière

En poste depuis toujours : semble-t-il /

« depuis combien de temps habitons-nous

ici ? » / ou : à quel moment prononce-t-on

Le mot jamais ? Nous allions pour revenir

/ jamais le contraire / heureusement il y a

Des vitrines pour abriter nos personnages

 : déni et fiction à tous les étages / rata

La première marche à la hauteur d’un regard

D’enfant : « dis-moi si je chante bien » /

Pas chanter : exister / pléthores de messages

Sous prétexte de poésie / « je n’ai jamais su

si tu dis vrai » / trouble psychique / aucune

Ligne de composition : va au bois comme on va

En vacances avec les siens / ne cherche pas

Plus loin : dispute des partisans du commerce

Avec les tenants de la joie / pas plus loin

Que le bois ni plus haut que l’étage /

« bon sang chéri ! qu’est-ce que nous avons

perdu toi et moi ?

— Sappho. »

 

vouais vouais vouais

/ repose le verre et allume sa clope :

« c’est déjà fini » / évoque un vieux film

Qu’il n’a pas revu depuis longtemps :

Il en sortait avec l’envie de recommencer.

« pas eu le temps de » / ni celui de penser

À retrouver le premier sens donné /

vouais vouais vouais

ou bien s’agissait-il seulement de le prendre

/ dans ce cas qu’est-ce que j’ai perdu ?

/ moi qui me souviens de tout mieux que Marcel

/ séjournant dans la bibliothèque aux cuirs

Craquelés comme des Bosch / finement /

Séparé du jour par les fenêtres / cadavres

Alignés comme après la bataille / jamais

Plus aussi proche d’en finir avec cette angoisse

/ « ça se passe comment pour vous ? » /

Je l’ai eu su / naguère au bois en toutes saisons

/ riant comme un mort / « vous n’allez donc

plus au bois » /

vouais vouais vouais

Bouffée sans conviction : on dirait que la braise

S’amenuise / l’auriculaire en crochet / détails

Pour une future mise en scène de la déconfiture

 : des fois qu’on me demande d’exister avant de /

« vous voyez ce que je veux dire » / vouais vouais vouais

 

Ensuite ? / Ensuite on est remonté

Et on s’est couché dans le même lit

Parce qu’on a une seule couverture.

Sinon on a deux lits et deux lampes

De chevet / avec livres et manuscrits

Autographes / pas riches mais royaux

/ « je crois que le temps est venu de vous remercier

De m’avoir écouté / »

Vous aimez ?

Ancolies des fossés et des talus.

Jambes nues dans les herbes.

Laissez-moi rêver avec vous.

Ne sommes-nous pas heureux ?

Oubliés les aïeux, les semblables.

Le sceptre et le godemiché.

Montez sur ce trône et trônez !

Vous souvenez-vous de cette fraîcheur ?

Quelle source n’y coule pas ?

Vous avez tant écrit pour ne rien dire !

Et si peu pour exister avec moi.

Cueillez le fruit de nos amours

Et épousez sa promesse d’avenir.

Sally.

 

« vouais vouais vouais

Je me souviens de ça de tout d’elle de lui du bois

/ écrivais des lettres / entre les murs / des lettres

Comme personne n’en a jamais écrit / tramontane

À l’appui / quelle domesticité me servait alors ?

Hidalgo en quête de terre / pourquoi cette hiérarchie

Inspirée (que tu le veuilles ou non) par l’idée de Dieu ?

N’en parlons plus si vous voulez / un fond de bouteille

/ et ce mégot / nos spectres dans le miroir / le torchon

Du bartender essoré au-dessus de l’évier / je n’ai plus

Rien à dire à propos de ce bois : je peux revenir

Si ça vous chante »

 

Bois des gravures.

Empilement en coin.

Jour s’y fragmente.

Dos courbé en ombre chinoise.

Mouches des rideaux.

« vous ne saurez jamais »

Nous avançons à tâtons,

À moins de ne pas être seul.

Plaisir de la compagnie.

De la foule. Du tout en marche.

Nous finissons non pas dans la poussière

Mais au sein même de la masse.

« Comme c’est joli ce visage serein !

J’aimerais en posséder un comme ça !

Je n’ai jamais eu de chance avec les hommes.

Des fois je me dis que je ferais un bon poème

Et d’autres fois j’ai du mal à me regarder

Dans vos miroirs oh mon Dieu que de miroirs

Ici ! / avec vous et sans vous : ces miroirs ! »

 

 

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