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Seriatim 2
Seriatim 2 - Entre l’alchimie de la douleur (Patrick Cintas)

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 Article publié le 24 mai 2020.

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Entre l’alchimie de la douleur

Et les illuminations du verbe :

Pas de place, ni un interstice

Pour retrouver l’anus des premiers

Plaisirs solitaires / observation

Tranquille depuis des années

D’une interminable transition

Entre l’idée et ses applications

Dans la vie quotidienne / parce

Qu’il y en a une et elle prend

Toute la place : je t’écris dans

Dans mon matelas doublé

De mouettes et d’autres promesses

Non tenues. Ne te formalise pas

Si je te dis que les enfants (les tiens)

Sont bien où ils sont : ici le ciel

Prend autant de place que l’eau.

Je fume un mélange aromatique

Qui me rapproche des autres,

Surtout à l’ouvrage commun

Qui amenuise nos esprits autant

Que nos corps / je n’avais jamais

Vu d’hommes d’aussi près /

L’ambre des reflets que les yeux

Posent sur moi m’inspire /

Pas de draps mais un sac qui

A appartenu à un mort en héros

/ odeur moins forte que la mienne

/ nous n’avons pas perdu la côte

De vue : une autre côte apparaît

Quelquefois mais je ne sais pas

Dans quel horizon / nous croisons

Des touristes nus / peu d’épaves

À cette distance : je les cherche

Du regard si on m’en laisse le temps

/ je ne sais pas ce qui m’a pris

De conclure ce voyage retour

Compris / nous en sommes tous

Là (me dit-on) pour une bonne

Raison : manque de maîtrise ou

De connaissance des lieux / le temps

Se charge du reste / temps et lieux

Et rien d’autre à se mettre sous

La langue : les chansons reviennent

Porteuses de traditions bien utiles

Mais sans autre saveur que l’amertume

Des jours et la panique des nuits /

Ceci n’est pas un voyage :

Je le précise

Au cas où tu t’imaginerais

Que j’en ai conçu l’itinéraire

Ou que j’ai pris le temps en marche.

Je n’ai rien pris ni conçu, princesse.

J’ai à peine profité d’un instant

De lucidité : à la faveur d’un quai

Qui m’a paru tranquillement posé

Sur la mer / sans cette terre que tu

Nourris de ton sexe et de tes projets

Professionnels / j’ai cru être moi /

Je ne dis pas que je n’y crois plus :

Précision / tentation de me jeter

À l’eau pour aborder un yacht

Et saisir à pleines mains ces autres

Mains qui connaissent les limites

Du jeu mieux que moi : seins tendus

Jamais tranquilles et ventres plats

/ sauf les jours de pluie que le vent

Ne se prive pas de retourner contre

Nos attentes / veux-tu que je te dise :

J’aime cette existence à défaut

De l’avoir gagnée sur la tienne /

Lettre coupée de quarts chaque

Fois que le calfeutrage suinte et

Laisse cristalliser son sel : l’amour

N’est plus au rendez-vous des fées.

La poésie s’étire de paresse ou de :

Lassitude / ne deviens pas la prose

De Troie / pas de cheval ici : armure

De toile dure que l’embrun saccage

/ méthode de la lenteur / fumées

Aphrodisiaques ou hallucinatoires

/ la journée hachée par les heures

/ les tambours sans messages :

Il n’écoute que le frottement des

Poulies : le claquement des câbles

/ les saisissements de la coque et

Les ravissements de ses fantômes.

Quelles antistrophes dans l’écume !

Ces allers-retours finiront-ils par me

Rendre à la terre ? Zinc des repos

Bien mérités / l’intervalle aux putes

En âge de concevoir : selon obsession.

Lit ou trottoir au gré de la chance qui

(comme tu le sais à mon propos)

Tourne ou ne tourne pas : résiste

Ou se laisse emporter par les vortex

De ce qui n’a jamais été une passion

(loin de là et loin de moi cette idée !)

Enfin : tu existes. Mes flacons de sperme

Patientent dans la neige. Je ne vieillis

Pas. Je ne m’use pas. Je n’ai même

Jamais autant existé que maintenant :

Cet aujourd’hui qui attend les soirs

Dans le miroir des creux / belles mouettes

Prenant le vent / la pluie est douce

Souvent, rarement plus réaliste que

Toi. Puisqu’il est impossible de monter

Au ciel en bateau et que celui-ci

Ne m’appartient pas : c’est l’horizon

Qui me conseille les profondeurs /

Nous sommes conçus pour en mourir

Vite : une minute mais est-ce l’angoisse

Qui s’en mêle ? Les poissons morts

Retournent d’où ils viennent, inutiles

Ou non standard / n’ayant pas de

« spécialité » : je manœuvre dans le sel.

Mais la mer ne me laisse pas le temps

De me dessécher comme une momie.

Et même dans la lorgnette aucun mythe

Ne signale les limites du jeu : le sang

N’aime pas le sel / et je ne tournoie pas

Avec les épaves comme tu le crois

Encore / écrasement des chairs sous

Le couteau puis fentes jusqu’aux doigts

 : le métier : il en faut un : on ne le trouve

Pas : on prend ce qui appartient aux autres

 : où on l’achète si Dieu le veut : dieu patrie

Des douteurs / des ergoteurs / des bavards

/ dieu souche nationale / dieu sacrifice

Et mérite / mais au large Dieu n’existe

Plus : il ne reviendra pas en explication

Sensée / Tu ne m’attends plus sur le quai.

Les vitrines sont éteintes. Les balcons

Déserts. Les rues disparues. Les enfants

Au lit. Rien n’est plus comme avant.

Et je t’écris pour ne pas écrire /

Pour ne rien dire qui puisse meubler

La solitude d’une inconnue aux yeux

De braise / bamboulas des tisons mais

Sans loups à la rime / fenêtres de verre

Gagnées sur les cadavres patriotiques

/ l’horizon conseille les profondeurs /

Je n’arrête pas de me le répéter mais

Je suis à l’heure : on peut compter sur

Moi à bord / on connaît mon nom /

Pas de perroquet sur l’épaule ni de trésor

En tête / aucun crime de sang en perspective

/ rien sur la vengeance / ni sur le remords /

Aucun ami à informer / des voisins « charmants »

/ je ne suis qu’un personnage en quête

D’achèvement / jeu des bielles grasses et

Têtues / ce cognement incessant dans le coussin

/ tu ne connaîtras jamais ça / alors plus

D’enfant s’il te plaît ! / plus de prétexte

À continuer ce que les autres savent mieux

Que nous /

Ezra à Sally

Lettres de mer

Extraits choisis

(par qui ?)

 

Quels déchirements de pages dans le vent !

Mieux que par le feu ou les influences de l’eau !

Terre des grattements / la nuit quand personne

N’est là pour en témoigner /

 

Nous savons chanter

Alors chantons !

Rien de mieux

Que ces métronomes

Pour enfoncer le clou

Dans la tête.

Inspire la danse

Et danse toi aussi.

Nous sommes nés

Pour revenir

En héros vaincus

Par la douleur et le verbe.

 

« ça va finir par de la mixture en pot de verre ! »

Chasseurs passants de bon matin fusil sur l’épaule

Et cadavres à la ceinture / bois sans soif sinon crève

De peur : donne-toi en spectacle : ça leur servira

De leçon ! « qu’est-ce que je fous ici ? j’y étais pas

Ya pas une heure : dans le lit de ma prochaine /

Ah ça non j’y étais pas ! » / chiens aux babines lasses

/ tintements des Duralex / le miroir des mouches

Et les rideaux à transparence de rue / sa tête

Penchait et il relisait : voix basse le dos tourné

À la compagnie éparse à cette heure « j’y étais !

maintenant je me souviens ! » / voit l’autre qui

S’égaille et en redemande malgré l’aspect

Déconcertant de son ardoise / « qui t’attend ? »

Voulant dire : qui es-tu en train d’attendre, lisant

Et relisant cette foutue lettre que tu n’as pas écrite ?

N’imaginant pas une seconde que quelqu’un

Attende quelque part : que ça arrive (peut-être enfin)

Il se gratte le menton

Répète : en train quelqu’un enfin / rejoue les mots

Sur le tapis avec les dés : « j’ai jamais joué autant

Que depuis que je n’y prends plus plaisir » / mort

Pour la France / « moi aussi j’écrivais à l’époque /

Je lui écrivais / lui c’est elle : n’allez pas croire…

Dans la famille on tient à la femme et les hommes

Sont destinés à… / vous connaissez pas mon frère ?

Jamais joué [en train quelqu’un enfin lui (elle)]

Par grattement ou autre chose / jamais de la vie !

Vous me croyez n’est-ce pas ? »

 

Nous avons raison

D’avoir tort

Chaque fois

Qu’on nous veut du mal.

 

« oublié le reste de la chanson…

Vous écrivez quoi… ?

Vous ai vu débarquer…

Ça m’a rappelé des choses…

Ce sac qu’on trimbale…

Qui peut comprendre… ?

Prenez le rythme…

Là où il se trouve…

Dans la poche du pigeon…

Mais des fois (ça arrive)

On a plus les moyens…

Vous avez les moyens… ?

Comme le monde est petit… !

Vous et moi c’est pareil…

Des années entre nous…

Mais du pareil au même…

Pourquoi vous écrivez pas un roman… ?

Avec un chapitre de mon histoire…

Rien qu’un avant que j’y passe…

Vous sentez la poésie… ?

Ça brûle encore la gorge…

Ça a du mal à passer sur la langue…

J’en ai les dents bringuebalantes…

Vous fumez pas non plus… ?

Je vous laisserai partir…

J’en ai laissé partir des tas…

Et ils reviennent ou pas…

Ya pas de règle en la matière…

Ça va ça vient et je suis là…

Ne vous étonnez pas

Si vous m’avez déjà vu…

Si les circonstances…

Monsieur… vouais… »

 

 

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