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Elle est jolie la fleur (extrait)
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 Article publié le 12 juillet 2020.

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Cette nouvelle fait partie de mon livre « Comme un Cri de Biffure » à paraître tout prochainement aux Editions Maïa.
Possibilité de pré-commander via le lien ci-après. Merci à tous ceux qui voudront bien me soutenir dans cette nouvelle aventure.

simply-crowd.com/produit/comme-un-cri-de-biffure/

« - Elle est jolie la fleur, quand tu la montes vers le ciel, à travers les rayons du soleil.
On dirait un baiser volé. Mieux, une promesse d’amour !
« Petits seins » s’est roulée dans l’herbe avec la fougue et l’insouciance d’un jeune chiot.
Elle renferme tous les nuages du ciel à la commissure de ses lèvres, dans une petite bulle de salive qui scintille de mille feux.
Allons maintenant vers la plage.
Nous avons abandonné la voiture en contre-bas, là où les moutons broutent l’herbe pour que la colline soit plus rase et plus propre, prête à accueillir les myriades de touristes qui vont chiffonner l’été de leurs restes froids, éparpillés comme des petits mots complices, des petits signes gravés dans l’écorce estivale de leurs futurs souvenirs.
Paul nous rejoint avec la charrette, remplie à ras bord, à bâbord, à tribord de victuailles parce que nous aussi, en ce jour de repos, avons décidé de jouer aux touristes.
Les bateaux valsent au pied des falaises, embrassant le sable chaud de la plage. Il y a des piquets à moules. Des cerfs-volants perdus accrochés aux carcasses des blockhaus et des enfants qui balaient de leurs rêves les flaques d’eau où se reflètent ces vestiges d’une guerre dépassée.
Ils ont la pelle et le râteau comme bêtes de somme et transportent le sable à travers les airs pour se construire le plus beau des palais, là où ils pourront enfermer toutes les princesses du monde.
« Petits seins » aurait aimé avoir des enfants un jour, ou une nuit. Mais j’en pleure pour elle. On lui a cousu le sexe avec du fil d’amiante, plein de picots et de décharges dès qu’on les touche. C’est sa petite ceinture de chasteté des temps modernes. On ne peut pas dire qu’elle a été aimée dans son enfance, celle-là, pas désirée, un accident à contre-sens dans la pensée de ses géniteurs : des afflux et reflux à marée basse ou marée haute de sperme dans la baie d’un corps perdu. Paul nous tend une bouteille de vin blanc. Il y a de la nacre et des luisances entre les parois de verre rondes comme des joues de bébé qu’on berce au bord de l’eau.
L’eau n’est pas loin, ici, salée et porteuses de plein d’espoirs, de trop d’espoirs sans doute.
« Petits seins » boit goulûment, comme si elle voulait rattraper le temps perdu. Je l’accompagne dans sa courte échappée. Paul aussi. Et « La frite » qui nous a rejoint à son tour. « La frite », notre copain qui vient de l’intérieur, la ville des gens tristes, c’est lui qui le dit mais je demande quand même à vérifier.
Il y a encore la bande des mouettes qui farandolent tout autour de nos nappes jetées à même les squelettes d’oyats qui jonchent nos ombres sur le sable désemparé.
Elles veulent les miettes. Jouir de nos instants de répit au cœur de la saison qui s’installe.
Moi, j’ai le ventre ouvert, tout affamé, affamé de nourriture mais aussi, et c’est un secret, du corps de la bouche de ses mots de ses mains et de toutes ses caresses, « Petits seins » que je désire et que j’aime à m’en arracher la peau sur mon lit de solitude le soir venu quand la lune décide de me faire le dos rond. Je l’ai rencontrée par là-bas, près du front de mer, il y avait le phare en bout de digue qui brillait comme un sapin de noël et son ombre, son ombre à elle, aussi grande qu’un nouveau continent, chaude comme une matrice, murmurant d’anciennes berceuses, l’odeur du lait chaud, un bien-être d’avant.
Je m’y suis plongé et depuis nous sommes liés par le vent, l’écume et le ciel d’étoiles, quand les rêveurs flottent à la recherche d’autres bonheurs.
Elle ne m’a pas dit oui. Elle ne m’a pas dit non. Restée muette le temps d’une accoutumance, d’un tour des lieux, puis s’est laissée allée sur le chemin de la connivence.
C’est ainsi que nous fûmes et que nous serons.
Je croise les doigts. Elle est ma dernière raison. Non plus une promesse, à peine son souvenir.
Un jour, un jour peut-être Dieu me donnera la force pour en découdre... »

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