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Le récit ruisselant (Pascal Leray)
14- Construire une guitare

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 Article publié le 19 juillet 2020.

oOo

 

 

 

 

Il y aura voulu sa mort

et l’antre qui le sanctifia

offrant comme un tombeau

la main ressuscitée

aux armoires

en rêva la pénombre

 

Et son crâne aboya

mais le mal qu’on lui eût rendu son sommeil

fut - la famine

Il ne la connût point, s’évertua

comme en sarcasme à ses caresses

 

puis, il s’est d’abord engouffré

 

Tel musicien n’a été maître qu’à partir, avec

incestueusement - limite

C’est son petit feu de bois

 

 

 

 

 

 

Tel au gamin

oublieux, médisant

car il

saurait toujours y faire

s’est harnaché

puis à l’enfer

sur un chemin de vrai bois mort

 

 

 

 

 

 

 

S’il existait une heure en ce moment de pierre

qui fût sa propre vétusté

une clarté à jouer

pour parer contre soi ce rubis de silence

noueux parlant - sacrifiant son émoi

à ce qu’on peut mourir par la soif

pour construire et nourrir sa guitare

un monticule maigre

au fin fond de la cave

accessible à travers une gorge de guitare

à chaque souffle suffirait un pas

pour bâtir avec joie

et de o et de a

son cheval de hasard

 

 

 

 

 

 

A ce que songe un pareil boulingrin

on devra occulter

ce qu’il ne donne, ce qu’il perd, tout ce qu’il prend

On creusera

au pied d’une falaise

un œil

et ça ne sera pas pour s’y rejoindre

mais pour s’y subtiliser

C’est la vapeur qui chuchote au néant

pour qu’on s’en aille, rien qu’un tertre

pas un mètre pour s’y perdre

et une corde qu’on agrippe

aux cieux des mains qui promettent qu’enfin

ce serait une échelle

exubérante à ce qui agonise

 

Un rouge cervelet veut se dénuer

Il ne veut plus

l’instant d’été

aux quatre coins de sa famine

 

 

 

 

 

 

 

Il n’y a rien qui suffise

et de bois, d’alchimie

de vapeur, de chimères

mais d’une race

en deuil de l’homme

du train du treuil

à l’issue déflorée

tout le long d’un festin d’œil de stèle

funéraire

un chant es-maculé

sur un rythme palpable

une odeur

au retour de la terre si facile

et fertile - non, enfin

et si triste

 

Pourquoi, se laissant aller

agrégat, tension

maintenue, on hésite à bâtir sa guitare

si facile - mais si calme, évidente

à la source des joies végétales

 

 

 

 

 

 

 

Demeurerait l’intempérie

et tout d’abord le ciel : on y voit

la cuisine et l’odeur de la viande

et des lunes lourdes de pluie grasse

spongieux sanctivore

tête superbe de raideur

alchimie de l’insecte inspiré

Dans l’ivresse, à demi, de construire sa guitare

glaner au gré vert des sentiers

indésignables de complots

qui ne subissent pas

pour en ouïr l’évanescent sourire

basculant à son tour

la veille - devenue sa propre mort - et lui

et lui s’est endormi

 

Créer, oui créer a-t-il dit,

c’est d’abord s’endormir - entre deux cornes

 

 

 

 

 

 

 

Un chien de vapeur musicien

à des milliers de rues - en d’érotiques ruines,

d’avenues - afin que ne demeurent

que les vivres - racines - sans soi

Un chien de ville - aux laisses surannées

un chien pour dépeindre les fruits

d’un recoin de son ventre

 

Une mouvante cavité l’aura rendu

beaucoup plus digne, on ne sait quoi

si beau - sa tête enfla - si, si...

sembla-t-il simplement ses flancs

si sérénade engloutie de calvaires musiciens ?

Un chien qui se maintient entre deux cordes

par la volonté d’un bouillabas bizarre et volontaire

d’un con émasculant son corps son âme

afin de construire un chasseur instrument

si créateur

 

 

 

 

 

 

Lui, épilogue en ce chant,

si nu de paraître si ténu, si déchirant

il rentre dans le ventre arborescent de sa guitare

comme au seuil d’une gare

et il y abdique son fardeau

"De ce petit enfer

sans calme mais surtout marcheur,

j’ai endigué la lourde sueur

et défloré la chair

et commercé le sang

et cependant il me semble être

auteur

et verbe de ma fin.

 

Pour chaque lettre j’espérais tuer

un dix millions de musiciens."

 

 

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