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L'élégance kubrickienne : acte IV
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 Article publié le 30 août 2020.

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L’élégance se poursuit ou s’élargit à travers les choix musicaux.
Des choix connus et des choix moins connus se mélangent, à l’instar des adaptations littéraires.
Les choix, une fois de plus, une fois encore, entrent dans le prisme kubrickien, dans cette immense figure aux multiples facettes qui ne cessent d’orienter son oeuvre dans une direction cohérente. Homogène.
Rien ne dépasse. Tout est compact, fluide, équilibré.
Les variations humaines et leurs paroxysmes respectifs - l’amour, la mort, la folie, la prétention, l’humilité, la gloire, la déchéance ... - sont soutenues ou accompagnées par des éléments musicaux qui ne font qu’accentuer leur aspect tragique ou dérisoire.
La musique aussi met à nu la vie organique.
Et la musique classique s’octroie une place de choix, déclinant sous la forme de fragments des oeuvres de Beethoven, Rossini, Strauss, Ligeti ou encore Haendel.
Les deux premiers compositeurs sont particulièrement présents dans " Orange mécanique " soulignant tout à la fois la force, la démesure, la subtilité, la bouffonnerie ... ainsi que la malice, comme lors de la petite partie de " ça va, ça vient " entre ce coquin d’Alex et deux demoiselles dont le déroulement des postures, accéléré, évite à l’auteur la censure ... et renforce le côté ludique de la chose.
Nous sommes à l’aube des années 70 ...
Les deux suivants se liguent dans " 2001, odyssée de l’espace " pour participer de la beauté et de l’étrangeté du monde.
Si Strauss fait naître ou apparaître la planète bleue, Ligeti se confond avec la matière. Ligeti est matière. Puis, il se dissout. Car la musique classique, aussi majestueuse et novatrice soit-elle, demeure à la périphérie du silence. Ou lui fait écho.
Quant à Haendel, il s’inscrit dans le XVIIIe siècle, soulignant la beauté impressionniste de l’odyssée lyndonienne à travers des paysages et des visages hiératiques, souverains, et comme éternels. Soulignant aussi la séquence du baiser sur le balcon entre Ryan O’Neal et Marisa Berenson, sans doute l’une des scènes mythiques de Kubrick. La voix de la narration, la musique classique et le silence se partagent esthétiquement l’espace et le temps.
Le jazz aussi est fortement présent, avec de nombreux standards qui habitent notamment le dernier opus, " Eyes wide shut " . Un jazz classique. Un jazz laqué. Ce dernier opus, c’est aussi l’hybridation de l’excellence, puisque les compositions de Jocelyn Pook y sont largement à l’honneur, une musique inclassable, ainsi qu’un titre de Chris Isaak dont la fragmentation habite plusieurs séquences du film. Les trois catégories soulignent les mondanités, leurs moeurs douteuses, la tension de l’affect. Dans des catégories sociales hétérogènes.
La musique de Kubrick révèle non seulement un homme de goût qui conserve à l’esprit en permanence tous les paramètres qui d’après lui sont les conditions du chef d’oeuvre - choix des acteurs, tenue vestimentaire, décor, scénario, longueur des plans, indépendance et maîtrise de son travail ... - mais aussi un homme de curiosité, avide d’excellence dans la découverte, osant des associations de genres musicaux tout à fait inédites. Et d’autant plus mémorisables.
La satire kubrickienne, ainsi, est relevée par l’élégance et la force de frappe de la musique.
Tout au long de son oeuvre, le metteur en scène brise toute tentative humaine de certitude, à l’image de Socrate. Si le chaos est souvent mis en exergue, il révèle bien des promesses de bonheur, sinon de réactions profondément inattendues et authentiques.
Alors, comment prendre le monde au sérieux ? En érigeant une oeuvre d’art cinématographique, semble dire Kubrick. Mais ... en musique.

 

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