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Le récit ruisselant (Pascal Leray)
19- Sous la cerisaie

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 Article publié le 27 septembre 2020.

oOo

« -J’ai atteint à mon existence à travers le rituel de ses journées. Puis, j’ai admis qu’il n’y aurait pas le moindre jour qui chanterait. Chaque jour comme un moine vêtu de sa mitre (enlacée autour du cou).- »

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Voici qui fait partie de ce qui ne m’intéresse pas. Je préfère de loin être lié à la mort. J’attends, pourtant, et la duplicité de mon regard me gêne. Alors je tends la main à la folie, qui me contemple doucement, qui creuse autour de moi une caresse : dictant sa sérénité à mes tendances, neutres à l’instant à travers comme un livre, en filigrane : ligne blanche et songe —

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Tout cela se construit et entre dans le monde civil. Une lumière accepte d’effleurer le sol, mais l’ignore tout à fait. Le mal qu’on se fait ne semble pas avoir de lien direct avec ceci et comme on marche dans la rue, on s’aperçoit soudain de l’étroitesse de sa condition : on fait là aussi un éloge de son penchant, qui se discerne peu à chaque coin de rue.

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Qu’à ce moment, on soit sur une place ne change rien.

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Et surtout pas la sorte de pyramide qui ne se prête à aucun jeu. Son empire, avec dents et forêts, est le mien mais il est intérieur... je ne puis accéder, je tourne autour.

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Je le maudis, et je me maudis moi-même.

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A présent j’ai peine à parler. Ce qui demeure, dont j’apprécie le goût ignoble, stupide, qui est celui de mes veines, de ce que je mange, de la pyramide qui crache au ciel bleuâtre...

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Je n’ai jamais vu pareille mélancolie.

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Si je crie, atténué par un vent stable, dans mon cri, se répercutera l’ensemble de sa population de crapules, de petits escrocs et de ricanements. J’atteins un jour sur deux à la lumière rampante du dehors, et que le vent balaie si peu vers le cœur de la ville, et qui n’est qu’un désert mais sous lequel je gis.

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Tristesse d’avoir connu au moins l’adieu.

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Avoir écrit donne mal au crâne

Mieux vaut à l’occasion écrire

Mais écrire ne demande pas uniquement du temps

J’ai refusé, à midi, de jouer le jeu de mon âme

Mon âme est odieuse

Mais je veux la voir de face

Et parfois la laisser parler

Oh j’écris mais ce n’est rien

Alors mes pieds ont dévoré Paris mais la ville était faible

Rien ne sait me perdre

On est, sauf vaguement, toujours confronté à son âme

Comme à une ombre et à sa vie

Qui se déploie parfois

Sans voix, je déplace les meubles de mon existence

Et de grandes gens qui déshabillent un peu plus ma conscience

Solitude qui ne veut être seulement contre

Parler, parler — d’une rencontre infâme et déroutante que l’on fait

En d’autres temps

Mais ce sont des gens autres, qui parlent différemment

Mais qui partent, qui se chantent

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Tractation

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A des moments, on cherche — et dans la multitude des endroits qui nous promettent, on ne sait quoi, on admet simplement ne plus avoir le choix.

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Une hystérie de lieux nous convaincra d’aller chercher ici, et là — c’est quelque part, nécessairement.

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Mais si c’est ce qui ne se nomme pas et ne ressemble à rien, on peut aussi bien le chercher dans la paume de sa main sensible !

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Sévère méditation ! Arides médiations des articulations. En soi, on ne désigne rien, on ne diffère rien. On n’attend pas non plus le moment où le cœur bat son plein.

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La frénésie est immobile et l’on comprend le sol. Mais aussi le plafond et le temps.

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Tout est intermédiaire.

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La mutilation apparaît un outil sans escrime pour forger une neuve communication.

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Pour discuter enfin de la réalité des choses.

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Avec le calme de la position assise, on ouvre de sensibles lèvres.

Et l’on écoute ce prochain irrémédiable.

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La solitude du soir n’a rien à voir avec le sperme du matin.

On tend les bras de chaque côté.

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°

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Prière pour nous perdre dans notre imagination.

Dont le symbole est — le sang évanescent.

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A THÉORIQUE

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- I -

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L’étude des rapports, scientifiques ou non, entre les choses, n’a pas de fin, car pas d’objet, et un outil, un seul, qui est l’analogie, et qui est de se découvrir soi-même.

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Le "chose" est un terme alchimique par essence, et l’idée, même, de la poésie. Le "chose" absorbe aussi bien les opposés, les contraires, que les indifférents.

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Structure de la blague bien connue : "Quelle est la différence entre..." un os et un plafond, par exemple. Tout ce qu’on prendra la peine d’imaginer, de même que tout ce qui nous vient avec Nature à l’esprit, entre dans la sphère (charnelle, la matrice) du "chose", qui est l’objet, répéterai-je, de l’étude qui n’est en soi ni un art ni une science, mais un tant soit peu des choses, et tout également.

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- II -

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Aussi, dès l’alchimie antique il était nécessaire que correspondent non l’en-temps et le hors-temps, par exemple, mais le temps et le non-temps.

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Des notions aussi arides que le paradigme et le syntagme ne mettent pas à nu, peut-être, leur ascendance. Mais qu’il s’agisse du quotidien, tout y devient révélateur, car tout s’y côtoie avec un tel dénuement, une telle obscénité et même si peu de vanité...

-

Un mal de dents, par exemple, qui correspondrait ou tout à fait ou vaguement avec un événement particulier, une hallucination, un jour de fête que chacun semble honnir, et un état d’esprit, tout ceci qui est, n’en doutons pas, et intérieur et, rions, psycho-somatique.

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- III -

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L’alchimie est la science s’opposant au dogme religieux (croyance) et à la religion rationaliste (idem).

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La science rationaliste, qui est formellement identique à la science intérieure (égoïste et universelle) dénue l’individu de sa relation profonde, intime avec l’objet (n’importe quel objet) de ses études. Un symptôme du rationalisme est la négation. Un savant vous expliquera, avec un talent extrême dans la déception, que tout ceci n’est que cela, ne tient qu’à tel ou tel autre mécanisme. Et il s’y tient, mais en rajoute encore : car tout ceci, qui n’est que cela, est encore (mais toujours seulement) ceci et cela.

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Et il se perd, et il aime, et tout cela n’a pas de fin, que de mourir stérile — la civilisation nous convainc de cela.

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- IV -

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Un mal de dents seul peut nous éveiller.

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« -Rentre chez toi !- », nous dit le mal de dents. Nous lui obéirons. Pourquoi ? N’avons-nous donc rien d’autre à faire ? Sur le chemin, nous devrions prendre rendez-vous chez le dentiste. Il nous réclamera, nous grondera. Il faut venir bien plus souvent, etc. C’est un vrai con.

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C’est à ses dents qu’il faut parler. A-t-on tenté de calculer le flot des pensées qui s’échouent, entre conscience et déraison, au paroxysme d’un vrai mal de dents ?

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On voudrait nous ôter cela. Une douleur qui est notre seule foi. Tout le reste est enclos.

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- V -

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Quelqu’un (peut-être nous, nous-mêmes ; à un moment divers de notre schizophrénie) a déposé notre âme devant l’autel d’une église, en nous laissant sur le parvis.

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Puis, comme la Nature ne laisse jamais rien en paix, notre amertume, notre rancœur, se sont transformées : nous avions une âme, nous nous traînons devant une église ? Ne sommes-nous pas idiots ? C’est vrai. Comme on ne peut construire une âme, il reste nos chapelles multiformes, ultérieures, à l’image, seulement l’image, de notre mort.

-

Être fictif, ton repentir est inutile. L’alchimie est morte, et ainsi de la poésie. Je veux voir la Nature au suicide, pour toi seul. Je t’aime, tu le sais, chien — enfant de christ, multiplié ou avorté.

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B THÉORIQUE

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Quelqu’un a mal traduit. Et ce qui devait être, pour Freud, le pulsionnel (ou indompté) dans la culture (ou civilisation) est devenu malaise. L’erreur commise, il eût fallu écrire le livre qui correspondait au titre — ce qui n’a pas été fait. Pourquoi ? Les psychologues, les psychiatres, les psychanalystes sont des idioties. Ils jouent avec l’arc noir de la culture. Ils croient au progrès, etc. Ils sont positivistes. Ils n’existent pas. Jung, par exemple, a saisi l’impossibilité pour l’homme de guérir de son inconscient. Et ce sont les débris de la conscience, qu’il faut balayer, car la conscience n’a plus rien pour elle. La conscience est, comme tous les êtres affamés, une chair propice à toutes les épidémies. Nourrie antérieurement au sein de l’inconscience par le canal inexpliqué, abreuvée d’une source qui n’a pas de nom, etc.

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*

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Savoir ce qu’on dit n’a pas d’importance. Il s’agit de savoir — et aussi de ce qu’on dit. Mais à travers la langue, les lèvres, la gorge, les poumons... la symphonie seule vaut et naturellement existe. Il n’y a pas à se convaincre de son existence chimique, tandis qu’on la connaît depuis déjà fort long feu, et équitablement. Et une chimie toujours naturelle, qu’il ne s’agisse ni de demeurer à la nature — d’y revenir — ni de s’imaginer des ailes, lorsqu’elles nous viennent d’elles-mêmes.

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Rechercher la vérité est une imperfection.

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L’amour-passion

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Dans la pornographie, le commerce est inique.

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Rien de plus contemporain que, l’une à l’autre, l’image et la pornographie.

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Ce qui, en moi, réclame une certaine pornographie, n’est pas, ma nudité, mais bien plutôt mes vêtements.

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Tous les êtres appellent à leur propre mort ; pourquoi proscrire, dans ces conditions, le suicide ?

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Comme si la nativité était sans fin, pour le procréateur. Et qu’elle le soit vraiment, que lui importe-t-il ?

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Pour vivre chaque instant dans son entièreté, lui renvoyer sa plénitude.

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Deuxièmement

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Que le sacre soit hideux, c’est notre espoir.

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Vivant, tu devrais t’agenouiller devant moi — car je ne suis pas mort.

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Il ne fait aucun doute que nous aurons envie l’un de l’autre ainsi. Mais de nous deux, le dominant sera. Et c’est ce qui nous effraiera, nous poussant à atermoyer.

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Par la parole évidemment.

Rêve.

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Parole : tourne en nous, de l’un à l’autre, arrachant l’intestin à l’un pour l’évider en l’autre, etc. Nous sommes cependant un seul cerveau, c’est ce qui nous anime.

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Nous sommes les hérauts d’une homosexualité extrême.

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Un homme, âgé de l’opuscule qu’il tient entre ses mains, énonce sa tristesse de noël : "Offert, etc. (...) détérioré." Mais il n’en est pas encore à la dernière page. Et la vieille dame, assise en face de lui, se penche sur son livre. Ou cherche à l’écouter.

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Ronde qui est...

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Ronde qui est la parure des ténèbres sexuées

paroles et gémissements, soupirs

le monde est satisfait, perpétuel

on se révèle tout à fait, au train des mots

---du soir.

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Voici les portes qui se ferment !

sur un wagon presque vide

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« -Tu as commencé la conversation sur ça... Maintenant, tu termines.- »

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(Petits rires. Caresses).

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Propositions

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Où trouver la force d’écrire, lorsqu’on s’estime mort ? Dans cette juste faculté, la grandissant un peu plus chaque jour.

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Où trouver la force d’écrire ?

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Contempler devient la seule vraie vie. La cannabis ne permet pas cela. Ce n’est qu’une alerte à la bombe. Fausse alerte, dans la plupart des cas. Mais il s’agit de se convaincre.

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Devenir ce que l’on écrit, oui, cela semble dire de se couper un doigt, le végétal, de s’anoblir ainsi, de s’excuser.

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Vous me verrez encore car je ne suis pas né. Et vous verrez dans ma prudence votre exactitude inassouvie.

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Que rien ne demeure ! Que tout soit moi ! Que l’embarras emporte les mots :

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« -Bientôt, le jour de l’an- ».

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Cela n’est pas non plus exact. C’est plutôt à ce froid qui engourdit et qui rêve pour nous, qui seul prévient, que l’on prête attention.

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Le scrupuleux spectacle.

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Une bougie aussi s’est enfermée sous mon regard. Et depuis lors, nous attendons. Mais nous n’attendons rien : c’est juste le temps qui nous dit d’attendre.

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Quoi ? Et nous permuterons.

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Je la tiens en éveil de jour comme de nuit. Lorsqu’elle meurt, je ferme les yeux, je la remplace. Tout est prêt depuis si longtemps ! "Mais qu’à cela ne tienne, dis-je dans le creux, c’est loin d’être la dernière..."

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Et qu’il est bon d’être assis derrière soi, et rare d’être enfin presque intact.

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Nul ne sait le bonheur d’une cheminée.

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Une pensée relatant l’expérience ?

Une expérience d’elle-même

Mais de ce soi qui est aussi le monde

La pensée se connaît, progresse en elle-même.

Mais son outil est le monde.

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Le contraire est vrai aussi.

Et il y a ambiguïté voire conflit

Le conflit n’est rien d’autre que la nature des choses.

Les choses vivent apparemment.

Et c’est la nature de leur vie qui est en cause

Il y a des conflits aimables car ils nous réjouissent de vivre.

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Mais le conflit de l’âme, racontée par elle-même sur toute chose, est plutôt visible qu’aimable. Sa seule qualité, comme un grognement sourd.

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On aurait, paraît-il, la faculté de l’ignorer.

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Mais il ne connaît que nous, et sa multiple conjonction à ce qui le rend ivre et le tue (car il aime être ivre) n’a pas pour seule fin de sembler autre chose —

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La pensée interdite, sans doute devant elle (quoi qu’elle ne soit certaine) renouvelle son traumatisme primitif.

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Et l’on n’a jamais vu pareil spectacle ---

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Gentiment

s’écoule une couleuvre

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il ne revint jamais de son

expédition

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je peux revenir

mardi par exemple

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Non.

------------- Déjà

-----------------------mardi est revenu

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NOS AVENTURES

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A peine êtes-vous arrivé en ville, vous vous êtes pressé vers la porte. Le train bougonnait son vieux chemin et ses ruades ne vous calmaient plus. Mais vous étiez en ville à présent.

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La séquence commence et finit dans le lieu. Apparition, disparition. Néanmoins, le regard de l’acteur "apporté" à soi, d’un vaste mouvement, avec son œil lunaire (de chair). Il convient de revivre tel moment particulier.

-

A la rigueur de l’un répond la sensualité de l’autre. Au cercle s’oppose le triangle constructif. Un age est-il fini, un autre etc. Non-non, et tout cela subsiste (semble-t-il) sinon qu’un témoignage semble indiquer l’un, un second plus tardif désigne l’autre.

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La malhonnête construction. Qu’après sa mort, chaque œil l’anéantisse en une indiscutable intransigeante unicité de l’œuvre.

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NOËL

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La période des glaciations n’a pas encore commencé.

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Cependant, il faut voir comme tout semble déjà pétrifié ce matin. On se lève, et avec une idée certaine qu’il y a quelque chose à faire. Et l’on voudrait, à l’aube de la glaciation, prouver au chacun que l’on est que soi, enfin, a pouvoir de produire l’irrémédiable.

-

Pauvre, pauvre barque, qui dicte ses infamies au ruisseau qui la porte, et à la grande mer. Par le moyen d’un sacrifice, si appliqué soit-il, on n’aboutit à rien.

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Chercher l’original de la prière.

Voir ce qui a été dit, ce qui a été entendu.

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La rigoureuse enquête que l’on mène.

Au matin de l’an neuf.

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Il y avait deux personnes, assises sur un banc, et l’une réclamait quelque chose. Et d’une vive voix, d’une voix interrogatrice.

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Tierce Personne vint et le vit, ainsi rugissant : "Mais que t’arrive-t-il ?"

-

Oh, il voyait le gouvernement que cela pouvait faire. Et voyait aussi bien qu’en un silence l’autre avait mal peu séduit.

-

SOUVENIR THÉORIQUE

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J’avais trois mois et demi quand on m’a demandé un moment, entre un quart d’heure et une demi heure, de mon existence. On ne les a pas pris, pourtant. Quand on eût soulevé mon acquiescement, on s’en alla. Ce n’était alors qu’une grande figure pleine d’ombre parmi d’autres, et je m’en étais peu soucié jusqu’à présent. Mais voici qu’il y a peu, on m’a remémoré cette nuit. J’ai senti dans la voix une menace. J’ai fermé les yeux. Je suis vite sorti et, comme j’en ai l’habitude dans les moments tragiques, je me suis laissé aller à la dérive dans les villes. J’avais le sentiment que les dieux me regardaient marcher, penser dans une lutte secrète, charnelle.

-

Je n’avais pas encore neuf ans lorsque j’ai soupçonné la nourriture de m’en vouloir. C’est en dressant la table que je me suis rendu compte d’une injustice qu’il y a au repas quotidien, tout juste précédé d’une prière. Par la suite, mon combat contre la faim a été, je l’admets, déraisonné. Mais il y a une chose que je me disais, qui était que lorsque je mangeais aussi, le regard des autres pouvait me faire offense. Je ne savais pas comment, je savais que cela était vrai, que c’était déjà arrivé et que cela arriverait encore.--

-

Néanmoins, de névrose en dépression j’ai conduit un petit orchestre de mes sympathies et il ne m’a jamais fait le moindre tort. J’y voyais en société de quoi me satisfaire de mon existence. La nuit, pourtant, tout était différent et je me sentais lamentable. Car la nuit, on le sait, il n’y a pas la moindre lumière vraie, ce sont sont que fantasmes, ce ne sont que ruines à demi dévorées.

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« -Le Suicide avorton.- »

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-

Chaque paroi que la sueur nous livre est donc connue comme une partie de nous-même découverte avec surtout son nerf.

-

Lorsque le nerf est apparent, c’est l’existence même qui est évidente, et avec tout son poids.

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Le parvis sur lequel se réalise la beauté n’a pas d’échelle.

-

Mais sur le monticule ridicule qui sert de route aux gens, ce sont les gravats qu’on ramasse, et à la pelle pour s’en souvenir.

-

Il semble aussi que tout ait une odeur.

Mais le jardin n’est génital que pour l’extrême.

Jusqu’ici, c’est l’enfant amoindri, des déserts de gravats.

-

La lisse, incalculable région dont je ne rêve pas

-

Voici peut-être le cheval

(mais c’est idiot, il ne se réalise pas non plus)

Et ce galop sans trêve, peut-être le suis-je simplement.

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J’aime les figures non finies, pleines d’archaïsme, d’anachronisme, de discrépance. J’aime le désespoir des mouvements qui ne s’atteignent pas, des formes qui, malgré d’ostentatoires efforts (qui ne seront jamais que cela) ne correspondent pas.

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Que ceci ait été, c’est un champ de bataille. Qu’importe qui ou quoi terrasse l’autre : c’est le sang versé qui irrigue le sol.

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-----Feuilles arrachées, sans la frayeur d’aucune solitude

-----En une suspicion glaciale

-----Un moment à revivre.

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*

-

-

Je pense à tout ce qui m’a consacré ici, c’est-à-dire en un bus hostile, à-demi vide, en pareille heure ! Et tout ceci n’est que ma propre interruption mais c’était une blague, pensez-vous.

-

Car pour celui qui se suicide : dialogues hideux, ce qu’il entend, absurdement bénin. Et il est de l’indignation de cette vieille dame éperdument épris, aux abords d’une haine qui ne compe que les imbécillités qui s’amoncellent sur son crâne de bus, volatile pour tourner, assailli par la vapeur des paroles, insane de leurs conneries et c’est le centre exact de l’âme humaine qui n’existe elle-même qu’après réflexion. Un tremblement de votre jambe bleue, que je vois, madame, me dira le contraire et se taira.

-

Car ce n’est pas un bus mais un théâtre. Et la petite nuit qui nous engouffre, spectateurs, ce sont els phares de ce bus qui entrent dans son propre ventre pour manger les mots insanes et vulgaires mais vulgaires sans le, du voyageur obscène avec son sac.

-

Où il transporte ses outils, sa caravane, son éclat de vitre identitaire.

-

-

-

-

Croisements de parole

dans --- le bus

et les diverses scènes qu’il représente,

comme se paralysant l’une l’autre.

Une voix derrière, criante.

Un jeu de mot

qui oscille entre -« -mec- » et « -Mecque- ».

Une autre voix, plus douce mais

au même instant

inquiète d’une idée de Dieu.

Un regard au-dessus de moi

et un autre à côté.

Un mouvement

vers la station prochaine.

-

Paroles pour chacun de nous

vieillards

les parois de Paris ne nous sont pas-

connues

tout ce verglas, cette lumière,

n’appartiennent qu’au sol

du bus

-

-

-

-

-

-

Nous sommes le voyage

sans symbole (puisque nous sommes le symbole)

surtout ses stations — et surtout ses allers-retours —

-

Dans la diversité de mon trajet, je n’avais qu’un point de départ et je n’avais qu’un seul projet (bien pauvre lui aussi, n’aboutissant qu’à soi)

-

Perpétuelle rêverie de ma condition parisienne : d’aimables, fines jambes, toutes de bas, cassantes semble-t-il — et sans efforts...

-

L’une des tortures qui semblent au goût du jour : on vous sciera les dents, Madame. Alors, soumettez-vous...

-

-

-

-

-

Frénésie, ouverture

d’une poésie morte sur elle-même

avec des dents, de squelette et de chair

voracité rampante et nudité

contraception

s’irriguent roseraies, rivalités

du rouge et du non-rêve

sang de songe, pelle de cierge

tête de pénombre

« -Nivelez vos ondes ! Elles sont trop

courtes longues tièdes fiévreuses. »

bulle de terre et issue orgastique

romarin

mais le rimmel de la réalité en pleurs

effiloche ses plaies

-

-

-

-

-

Vous étiez quand même doué de multiples espaces. Ce qui vous semblait difficile, c’était la transition de l’un à l’autre. Pour qu’ils ne vous écartèlent pas, il fallait se savoir jongleur, ne rien promettre.

-

Des routes, des automobiles, des illuminations et des immeubles, des passants, des passagers qui attendent leur bus, des magasins ouverts, fermés, des affiches, des phares dont la lumière se perd, d’autres dont la pénombre tombe avec le jour, des croisements, des poubelles, des ponts et des canaux.

-

Mais le bus avance lentement

les passagers aussi sont lents et peu nombreux

c’est le trajet qui mène, clame la publicité

-

Le bus mène au métro qui va jusqu’à la gare où l’on peut emprunter le train vers un ailleurs subtil

-

Des chambres d’hôtel se sont ouvertes un peu partout dans le pays.

-

Des arrêts d’autobus, plantés partout dans le pays.

-

-

-

-

-

Des bus qui sillonnent les routes —

Des métros sous terre —

Et de grands, d’immenses trains de fer — destination absolue...

-

Des passagers qui n’attendent pas, qui marchent sur de dangereuses routes — sous la pluie.

-

Le prochain pas — celui que l’on porte à la pluie.

-

-

-

-

-

-

-

-

-

Hérésie du glacis

-

-

Oh une pauvre voix vitreuse

ruisselante avec poussière, narration

comme un amour une défécation

à la rencontre des parois

-

Jugulation du sang : mais la voix qui ondule n’a pas d’air, pas de sang : c’est le vagin ultime, ou une dernière escalade —

-

Et un curieux espace : des choix de couleurs, de vergers — d’arbres, pour éviter de se parler.

-

à soi, comme à un

être

vif et suspendu

jaunissant

-

-pour se rendre plus

agréable

-

Et dans l’antique rêverie

ne se lie pas un cervelet.

-

L’oubli des oblations

-

-

Chaque jour sait un meurtre qui nous touche, c’est certain. Car ce qui avale avec grâce, avec méditation, est un serpent de ruines rêvassant à la fontaine et à la roseraie (enclos dans le jardin des deux). Les inutiles constructions ! Tant qu’il y a un peu de paix, ou plaie — et jolie perspective, enfin : le vertical vertige du rapport au monde.

-

°

-

Parler, au nom de quoi ? Quand on n’est que soi-même, et sans être sûr, encore, de ce que cela signifie — écrire pose ce problème : le monde amorphe qui m’entoure, ma chair silencieuse, mon âme pudibonde, et ce qui manque, un domaine expansif du souvenir : leur expression ne sera jamais équitable. Leurs paroles s’effraient mutuellement.

-

°

-

Se créer une science qui mettrait à jour, mais sous un jour spécieux, antagoniste, oui, certainement, particulier enfin : par des techniques qui plus est sérielles, avec des mots ancrés tout à la fois dans un espace et dans une relativité de cet espace, avec des mots, pour dire que tout est bien, que rien ne demande à être changé ; alors qu’on sait de toute évidence que c’est faux.

-

Équivalence des processus

-

-

-« -Nous allons en voiture- »

« -Où allez-vous ?- »

« -Vous irez à droite, et puis le paysage suscitera de votre part...- »

« ..de brefs commentaires. »

« ..pleins d’érudition. »

« .. une multiple référence. »

-

-

-

-

-

Mais j’ai pris connaissance du non savoir

C’est-à-dire de ce qui est en moi et non

De ce qui était le lit même de savoir

Dans une cave où l’on ne m’accompagnait plus

J’ai résolu tous les problèmes

que ce monde a pu poser

Par une savante ignorance de leurs fondements

-

Toujours vers le néant, j’ai appris à défaire

J’ai rencontré la vétusté de toute chose

Point : et j’ai brisé cette équité

Coloriant la surface d’un ru

Où l’on voguait, infime et perdurable

Avec des bris, pour fantasmer sur d’autres bris —

-

-

-

-

-

-

-

-

Règlement

-

-

Ta main se tend contre la mienne et je ne la sens pas. Mais tu n’es pas la mort et je n’ai pas non plus de souci à me faire. Tu n’es qu’une vision, spectateur, j’ai besoin de lamentation et je te l’offre.

-

Sur mon doigt serré contre le noyau du silence, l’air du soir, tu accroches une particule des odeurs de l’autre soir, qui jouxterait déjà le jour, pour y apposer une empreinte noire, sur le doigt qui, jusqu’ici, m’aura porté.

-

Saigne donc, dans ma mémoire, puisque tu demeures aussi cette ombre. Quand le jour aura cessé, c’est-à-dire que la morsure aura violé la loi unique de ma chair, je ne dormirai pas, c’est sûr, mais je contemplerai ce mur qui se morcelle.

-

Je le sais, et le saurai alors.

-

-

 

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