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Choix de poèmes (Patrick Cintas)
Sonnets dénaturés pour Valérie

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 Article publié le 1er novembre 2020.

oOo

Bien

avec toi c’est facile

et le vent vient toujours de la mer

sur ta peau il éteint le feu

tes seins sont deux mouettes

je les retiens

sous moi — bien

c’est tellement facile de t’aimer

tes jambes sont deux ailes

et ton sexe est le bec de l’oiseau —

que rature le vent quand tu parles ?

Il n’est pas nécessaire de t’aimer

pour te comprendre — bien

je t’aime facilement

tu brûles du même feu

enfin j’espère

que c’est le même feu

si ce n’est pas le même

est-ce que c’est la même chose ?

Bien — c’est bien

ton amour mon amour

ta peau trempe ses plumes

dans l’écume

je te suis pas à pas

je ne sais pas voler

mais je vole

— je t’aime

c’est facile puisque je t’aime

c’est bien

si tu m’aimes

moins facile si c’est le vent

qui auréole ta peau — je viens

si c’est bien — je me tais

s’il le faut — je suis bien

si c’est facile

et si ton cœur ne résiste pas

mais je rêve –

*

Ce que tu me rappelles

n’est pas le ressac de la vague dans les galets

ce n’est pas non plus l’oiseau

qui regarde la mer

et que tu regardes

pour y trouver des formes à former

dans le blanc du papier qui t’inspire

mon amour

Qu’est-ce que tu me rappelles ?

j’ai marché avec toi sur la plage mouvante

observant d’un œil vague le galet de ton choix

et j’ai choisi le verre à l’usure savante

dans la main d’une enfant qui n’était pas la tienne

mon amour

tu me rappelles l’horizon aux barques noires

et le jet de poissons dans l’ombre du quai

et ton pas de danseuse marchait dans mon cœur

mon amour

tu me rappelleras le miroir métallique

et la digue tombée en travers de la mer

comme un arbre la digue au fond de la lumière

où le soleil baignait tes pieds

avant que la lune ne s’y cendre

lune penchée orientale et lointaine

chats aux beaux nœuds papillon rouges

— on croirait que tu m’aimes

mon amour

mon amour tu me rappelles

après m’avoir abandonné

à tes délices de papier

où je ne suis qu’un personnage de circonstance

mais on s’aime

mon amour

on s’aime vraiment.

*

Tes mains croisent les bijoux

tes mains courent dans le fond d’un tiroir

va à la fenêtre

la mer est un morceau de papier

mais tu lis

comme si le livre lisait

je saurais lire

la mer rognée aux quatre coins de l’univers

une barque

un ventre où convergent mes mains

pas un bijou à l’horizon

c’est parce que je t’aime

pas un livre

sous la mer qui lutine

un poisson blanc et noir

œil noir

un oiseau au bec rouge

le filet qu’il arrache à la terre

ouvre la fenêtre

déchire la mer

qui pourrait t’en vouloir

tu changes de couleur chaque fois

est-ce que tes mains soulèvent le bleu ?

qu’y a-t-il sous ce scintillement ?

le bijou s’ajoute

tu ne ressembles plus à rien

c’est fou ce que tu peux exister

c’est fou ce qui se passe dans ma tête

éclaire ma fenêtre

je n’ai pas de maison

va à la fenêtre mon amour

à la fenêtre s’il te plaît

j’ai acheté un cheval de papier

mais les fleurs sentent bon

enfin je crois

je crois que les fleurs sentent bon

blanc de la fenêtre

blanc de tes yeux

j’ai une petite douleur sur ma langue

je te parle d’amour

il faut voir comme tu m’aimes

il faut le voir pour le croire

mais qui croire ?

qui croira que je dis la vérité ?

mer

ciel

main

bijou

amour

et alors ?

pourquoi pas à la fenêtre ?

j’ai froid —

petit poème

deviendra grand

mon amour de femme

déchire un coin de mer

un coin de bleu

l’écaille d’un poisson toute d’argent

il y a du métal dans ton regard

je n’aime pas comme il faut

c’est que je n’aime que toi

tu ressembles à un morceau de papier

attends

moi

mon amour

attends-moi

morceau de papier arraché à la mer

ou volé au bec de l’oiseau

je ne sais pas ce que j’ai fait

mais je l’ai fait

petit poème

étroite fenêtre

l’un se ferme

tu ouvres l’autre

je cesse d’écrire

tu croises d’autres bijoux

Est-ce possible

tant de scintillements ?

compte les scintillements

en commençant par un —

compte les morceaux de lumière

que la mer rassemble pour toi —

poisson qui vole comme un oiseau

les oiseaux respirent dans l’eau

oiseau qui meurt comme un poisson

les poissons crachent de la fumée

Est-ce possible ?

qu’est-ce qui est possible ?

à la fenêtre infiniment

tes bras négligemment croisés

que se passe-t-il si je t’appelle

par ton nom ?

eh !

mon amour

faut-il que je t’aime

fenêtre ouverte sur le monde ?

j’ai du mal à respirer

c’est ce qui arrive aux poissons dans l’air

arrache mes écailles une à une

ma peau est un infini d’étoiles

petit poème deux par deux

Qu’est-ce qui est plus vrai que notre amour ?

je t’interroge petit poème

et tu ne réponds pas

C’est que tu n’as rien à dire

petit poème

C’est que tu n’es pas concerné

petit poème

petit poème qui s’étire

comme un corps de femme

raconte-moi l’existence des mots

dans la maison que tu habites

un deux trois

le compte y est

je n’ai pas bien compté

mais je sais ce que je dis

enfin je crois que je l’ai dit

que je t’aime

que c’est toi

que j’ai peur

que j’écris

que je dors

que je rêve

que je sais

je crois bien te l’avoir dit

mais ce n’est peut-être pas le cas

il faudra que je me souvienne

de ce que j’ai laissé

je m’en souviendrai si c’est possible

si j’ai bien compté sur toi

*

La fenêtre comme le blanc de l’œil

qui a vu l’amour

petit oiseau deviendra grand

si nécessaire

si possible

si c’est vrai

vain rectangle de lumière

pour blesser mon cœur d’homme tranquille

petit oiseau

deviendras-tu grand

si on te le demande ?

la fenêtre est ouverte — jurons-le !

comme le blanc de tes yeux

l’oiseau vire au vert

paraît-il

si le soleil l’écorche vif

je veux le voir pour le croire

je veux tellement de choses !

faut-il commencer par se taire ?

oh mon amour faut-il commencer par là ?

le coin de tes lèvres porte le seul mot

qui me va comme un gant —

au coin de tes lèvres il y a tout ce que je sais

de la femme —

oblique parallèle

quel est ton miroir ?

est-ce que mon reflet est un reflet ?

est-ce que je joue avec le même miroir ?

comme le blanc de l’œil

entre moi-même et mon semblable —

on dirait que tes caresses se rapprochent de moi

— l’oiseau est de profil — quelle belle image !

*

Courez ! non, volez ! non... filez

filez des voyages

il y a des voyages

pour tous les oiseaux —

on ne court pas dans l’air —

qui volerait autrement ?

certainement pas les oiseaux

ombre après ombre mesurés.

Filez ! qu’on ne vous revoit plus

que la barque vous emporte

au fil de sa mâture — filez

doux oiseaux de mer.

J’ai tellement envie d’aimer

celle que j’aime

mais l’aimer comme on aime

quand on s’aime vraiment.

Filez ! et ne comprenez plus rien !

la mer ne vous comprend pas non plus

raturez les barques noires

qu’on découpe dans du papier journal.

Filez ! filez ! beaux oiseaux, bon augure !

que les ports vous rattrapent

que les veuves des marins vous habillent de vert !

le vert c’est la couleur du temps —

le temps ne se rattrape pas !

*

Peut-être écrire ce qui n’arrive pas

Dire que c’est un poème

Et l’écrire pour qu’il soit lu

Et dire que personne ne le lit !

Ce qui fait mal

Ce n’est pas tellement ce que le mot ne contient pas

Il contient ce qui est lu

S’il y a quelqu’un pour lire —

Ce qui fait mal

Ce sont des yeux qui se posent comme des oiseaux

Et qui mangent comme des oiseaux

Ta bouche aussi est un oiseau —

Mais quel oiseau te destine au vol ?

Tes yeux décrivent mes vols futurs

Mes ciels de lit

Comme une bouche ouverte dans mon esprit

La totalité de tes yeux

Que m’arrive-t-il si j’écris

Ce que tes yeux ont peut-être vu ?

Ramène-moi une poignée de terre

De ce pays où tes yeux sont rois —

Ramène-moi cette poignée de terre

Et jette-la dans ma vie.

Dire que c’est un poème

De lignes mélodiques en conversations

C’est le meilleur poème que j’ai jamais écrit

— Je ne sais plus écrire

Je mens parfaitement

J’écris ce qui arrive

Et ça ne change rien.

Quel oiseau à l’aile de tes yeux

Déchire le moment tant attendu

Où les morceaux de ma terre natale

Ne sont rien moins qu’un livre de géographie

Coupé en morceaux

Par le livre d’histoire en forme de couteau ?

Couteau

Coupe l’oiseau

dernier poème.

*

Elle est morte

elle est morte la vie

que j’ai rencontrée dans tes yeux

dans un moment de rêve.

Je m’égarais

je ne savais rien ni du rêve

ni de l’amour

ni de tes yeux

Ce que je savais n’a plus d’importance

la mort le dit

et la mer patine toujours la roche

pas loin

Je n’ai rencontré qu’un mauvais rêve

tu ne me regardais pas

ne regarde pas

ce que je fais

Ce n’est pas pour toi que je le fais

je le fais pour moi

pour la mer qui s’évapore

et pour le soleil qui copule

Je le fais pour qu’on n’en parle plus

je l’écris pour que ce soit dit

et déjà tu n’existes plus

à la faveur d’un mot

Je suis triste triste triste.

*

Tu ne peins plus ?

tes yeux ne peignent plus

ni tes mains ni ton cœur ?

c’est que tu n’existes plus

tu parles des oiseaux

tu imagines des violons

tu ouvres la fenêtre

et c’est comme ça que tu n’existes plus ?

que fais-tu du papier ?

chaque feuille est une aile

tes mains sont les plumes de l’oiseau

et tu cesses d’exister

qui t’aime mieux que moi ?

*

C’est chouette

tes mains au dessus de la mer

comme des oiseaux

un trait noir dans l’écume

et tes bagues métalliques percent

cet assemblage de rayons

— on dirait que tu peins.

C’est chouette —

je te dis que c’est chouette

tes yeux qui lavent le sable

tes yeux qui empourprent le blanc

c’est chouette ce que tes yeux changent

dans l’organisation des rayons

— je croirais que tu peins

et tu peins

tu peins la chouette au regard circulaire

tu peins le feu rouge au milieu du visage

tes personnages transportent des couleurs

qu’est-ce que c’est ce point d’interrogation ?

c’est une étoile

mais il manque la nuit

tu ne sais pas peindre la nuit

tu peins la chouette sans la nuit

tu éloignes la douleur d’un coup de pinceau

c’est chouette

le mélange de primaires dans un coquillage

le coquillage ne vit plus sa vie de coquillage

tu as laissé faire ton cœur d’oiseau blessé

et tu es plus chouette que la chouette

je t’aime

je t’aime

je t’aime

chouette le papier que tu peins

chouette le papier qui te peint

chouette la peinture qui t’anime

chouettes les pinceaux la fenêtre le mur blanc

la cascade des morceaux de coquillage

et le miroir des nacres au bout de tes doigts

c’est chouette une femme qui peint

elle peint avec les cheveux

avec le bout des doigts

elle se couche sur le papier et elle peint

elle peint la pointe de ses seins

elle peint son ventre

elle voit un oiseau

et elle peint les couleurs de l’oiseau

comme si c’étaient les couleurs d’un oiseau

mais c’est les couleurs du temps

et rien ne s’est passé qu’on puisse mesurer

je vous dis que c’est une femme qui peint

elle met ses mains au dessus de la mer

et je l’aime à cause de ses mains

qui déplacent le ciel

elle peint le chat

et le chat m’aime

elle peint le mur

et je vois le mur

la porte s’ouvre

je n’entre pas

le pinceau fait le tour de sa tête

il veut peindre des cheveux

et il peint des cheveux

parce que c’est ce qu’elle veut

elle veut peindre

avec l’eau

avec l’huile

avec le feu qui dévore son âme

elle coupe la femme en deux

et la femme est coupée en deux

le papier aussi est coupé en deux

la peinture est coupée en deux

la maison aussi

et la mer

et la porte qui est ouverte

pour que je vois ce qui se passe

il se passe une femme qui peint

il se passe que je trouve que c’est chouette

et quand c’est chouette j’écris

ce qui n’est pas plus mal

que de ne rien écrire

à propos de la femme qu’on aime.

*

S’il y avait un oiseau sur ta radieuse épaule

— imagine l’oiseau, son aile blanche et noire

o imite son cri au dessus de la mer

raturant le soleil d’un coup de bec ailé —

s’il y avait un oiseau et si l’oiseau était

plus qu’un oiseau une aile et plus que l’aile un vol

s’il y avait un oiseau, que l’oiseau ramenait

l’encre et le sel et l’eau qui compose le vent

— imagine son cri, tu l’imites si bien

et le soleil revient avec le vent la vague

avec l’écume blanche et noire de son aile —

s’il y avait un oiseau et que ta blanche épaule

en aile se muait et que l’amour naissait

de ce repos sans fin — s’il y avait un oiseau

un oiseau blanc quelconque et noir avec le vent

et la mer au dessus de la mer qui rutile

tant il y a de la vie et que la vie s’en va

mais si peu que la mort est une imitation —

s’il y avait une épaule où l’oiseau poserait

le détour circulaire de son vaste horizon

si ton épaule était une façon de naître

et si naître n’était rien à côté du tout —

si j’étais un oiseau, j’aimerais ton épaule

je m’y reposerais et j’aimerais la mer

je volerais le vent et j’imaginerais

que le soleil n’est rien à côté de ma flamme

— j’écrirai des poèmes au rythme régulier

les oiseaux ont besoin de ces égalités

sans quoi le vol n’est plus qu’une question de plus

mais que sont les poèmes si tu n’existes pas

sans doute peu de chose, une histoire pour rien

— il n’y a pas de mots pour cacher ton épaule

pas de mots pour changer ma nature d’oiseau

et rien dans le soleil pour éclairer ton cœur

sinon le seul reflet de mon aile changeante

il n’y a rien à vrai dire et surtout pas le ciel

dont j’ai cru un moment qu’il pouvait ressembler

à un oiseau plus grand que l’imagination

qui me servait de lit quand je rêvais de toi.


 

 

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