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Seriatim 3 - in progress
Seriatim 3 - Tout disparaît... (Patrick Cintas)

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 Article publié le 27 décembre 2020.

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Tout disparaît.

Il n’y a plus de théâtre.

Sommes-nous dans la rue avec Apollinaire ?

Au-dessous de zéro.

On dirait qu’il fait nuit.

Le jour est celui des vitrines.

Et l’existence celle des salariés et de leurs retraités.

Pas un mort dans les rues.

Pas un signe de faim ou de malheur.

Des enfants aux anges.

Passage d’un vent de négociations.

Charpie de romans sur les blessures.

« On ne lit plus comme on lisait.

Mais on rime comme des révolvers. »

Ne suivez pas le personnage qui vous ressemble.

Ne reconnaissez pas le chemin.

Les serviteurs au travail de la perfection.

Pour un peu, on se prendrait pour un poète.

« Il y a longtemps que je ne suis pas revenu.

C’est que j’appartenais à quelqu’un.

Laissez-moi vous suivre encore un peu.

Je retourne où vous allez pour la première fois.

Je ne veux pas vous ennuyer. »

Passe son temps à insérer les didascalies nécessaires

À la compréhension de son spectacle.

« Pour une fois que nous avons quelque chose en commun ! »

Masqués, là même où il est nécessaire de se reconnaître

Autrement que par la voix.

« J’ai toujours aimé la lumière artificielle. »

Marche dans ces flaques de couleurs.

Voit l’enfant asexué.

Faut-il vagabonder avant d’en finir ?

En quoi cette expérience est-elle « nécessaire » ?

Le bien commun signalé l’apparition des symptômes.

Spécialistes à l’œuvre du temps mesuré en voyages interstellaires.

« Ce n’est pas mon enfant ! »

La crasse s’ajoute à la misère

Comme la rime à la pauvreté.

« Combien de néons vous faudra-t-il ? »

Ceci n’est pas une conversation cueillie derrière le rideau.

L’ivresse comme moyen de fuir

Non pas l’existence

Mais la mort.

Faire son Apollinaire avant de commettre l’irréparable.

« Suivez-moi si vous voulez.

Je n’ai jamais suivi personne.

Peut-être au retour.

Si le temps le veut.

Étrange ce temps-personnage

Qui ne remplacera pas Dieu.

Je vous paye un verre

Avant de continuer ? »

 

Payant il se rassérène.

« Je vous croyais seul…

— J’avais besoin d’une saveur

Sur la langue dont je ne me sers plus.

J’insiste pour vous payer un verre…

— Avant j’étais comédien.

— Et avant de jouer devant les autres… ?

— Demandez aux miens de s’en souvenir.

— Comme c’est beau un théâtre !

Vous revenez souvent sur les lieux… ?

— Je reviens toujours à temps, mais

Je ne sais pas si je suis bien compris.

— L’avez-vous jamais été… ?

— Si ça vous rend heureux de l’imaginer…

— Je ne suis plus un enfant ! J’ai l’âge !

— Et le moment ! »

 

Comme le temps est temps !

Et comme ce qui ne l’est pas le devient !

Aimez-vous la mer qui s’annonce ?

Nous approchons du Finisterre.

« Combien de marins, combien de… »

Nous ne saurons jamais si notre perception des cycles

Appartient plutôt à ce que les autres pensent de nous.

 

Chat sur des coussins que la brise du soir caresse.

Nous sommes toujours au rendez-vous des fées.

Il n’y a pas de temps sans le lieu de nos évasions.

 

Fenêtre toujours en attendant d’en écrire le roman.

Entre le début et la fin, l’étirement du verre en fusion.

Et cette pratique constante de la transparence acquise.

 

Le temps palpite avec le cœur / souvenez-vous de l’or

Des couchants en ce pays de mer et de montagnes /

Vous aimiez retrouver les héros de votre enfance.

 

Nous ne sommes pas faits pour nous ennuyer /

Dehors on travaille pour nous / mais de quel héritage

Nourrirons-nous ces prodigalités ?

 

Vous aimiez le temps parce qu’il passait et non pas

Parce qu’il vous donnait l’occasion de rimer avec lui.

Que vaut l’amour sans surréalisme à la clé des champs ?

 

Nous irons où vous allez

De ce pas tranquille habitué

Aux sommations de l’hiver

Et des huissiers.

 

Dépouilles dans les fossés

Et les talus des saisons passées

À retrouver le sens des voyages

Entrepris dans un esprit de conquête.

 

Il ne nous reste que la fusée

Et ses capsules mirifiques.

Ces paraboles magnétiques

Sont à l’image de nos retours.

 

Tout le reste est politique,

Acteurs et électeurs en verve

De loin ou en gros plan, jésuites

Des limites à ne pas dépasser

Sous peine de ne plus être payé.

 

Río et Blanco rêvant en même temps

D’une Nera au parfum d’écume

Tandis qu’on chante dans leurs dos

Les grandeurs de la Nation en route

Vers son passé et ses trésors perdus.

 

Comme c’est admirable de s’admirer !

Les miroirs sont faits pour ça, n’est-ce pas

Ô vitriers des ouvertures de l’opéra !

Nous aimons tant les feux du Commerce

Et de la Propriété qui promet le calme,

Le luxe et la volupté des pyramidions !

 

Passant devant des vitrines inaccessibles,

Nous avons du crédit avec l’emploi

Si c’est ça, rêver / sans les autres ou

Nous donnant en spectacle pour la cause.

 

« Avez-vous seulement goûté au plaisir

D’acquérir ce qu’il est possible d’acheter ? »

Les automates sont si ressemblants !

« Bonjour, monsieur qui recevez mes biens ! »

 

L’enfant est tenu par la main

De peur de le perdre

Avant qu’il témoigne

De notre propre mort.

« Qui sont ces poètes

Qui perdent leurs temps

Devant les vitrines

De nos librairies ? »

Main déjà moite,

L’autre fend l’air des passants.

La capuche contient une tête de flic.

« Nous l’avons trouvé.e dans les rayons

[ici les caractéristiques desdits rayons]

Mais il ne posait pas de questions…

Étrange, en effet… »

N’oubliez pas la main,

Ni vos vagins.

 

Automates branleurs à gogo

Sur les trottoirs de nos cités

Et jusqu’au coin les plus reculés

De nos campagnes « hallucinées »

 

Réseaux sans mélange des origines.

Chaque éprouvette est une œuvre

Originale garantissant l’héritage

Des valeurs de la République.

 

Nous donnons un nom évocateur

À chaque possibilité de biographie.

Qui sont ces intermédiaires, juges

Et parlementaires, exécuteurs

Des œuvres au détriment de l’œuvre

Qui grogne en nous ?

 

Ne vous trompez pas d’orifice !

Trois sous la passe automatique !

Vous serez nus sous les réverbères

Et la nuit picotera vos hanches vertes !

 

« Avant j’avais peur

D’être ce que j’étais

Mais grâce à vous

Je n’ai plus peur

D’être ce que je suis »

 

Bien pour le chat

Des coussins sous

La fenêtre jamais

Visitée par la nuit.

 

Entretenez vos dents

Pour garder le sourire.

« Ce que je suis maintenant

Ne sera pas perdu

Si tout le monde a raison »

 

Et payez pour conserver vos biens.

L’Histoire ne vous sauvera pas

De l’anéantissement / dit le chat

Si vous le faites parler dans un

roman.

 

Nous aimons tant en parler !

Avec ou sans chat, sans fenêtre

Ou avec un balcon pour propriété

Privée, à l’hôtel comme dans le train,

Ces conversations avec nous-mêmes.

 

Qui parle seul ne parle pas, dit-on.

On dit aussi qu’il s’ennuie seul.

Mais de quoi parle-t-il ? Question

À poser dans un théâtre.

 

Ce matin les bateaux reviennent

Hanter nos quais / qui vomissent

La glace pilée / au restaurant

L’homme s’essaie à la solitude

De l’inaction / le chat sait bien

Où il va quand il quitte les coussins.

 

« Avant j’étais ce que j’étais

Et maintenant je suis ce que je suis »

Usure des chaussées qui se rejoignent

Sur ces quais aujourd’hui désertés.

Qui n’erre pas là où personne

N’a jamais erré ?

 

« Un papillon ! C’est un papillon !

Ça ne peut pas être autre chose !

Tu as vu le papillon blanc ?

Ça donne envie de l’attraper !

De sautiller, d’aller plus loin,

De revenir en riant comme un fou !

J’ai déjà vu des papillons, tu parles !

Mais aujourd’hui, c’est aujourd’hui !

On ne fait pas mieux en matière

De temps à passer enfin avec soi !

Je te dis que c’est un papillon !

Je ne sais pas toi mais moi j’y vais !

Je veux tenter ma chance ce matin.

J’ai trois sous à dépenser et du temps

Comme si je n’en avais jamais eu ! »

 

Où va se mettre la poésie

Quand elle fuit le poète ?

 

 

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