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Seriatim 3 - in progress
Seriatim 3 - Avoir été aimé et ne plus l’être (Patrick Cintas)

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 Article publié le 10 janvier 2021.

oOo

Avoir été aimé et ne plus l’être / l’homme

Arpentait une rue du matin avec le silence

Des premiers rayons / « vous aimez le théâtre ?

Je vous pose la question parce que je l’aime.

J’en reviens comme si j’avais toujours été seul.

Mais si vous ne voulez pas répondre… imitons

le même silence. Nous sommes loin des cafés,

des trottoirs, des retours à Ithaque, du rêve

qui remet en cause la réalité des tractations

quotidiennes. Lorsque la doña s’est effondrée

vous avez poussé un cri. Puis j’ai compris que

vous l’interprétiez avec une seconde d’avance.

Maintenant je peux me laisser distancer. Allez ! »

RÍO

Quelque peu irrité

Le voilà qui recommence !

BLANCO

Il est vrai que nous ne l’avons pas invité.

RÍO

Ni personnage ni interprète !

BLANCO

Pas même apparu !

RÍO

Des mots ! Des mots ! Des mots !

BLANCO

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de… théâtre ?

RÍO

Il se laisse emporter par le vent :

 

Je revenais seul, sauf que je venais d’assister

(de mon plein gré) à la représentation d’un jeu

Que je n’avais pas joué parce qu’il y avait longtemps

Que je n’habitais plus avec eux.

BLANCO

Que veut-il dire ?

Que devons-nous comprendre ?

RÍO

Ah ! si nous l’avions invité…

BLANCO

Mais ce n’est pas le cas.

RÍO

Le texte est sacré !

Toute la musique l’est !

Et il revient du théâtre !

Comme si la nuit s’achevait !

Les cafés sont fermés

Comme les maisons.

Les jardins obscurs

Comme le silence

Des rues mouillées.

BLANCO

Ce n’est pas revivre qu’il veut.

Il tente l’impossible.

Moi, j’ai sommeil.

Je reconnais ce chemin…

RÍO

Il nous ressemble tellement !

Ni dieu ni hypothèse.

Mais le rideau est tombé.

J’ai sommeil moi aussi.

(il baille)

Il y avait longtemps

Que je n’avais pas souhaité

Avec autant d’envie

Dormir dans un bon lit,

À Nantucket ou ailleurs.

« La porte sera ouverte »

Pas besoin de clé cette fois.

BLANCO

Encore heureux !

Ils s’arrêtent pour écouter.

Une fontaine s’accroit de leur silence.

L’autre reprend :

 

« J’ai été aimé puisqu’elle le dit.

Froissement d’un journal.

Puis de nouveau le silence.

Ils se regardent, renonçant à quitter les lieux.

 

S’il y avait une fontaine,

Ça se saurait, mais le vent

Ne sait pas d’où il vient…

RÍO et BLANCO

Il recommence !

 

(s’assoit sur la margelle)

C’était un théâtre de choses.

J’avais l’impression de lire un roman.

Il y avait du monde et on me parlait

(continuez  !)

Vous ne saurez jamais qui je suis !

Je ne serai jamais ce que j’ai été.

(voyant une vitrine s’éclairer)

Je boirais bien un verre, mais seul…

Est-il possible que je m’en sois sorti ?

Je n’ai vu personne à la sortie.

Pas même une ouvreuse pour me saluer.

« bonne nuit monsieur qui revenez »

(frissonnant)

Le texte devient philosophique.

Et alors c’en est fini de la poésie !

Le type ne s’aventure même plus.

Il sait où il va alors qu’on l’attendait

À l’endroit même de sa solitude.

J’ai perdu mon temps avec l’autre.

Il jette un œil critique sur les deux « autres ».

Un jour peut-être ils vous aimeront…

Je ne dis pas qu’ils comprendront.

Nous sommes venus en vacances.

En famille et en été, budgétisés

En prisme, l’œil sur l’ivresse et

La chair aux jeunes corps que le sable

Mélange à l’écume :: : parlons aux crabes

Du rivage, immisçons notre regard

Dans les interstices de la roche offerte

Avec les particularités locales :: : nus

Ces corps vus de la terrasse, verre

De gouttelettes / « avez-vous été

aimé ? » / « je ne vous connais pas

assez (réfléchissant) mais je me sens

tellement seule, abandonnée, inutile ! »

Les deux autres se taisent obstinément,

L’air de penser : « Il se répète »

Quel théâtre ! J’en vis encore !

(soucieux, doigt dans la joue)

Il y avait du monde. Il y a toujours

Du monde s’il est question

De savoir qui a été aimé

Et qui ne l’est plus. Un monde fou !

Un temps d’hésitation avant la fin,

Puis le « tonnerre » des applaudissements.

« comprenne qui pourra » dit mon voisin

De siège en se levant avant moi / puis

« Vous y étiez ! Ne dites pas le contraire…

— Encore un café d’ouvert à cette heure,

Propose quelqu’un en secouant ses miettes.

— Je ne sais pas si je suis disposée…

— Elle veut parler de la conversation

Qu’elle nous invite à remettre à plus tard.

— Nous avons tous envie de nous coucher.

— J’ai bien vu que vous étiez concerné

Par cette réplique à propos d’avoir été

Aimé ou pas… » / Comment le nier

Maintenant que la nuit menace

De laisser toute la place au jour ?

 

RÍO

Voilà qui est parlé !

BLANCO

Mais c’est toi qui parles, mon vieux !

Jamais tu n’as parlé autant !

RÍO

Parle pour toi !

Ils se taisent, attendant.

Ils n’allument pas leurs cigarettes.

La fontaine demeure muette.

La pluie tombe, glaciale.

 

Un jour quelqu’un lira cela.

 

BLANCO

Que dis-tu ?

RÍO

Moi ? (se ravisant) Rien.

BLANCO

Je croyais…

RÍO

Nous avons tort d’aller au théâtre…

BLANCO

Tu veux dire : quand il pleut.

Quel grésil ! J’en frissonne !

RÍO

Riant

Marre de ton cultisme !

BLANCO

Quel théâtre n’est pas baroque ?

RÍO

Demain à la page des spectacles.

(circonspect)

Bientôt l’heure…

L’employé viendra chercher sa goutte.

BLANCO

Pour moi ce sera un café… bien serré !

RÍO

Chut !

BLANCO

Il recommence ?

Ils se rejoignent pour écouter :

Non… C’est la fontaine.

Ou le premier oiseau tombé du nid.

(soupir)

Qui n’est pas rentré chez soi ?

BLANCO

J’aime la trivialité des dialogues.

On devait aller plus souvent au théâtre.

RÍO

Mais tu dis le contraire de… !

BLANCO

Je dis ce que je pense !

Tu ferais bien de t’y mettre toi aussi !

(docte)

Qui sommes-nous quand nous ne sommes pas au théâtre ?

RÍO

Tragique

Il n’y a qu’à nous regarder…

BLANCO

Main en visière

Personne pour filmer la scène…

(brusquement)

Il revient !

Marre d’être hanté

Alors que j’ai été un enfant !

RÍO

Mais tiens-toi donc !

Nous ne sommes pas seuls !

Nous avons été aimés !

 

Puisque vous le dites… aimés

L’un et l’autre par l’autre qui

N’est plus là pour aimer…

 

BLANCO

Tu as entendu… ?

RÍO

Rien…

(réfléchit)

Tu veux dire : comprendre ?

BLANCO

Je dis ce que je dis !

RÍO

Étirant les pavillons de ses oreilles

Nous ne tenions pas ce genre de conversation…

BLANCO

Nous ne revenions pas du théâtre…

RÍO

Nous n’y allions pas non plus…

BLANCO

Nous attendons le premier employé.

Signe que le rideau ne va pas tarder

À s’ouvrir. Le percolateur chuinte

Déjà. La pluie tombe verticale, signe

Que le vent n’est plus ce qu’il était.

Forêt de signes et non pas de symboles.

Bois joli des hypothèses qui font le matin.

Qui n’a pas été aimé au moins une fois ?

À part lui. N’en frisonnes-tu pas, Río ?

Río se pelotonne contre la muraille.

J’avais oublié de préciser

Qu’il y a une muraille.

Dans leur dos, une muraille.

Et le jour se lève

Avec l’arrivée d’un premier employé.

 

 

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