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Autan pour moi
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 Article publié le 10 janvier 2021.

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Aux vents d’hiver, il faut un début, une masse d’air chaud et une masse d’air froid, et une aire de jeux propice aux tournoiements, toutes choses existant amplement en terre franche.

Autan pour moi, aux temps pour toi qui te réchauffes l’âme au soleil de tes chers souvenirs.

Oui, il te faut tout reprendre depuis le début, en commençant par tes débuts dans ce métier difficile que tu appelles parfois l’art d’écrire.

N’ayant accès qu’à tes rares paroles - à celles que tu veux bien me confier, et non à celles que tu adresses à d’autres et dont j’ignore le nombre que j’imagine considérable - je me vois acculé à l’espoir de marcher dans tes pas, à la recherche de maigres indices, de quelques traces laissées dans les neiges de ton hiver cinglant.

Tes pas sont nombreux, il est vrai, et ils conduisent tous à la même source de mots qui tombent en cascade gelée. Une débâcle s’annonce, non d’un fleuve opulent et majestueux pris dans ses glaces, mais d’une source, à la fonte lente et patiente.

Au déroulé de l’hiver, dans une prairie, un tapis de verdure où narcisses et jonquilles défient les yeux et les narines de qui s’aventure dans cette ouverture ainsi créée. Ailleurs dans les sous-bois si nombreux, ail des ours, primevères et perce-neige fleurissent en abondance. 

Un cycle pourra alors recommencer qui verra nos hivers ponctuer de traits de glace et de neige et de givre la contrée animée.

L’amitié est à ce prix.

Je sais cette comptabilité pesante et froide, mais souviens-t-en : les premiers écrits ne furent que quantités associées à des produits marchands stockés pour être échangés. Bien avant que cette pratique ne promût l’écrit comme support de la mémoire - promotion que condamnèrent tous les Grecs, et ce même jusqu’à Platon qui écrit paradoxalement pour dénigrer l’écrit comparé à un orateur absent incapable de se défendre en argumentant-polémiquant - les histoires occupaient les esprits et les langues de tous les peuples de la Terre.

Cette masse verbale aux origines de nos mythes et légendes, si elle vient du fond des âges, tendant à mêler des apports venus de peuples voisins, constitue le fond indatable qui permet à nos ancêtres disparus d’exister dans les mots qui les inspirèrent et qu’ils inspirèrent à leur tour de génération en génération.

Exister, c’est bien le mot, tout extérieurs qu’ils sont, de par leur définitive disparition, aux mythes et légendes, qui les virent naître au langage qu’ils mirent sournoisement au service du langage par le truchement, depuis longtemps devenu obsolète, des diverses pratiques religieuses qui avaient cours dans les groupes humains dispersés sur la Terre, elles-mêmes garantes des pouvoirs en place.

Châteaux de cartes, les hiérarchies qui, une à une, se délitent puis s’effondrent, ce qui permet à d’autres joueurs de rebattre les cartes et de construire de nouveaux châteaux eux aussi promis à la destruction.

Toute littérature explore l’enfer des possibles humains dans un cadre historique donné explicité ou non, pris pour base ou pour cible - réalisme tangentiel ou imagination plus ou moins hallucinée - non pour promouvoir quelque paradis à la sauce religieuse qui verrait tout le Mal absorbé-vaincu par le Bien dans une harmonie perpétuelle, mais pour, en retour, faire advenir l’envers des possibles dans les esprits et les corps, soit cet entrelacs d’humain et d’inhumain qui en appelle à l’imagination, défiant toute logique préétablie et tout calcul probabiliste.

Opération jubilatoire ou austère de retournement-renversement des possibles érigés en fatalités.

Retourner le fatum contre lui-même, c’est le diffracter pour en réduire le néfaste impact et tenir ainsi à distance la trop vivre lumière qui s’en dégage.

Arrivé au seuil d’une vie nouvelle, tel je suis dès que temps et espace font signe dans le bâti d’une demeure poétique, igloo de neige glacée ou cabane en rondins, dans le Grand Nord.

Aurores boréales abondent, tu le sais.

 

Jean-Michel Guyot

3 janvier 2021

 

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