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 Article publié le 10 janvier 2021.

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Ma demeure ne tient qu’à un fil, que Skuld, un jour, tranchera.

Pour l’heure, tâchons de rester gais, frais et joyeux comme aux premiers temps d’une valse qui bien vite ne comptent plus ses temps.

Fraîche et joyeuse, une guerre se profile. Avec le recul des ans, elle ne le fut pas, tant s’en faut.

La route est heureusement longue qui voit le sein gonflé de lait se tarir puis se flétrir. 

Je vois une rigueur nouvelle pointer le bout de son museau de fouine. Pétrie de bonnes intentions, naïves en son fond, prêtre à fondre sur ses proies dociles.

A cette rigueur indigne opposons une vigueur nouvelle.

*

A midi sonnant, je me levai, mais les mots manquaient déjà. Par plaques entières, au bord des chemins boueux, aux pieds de murs hauts comme des bras devenus imaginaires.

*

Il se rendait à l’école une fleur à la main. En chemin, il portait tant de fois à son nez friand la fleur de pissenlit qu’il en avait le nase jaune poudré, ce qui lui valait force moqueries de la part d’un cancre mal né.

Cet enfant de putain s’appelait Traxer. Je regrette encore de ne pas lui avoir chatouillé les côtes pour lui faire cracher son venin. Traxer et son souffre-douleur ont quitté mon champ de vision il y a bien longtemps, les pissenlits demeurent, et les chemins, et l’école des ânes, des phénix et des cancres.

Une photo de classe les voit réunis pour la postérité. J’y figure moi aussi, l’air maussade et revêche, moi l’enfant au cœur d’artichaut qui apprit à devenir ce cœur de pierre qui lapide en rêve quelques crétins notoires et dilapide sa joie de vivre aux quatre coins de déserts en mal de poésie.

*

Ma chute à vélo laissa quelques semaines de vilaines écorchures à mon visage de gamin. Pédale droite prise dans les rayons de la roue de mon meilleur copain, comme j’ai valdingué, traîné sur plusieurs mètres par le vaillant vélo du copain ! Rouler de conserve a son charme, à n’en pas douter.

*

Des décennies ont passé. Bon an, mal an, j’ai fait un bout de chemin, seul, le plus souvent. Je laisse derrière moi une gare de triage où pourrissent quelques wagons abandonnés faut d’avoir pu destiner à qui de droit les richesses qu’ils contenaient. 

Le train-train des locomotives poussives se poursuit ailleurs, à la vitesse de la lumière.

Initié tard dans ma vie à des rudiments d’informatique, j’avoue que cette dernière est devenue bien vite un outil précieux pour mes écrits qui sont comme bateaux à quai attendant d’être transbordés.

*

Je ne savoure ni l’instant et ses répétitions douçâtres ni le temps long de projets au long cours. Je ne suis que caprice qui s’oublie en chemin, se découvre couvert de signes invisibles glanés sur les routes par monts et par vaux à mon corps défendant.

Mon butin se trouve là, à même mes sens en éveil. J’en fais mon miel à mes heures, lorsque bon me semble.

Je n’ai pas vu la mer depuis de nombreuses années. Je la porte en moi. J’ai grandi dans les calanques de Marseille, heureux et vif comme une toupie ivre de soleil. Le violet des oursins pêchés en apnée et puis l’orange vif de leur chair iodée me font traverser le temps.

*

Une parole, puis une autre, dans toutes leurs jeunes forces, malgré la distance temporelle parfois considérable qui me sépare d’elles, stimulent en moi l’envie d’écrire pour donner à entendre les échos nombreux qu’elles ont suscités en moi.

Il faut que ça sorte pour ne pas mourir.

Ce faisant, j’aspire à disparaître dans une parole ni plus petite ni plus grande que moi, mais proférée à hauteur d’homme dans la jungle rouge qui m’environne, lorsque je ferme les yeux.

Je revois mon père dans le camion militaire avec ses camarades, tout couverts de latérite à sillonner ainsi pendant des heures les pistes rouges en pleine savane.

A l’ardeur du soleil, au froid mordant de l’aube, dans cette Afrique aimé de lui, je substitue le blanc manteau des neiges de mon pays, regarde encore plus haut, encore plus loin vers le Nord. C’est le cœur noir d’images solaires que j’avance ainsi dans les frimas.

Père et mère pèsent d’un poids terrible, si l’on n’y prend pas garde. Il m’arrive ainsi de libérer des paroles anciennes jamais advenues pour leur donner une chance d’être enfin entendues de moi seul. 

 

Jean-Michel Guyot

3 janvier 2021

 

 

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