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"Province" de Richard Millet (Léo Scheer, 2016)
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 Article publié le 14 février 2021.

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LU ET... APPROUVE

 

C’est une peinture à la fois impressionniste et expressionniste de la province, transcrite par une voix féminine externe à la narration.

La comédie sociale, l’identité locale, le temps qui passe, la mémoire ; le mondialisme, l’effondrement de la littérature...

La dichotomie Paris/province, l’opposition auteur/écrivain du dimanche, l’antagonisme vitesse/lenteur...

Tout cela sur les trois étages d’une ville dont le nom, Uxeilles, semble être né de la nature.

Uxeilles... la cité des abeilles...

Qui sont-elles, sinon la galerie de personnages fréquentés ou remémorés par Mambre, le personnage principal dont la trajectoire est narrée par une femme qui parle au nom de la collectivité ? Au nom des habitants de cette province, rappelant si besoin était à quel point l’auteur est attaché au concept de racine, en l’occurrence corrézienne et limousine ?

L’errance milletienne, une fois de plus, œuvre à plein régime, brossant le portrait d’une ville dont les figures sont à bout de souffle, sauvées par un fatalisme atavique et une ironie intemporelle, qui rappellent à ceux qui ont la mémoire courte que la mondialisation et son avatar, le mondialisme, n’ont pas de prise, ici, dans cette cité qui se moque, au fond, de devenir l’ombre d’elle-même... puisqu’elle continue, tout de même, d’exister.

La satire et l’attachement s’entremêlent constamment, acerbe et viscéral les accompagnant respectivement, démontrant un regard sans concession de la part de l’auteur. Oui, il y a de l’aridité dans la voix de la narration, une aridité ductile de par le phrasé ample, étiré, étendu, un phrasé où divers temps grammaticaux se mêlent et se répètent, accentuant d’autant sa position de témoin, qui est en permanence acteur et voyeur.

Une satire bienveillante, oxymore qui sans doute conviendrait mieux...

La topologie sociologique des jeunes filles qui séduisent Mambre s’incarne déjà dans leur prénom – Nelly, Albane, Amandine, Wendy – matérialisant la récurrence obsessionnelle de l’auteur pour la jeunesse, pour la jouvence, pour l’innocence. Attraction de jolies ronces sur un loup insatiable, au sentimentalisme dépouillé, qui renvoie à l’essence de Millet.

Oui, un sentimentalisme dépouillé ou épuré, de ceux qui ne veulent pas que le temps s’égrène implacablement et qui ne craignent pas de revenir à la source.

 

 « Je suis revenu à Uxeilles pour baiser le plus de femmes possibles »...

 

N’est-ce pas un prétexte pour Mambre que d’asséner cela, afin de restituer, à la manière d’un peintre, la réalité picturale de la province au travers d’Uxeilles ? Le schéma classique de l’histoire est donc balayé par de longs et réguliers à-plats qui permettent, en quelque sorte, d’y voir clair.

 

« Baiser le plus de femmes possibles »... n’est-ce pas une déclaration d’amour à la province ?

 

L’interaction et la rencontre entre Mambre et Wendy, au sein d’un supermarché, sont bien la preuve qu’il est encore possible de se séduire de visu, loin, définitivement loin du volume orgiaque des sites de rencontres, des agences matrimoniales et autres intermédiaires qui signent la profonde désincarnation de l’Occident, en ce milieu des années 2010. Richard Millet rappelle une évidence, aussi, par le biais de cette scène : nous sommes avant tout des animaux, des bestiaux doués d’un instinct et heureux d’entrer en contact avec l’autre, quel que soit le résultat du processus de séduction.

 

Les longues, si longues phrases de Millet déploient et déplient le temps provincial.

 

Province... un titre éminemment sobre et élégant, savamment privé de tout article – défini ou indéfini – et qui, par voie de conséquence, accroît l’essence de la province. Le lecteur, d’emblée, est au cœur du sujet.

 

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