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Le retour au pays |
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![]() oOo Je m’en retourne à l’ordinaire Avant d’être sur mon penchant J’ai toujours mes soleils couchants Des fées rafistolent mon chant Mon valet valétudinaire Peine à me suivre à travers champs
Je vous laisse à tâche mes cliques Mes claques et mes cortégeants Dans ce monde où les pauvres gens Sont le bois l’airain l’or l’argent De nos ingrates républiques J’en suis tout ire en y songeant
Je vous laisse à la barricade Vous qui reprîtes mes flambeaux Mes armes mon hymne en lambeaux Et mes désespoirs les plus beaux Pensez à mes sauts de Leucade A mes descentes au tombeau
Je n’ai plus rien dans ma musette Je suis au bout de mes écus Ereinté par tous ces vieux culs Qui ne s’avouent jamais vaincus Et broutent mes brins de causette Sans jamais être convaincus
On n’a plus rien pour une livre Ni pour un pénible penny Ni pour un rouble roublard ni Pour un chiche as Suis-je fini Dans les ramages de mes livres Je trouve encor des pies au nid
On n’a plus rien pour des pépites Pour des pitoyables patards Ni pour du picaillon bâtard Nous étions de fieffés fêtards Que rien ici bas ne dépite Pour qui rien n’est jamais trop tard
Quand j’étais cousu de pistoles J’avais le prendre et le laisser Et j’imposais sans me lasser Mes façons de voir de penser Sur les bords dorés du Pactole Je n’ai vraiment fait que passer
On n’a plus rien pour une maille Pour un sou vaillant ou tordu Pour une corde de pendu Ni pour un rouge liard fendu Trouverai-je un linceul qui m’aille Je pars sans réclamer mon dû
On n’a plus rien pour une obole Sur les rives de l’Achéron Pas même un cornet de marrons J’entends d’ici le vieux Caron Ce n’est pas de la rocambole Sa garce se fait du mouron
On n’a plus rien mes camerluches Plus rien pour un quart de teston Plus un canif plus un toton Plus une figue de Caton Plus rien à portée de paluche Plus rien plus rien pour nos cartons
On n’a plus rien pour une maine De kopecks de maravédis C’est du moins ce que l’on me dit Nous attendions dès le lundi Poches vides notre semaine Nous les enfants du paradis
On n’a plus rien pour une thune Ni santon ni fève au gâteau Ni à la cour du roi Pétaud Dans ses chiffons dans ses métaux Où nous faisions jadis fortune Un lingot d’or ni un manteau
On n’a plus rien pour un sourire Pour un mot doux pour une fleur Pour un bécot ni pour un pleur Mon style a perdu ses couleurs Je n’ai plus de voix pour écrire Mes embarras et mes douleurs
Robert VITTON, 2015
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