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 Article publié le 25 juillet 2021.

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Sous le couvert la mare est striée de lumière,
dont les éclats sont les castors du ciel,
corps à corps avec l’ombre saccagée des feuilles
suturant les eaux. Une odeur de sommeil
attige un souvenir qui crée des évidences
incubes et succubes, parfumant d’écarts
les hilares muqueuses de l’air. Là soudain
ce qui dure se fait lenteur lacustre et laps
de clos charnu veiné d’amoureuses reliques
angulées à l’excès d’humides chevauchées.
De relais en relais de soi dans l’abusif
écho du lieu d’un lieu, structure faisandée
ouverte à marée basse, où stagnent les divins
litiges dans les draps défaits plissés d’instants.

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  Une lecture par Jean-Michel Guyot

L’instant du Dire, l’automne venu, écorce doucement le vénérable platane sur la fine et fragile écorce duquel l’enfant que j’étais se plaisait à graver avec une pointe sèche des signes délicats qu’il ne comprendrait que bien plus tard.

*

Une étude statistique rigoureuse dégage certes un lexique en mettant en évidence des prédilections lexicales, tandis qu’une syntaxe de tous les instants semble constamment à l’œuvre, déjouant, quant à elle, quelques automatismes.

Aux sources de la création poétique, un ego, une personnalité, une histoire personnelle, un contexte familial et historique, oui, je veux bien, et alors ?

Sonder les cœurs et les reins, pourquoi pas, mais ce n’est pas mon affaire ni ma tasse de thé. Pas plus que je ne prétends étudier les tréfonds de l’âme humaine, je ne suis enclin à analyser le poématique.

Je préfère le vivre et en vivre.

Il me faut partir d’une lecture parmi tant d’autres, non pas pour illustrer mon propos ni faire le commentaire savoureusement savant du poème choisi parmi de nombreux autres possibles mais pour donner à sentir, du moins je l’espère, ce qu’il en est du poétique qui excède toujours tel ou tel poème.

Lecture stratifiée, temporellement éclatée, lecture absolument non unilatérale, mais répétée, et obstinément encore, jouissive surtout, incandescence lente - la flamme d’une chandelle - qui refuse tout climax, toute révélation ultime, tout éblouissement synonyme d’aveuglement sectaire.

Qu’une lumière se dégage et fuse enfin au sein même de la lumière, fidèle à l’initiale illumination qui fit et vit naître le poème, elle-même fidèle au temps long de la parole poétique hostile en tous points à toute religiosité diffuse derrière le sourire angélique de laquelle nous voyons poindre, luisants et affûtés, les crocs du fanatisme avide de chairs à martyriser et d’esprits à convertir.

Branche basse

Sous le couvert la mare est striée de lumière,
dont les éclats sont les castors du ciel,
corps à corps avec l’ombre saccagée des feuilles
suturant les eaux. Une odeur de sommeil
attige un souvenir qui crée des évidences
incubes et succubes, parfumant d’écarts
les hilares muqueuses de l’air. Là soudain
ce qui dure se fait lenteur lacustre et laps
de clos charnu veiné d’amoureuses reliques
angulées à l’excès d’humides chevauchées.
De relais en relais de soi dans l’abusif
écho du lieu d’un lieu, structure faisandée
ouverte à marée basse, où stagnent les divins
litiges dans les draps défaits plissés d’instants.

Gilbert Bourson, 2021

Ici, jamais la phrase n’hésite ni ne cahote ; chaque bloc de sens semble traduire un étonnement et un émerveillement devant l’avancée du sens en terre de mots. L’étonnement devant la merveille apparaît comme le moteur du Dire.

Etonnement devant la merveille et merveilleux étonnement, délicate césure qui sépare autant qu’elle relie le pareil au même. L’instant du Dire écorce doucement le vénérable platane sur l’écorce duquel l’enfant que j’étais se plaisait à graver des signes délicats qu’il ne comprendrait que bien plus tard.

Peut apparaître alors ce vermeil propre au poème qui transfigure l’inexistant, véritable travail de précision posé sur le vide initial où viennent s’agréger les mots qui se choisissent en toute liberté sous l’œil vigilant et dans l’oreille attentive de cet orfèvre des mots qu’est tout poète qui fonde son Dire sur l’alliage heureux de l’argent de sa maîtrise et l’or des mots qui lui viennent à profusion.

Rien d’ornemental dans cette démarche qui ne vise qu’à rendre sensible, par des mots, ce qu’il en est de l’être, soit le matériau linguistique devenue matière sensible, audible et visible.

Comme si le lecteur lilliputien que je suis, ému par sa lecture, voyageait juché sur la main de l’auteur courant sur le papier qui accueille-recueille son poème.

Çà et là, un mot rare se rappelle à notre bon souvenir, tel cet « attige », soulève les épaisses couches de limon verbal endormi, en ravive les téguments oubliés-envasés qu’il touille, trifouille et brouille à plaisir.

La mise en branle de tout un corpus linguistique n’est pas affaire de logistique ; une armée de mots ne se met pas en marche, aucune légion prête au combat n’émerge dans un cerveau poétique en ébullition, bien au contraire, tout est lent, calme, déterminé et déterminant, purement décisoire, mais nullement arbitraire, j’en veux pour preuve le poème achevé qui s’impose comme une évidence.

Après la décantation vienne le chant !

Et le critique d’inverser le processus en disant : Après le chant, la décantation.

Le poète donne à entendre la verve retrouvée d’une langue soutenue par tout un passé d’écritures. Il déverse son limon tégumentaire sur les plaines humides de son imagination, favorise la croissance puis l’envol de mots-papillons qui se trouvent alors ainsi en bonne compagnie parmi un bâti en perpétuelle construction depuis des siècles et des siècles.

L’ancien et le nouveau ne se font pas face mais s’épousent et copulent allègrement, donnant au temps le temps de déployer tous ses fastes verbaux.

Tout au long du poème, des formes verbales propulsent des blocs nominaux dans l’aire du poème saturé de sens, délivrent l’énergie nécessaire au déploiement de réseaux nominaux et adjectivaux qui paraissent s’engendrer au fur et à mesure que leurs liens se renforcent par l’apport d’autres liens propulsés par de nouvelles formes verbales.

Comme si l’immédiat passé du poème était appelé par l’avenir verbal qu’il tisse et qui seul le rend tangible à la fin. Singulière expérience du temps qui nous est donnée à vivre là !

La coulure est une coulée.

A chaque coulée, un nouveau poème s’offre à nos yeux comme une coulure.

Leur brièveté assure au lecteur la possibilité de revenir rapidement au point initial : relire, tout bêtement, pour ressentir à nouveau, et plus fort à chaque relecture, la pertinence des formes verbales choisies, véritables pivots de l’expression qui nous permettent de savourer l’enchantement des blocs nominaux qui ne cessent de nous surprendre par leur grâce inédite et leur évidence de fleurs épanouies.

Rien de gratuit ni de fortuit dans ce poème et tant d’autres, mais une écoute : avant d’être eux-mêmes donnés à entendre en étant proférés, les mots épousent une dynamique ancestrale dans l’oreille avertie du poète dépositaire d’un immense réseau de sens, d’acceptions et d’étymologies connecté au monde élargi de son imagination elle-même alimentée par son appétit et son goût de vivre ici et maintenant dans le monde.

Tout à la fois construction, choix des matériaux et des principes architectoniques qui soutiendra l’édifice verbal et pure floraison, c’est-à-dire verve et spontanéité, les poèmes tels que je les aime.

 

Jean-Michel Guyot

27 juillet 2021


 

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