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Le Syrphe - roman (Patrick Cintas)
Le Syrphe

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 Article publié le 12 septembre 2021.

oOo

Il aimait les mots. Avec le temps, il avait limité le vocabulaire de l’expression de sa maladie qui n’avait plus de nom. Sa conversation n’explorait même plus les effets de ce qu’il eût mieux convenu d’appeler une dégénérescence de la matière vivante. Il ne marchait plus. Il avait aussi eu le temps de concevoir un fils.

Cela s’était passé entre l’adolescence et l’âge mûr. Une fois, ce n’était rien. Il connaissait cette fièvre. Il avait vu l’enfant sortir du ventre de sa mère. L’anesthésiste avait photographié l’événement. Elle n’avait pas eu besoin de sa science, finalement. L’évènement l’écœura. C’était ce qu’il avait avoué au médecin accoucheur qui était un ami. Il regarda l’enfant. Il lui ressemblait. Elle en conçut immédiatement une tremblante jalousie.

Elle ne le regardait plus, et s’il surprenait son regard, elle lui reprochait aussitôt de la désirer parce qu’elle était une femme. Il avait du mal à l’appeler par son nom. Il ne lui donna plus aucun surnom. Cet ajout l’eût réduit à ce qu’elle ne pouvait pas paraître pour lui. Il pensa souvent au déterminant comme un trait d’union entre les deux mots. Le. La. Il ne savait plus. C’était important, cette orientation du sens. Il ne se décida jamais ni pour l’un (le par exemple) ni pour l’autre (indifféremment l’un ou l’autre). C’était une experte en alimentation.

Mais ce n’était pas lui qu’elle nourrissait. Une fois l’acte consommé (il était incapable d’en mesurer les données), elle le menaça de le dénoncer. Il regarda le corps couvert de sa propre sueur. Il évita de la regarder. Elle lui dit qu’elle ne pourrait jamais l’aimer mais que s’il naissait un enfant de ce qu’elle considérait désormais comme un viol, rien d’autre que cette infamie, elle souhaitait qu’il ne lui ressemblât pas. Mais la ressemblance était frappante. L’enfant s’agitait sur sa poitrine. Elle dit simplement : il te ressemble. Sa voix était douce, presque merveilleuse. Tout le monde fut enchanté.

On amena l’enfant dans une pièce voisine où il cessa de crier. Elle s’inquiéta. Elle s’était déjà habituée à ce cri. On l’amena elle aussi et il demeura seul dans la pièce. L’odeur du sang commença à le déranger. La fenêtre ne s’ouvrait pas. Si vous voulez fumer, lui avait dit son ami le docteur, il y a des cigarettes dans mon bureau. Il souhaitait rester encore un peu dans cette pièce où venait de naître un enfant de sa chair. Mais pas de mon sang, pensa-t-il.

Il délirait. Il se rendait compte maintenant qu’il délirait depuis le début. Elle avait exigé des promesses. Il lui avait montré la boucherie, la chambre froide, la salle où il abattait les volailles, le laboratoire où il cuisinait des conserves, la cour en triangle au sommet duquel se trouvaient les latrines. On montait à l’appartement par un escalier extérieur qui donnait dans la cour. Elle monta devant lui. C’était la première fois qu’elle venait. Elle portait l’enfant depuis sept mois. Elle s’était vêtue d’une robe légère. Il aimait l’été pour cette légèreté. Elle était agile malgré ce qu’il considérait comme une monstruosité. Elle ouvrit la porte et il se souvint que c’était elle qui avait ouvert la porte de la chambre de l’hôtel où il l’avait amenée pour la posséder. L’intérieur était agréable.

À l’hôtel, il y avait des gravures entre les appliques, un nombre exagéré d’appliques, elle ne réussit pas à les allumer toutes. Chez lui, ce furent les livres qui provoquèrent son agitation. Elle se retourna pour lui dire qu’il ne devait pas penser recommencer. Il lui répondit qu’il tenait à respecter l’enfant qu’elle portait. Il se trouva aussitôt stupide. Pourquoi avait-il parlé de l’enfant dans une conversation qui ne le concernait pas ? Elle tira les rideaux et ouvrit la fenêtre. Ils étaient dans le salon qu’il avait fait fleurir. Il se promit d’aller remercier la fleuriste dès le lendemain matin avant l’heure d’ouverture des boutiques. Il savait où la trouver. Il l’avait désirée en son temps. Mais il ne s’était rien passé. Ils avaient vieilli, c’était tout. Il n’utilisait plus ce mot mais c’était bien celui qu’il avait employé alors. Elle avait songé puis avait murmuré qu’elle ne se sentait pas vieille. Puis ils n’avaient plus eu de conversation en dehors de ce qu’il convenait d’appeler de bonnes relations de voisinage. Elle agissait à sa place. Elle lui achetait la viande et fleurissait sa maison. Ils avaient établi un calendrier des événements. Il y avait peu d’imprévus mais si cela arrivait, elle faisait mine de n’accorder qu’une importance relative à l’événement. Ils auraient vécu heureux s’il l’avait épousée. Ce n’était pas arrivé. Il lui annonça son mariage avec la fille de l’ingénieur de la mine. C’était une très jeune fille. Elle ne le dit pas. Personne ne le disait. Elle se mit à réfléchir derrière le petit comptoir où elle posait à plat ses mains gantées de coton blanc. Il lui donna les clés de la maison, comme d’habitude. Il lui redit qu’elle pouvait les conserver. Il le lui disait depuis des années mais elle refusa encore, prétextant qu’elle était distraite et oublieuse. C’était beaucoup pour une seule femme, ironisa-t-il. Elle ouvrit un tiroir, en sortit un crayon et il vit le crayon noter des idées sur le carnet qu’elle tenait ouvert sur le comptoir. Il pouvait s’en aller. Elle avait mis fin à la conversation. Il dit quelque chose et sortit.

La rue était animée ce matin en prévision de la fête. Son apprenti avait ouvert la boucherie et l’attendait, les bras croisés, devant la porte. Il traversa la place. L’apprenti lui souhaita une bonne journée. Il ne pensait pas que ce serait une bonne journée. Elle arriverait demain. C’était le dernier jour de classe. Elle se dépêcherait de quitter sa robe de collégienne et elle entrerait toute nue dans une robe d’été. Le chignon s’épanouirait en chevelure. Il avait hâte de la revoir et en même temps, il la haïssait, sans souhaiter toutefois qu’elle disparût de sa vie. La raison en était peut-être l’enfant. Le cheval arriva par la grand-rue.

— Me laisserez-vous conduire le camion ? demanda l’apprenti.

Il ne répondit pas. Il n’aimait pas ces allées et venues entre la boucherie et l’abattoir. Il ne parlait pas pendant tout le trajet et l’apprenti observait ses manœuvres. Il était particulièrement intrigué par la manipulation de la boîte de vitesse. Il en parlait comme d’une épreuve à surmonter. Mais il n’obtenait pas de réponse. Au retour, les cageots de gros morceaux émettaient l’odeur du sang qui lui donnait le vertige. Il garait la bétaillère dans la cour et chargeait l’apprenti de rentrer la viande dans la chambre froide. Il montait chez lui. Les fleurs arrivaient au bout de leur existence mais elles aromatisaient encore l’intérieur où il tentait de survivre à l’ennui. Il ouvrait un livre et se servait un alcool. Il entendait les claquements sourds de la porte de la chambre froide, les pas de l’apprenti sur le diable qui montait et descendait, chargé ou non à l’épaule de ces pesants morceaux de viande qu’il ne mettrait pas une semaine à débiter et à vendre. Il n’abattait des porcs qu’une fois l’an et deux ou trois fois des volailles. Il revendait sans bénéfice des charcuteries ménagères dont il vantait volontiers les saveurs qu’il qualifiait d’inimitables. On l’aimait pour sa franchise. On ne prononça jamais le mot simplicité en parlant de lui. On l’avait plusieurs fois surpris en compagnie d’adolescentes qu’il courtisait en marge de la vie sociale. Il n’avait jamais fait preuve que d’une extrême courtoisie. Après tout, elles n’étaient que flattées, ce qui ne pouvait pas les blesser. Il éveillait peut-être en elles des désirs qu’elles ne trouveraient jamais l’occasion de satisfaire. Celles qui avaient vieilli pouvaient en témoigner. Mais en quels termes ? On n’en parlait jamais en sa présence. Seule la fleuriste y faisait quelquefois de discrètes allusions. Mais n’était-ce pas plutôt lui qui y pensait tandis qu’elle lui parlait d’autre chose ? Il se sentait aussi instable que le printemps. Il ne pouvait pas parler d’infidélité. Il n’avait jamais rien possédé qui lui donnât le droit de s’exprimer sur ce sujet. Il pensa aussi à l’intranquillité, néologisme rencontré dans un livre. Instabilité convenait mieux à son angoisse. Une angoisse molle, distante, sans ombres portées sur le quotidien où il avait sa place. S’il l’épousait, comme il en avait l’obligation, ou comme il craignait de trouver la force de ne pas le faire, elle se servirait de cette angoisse contre lui.

Elle promettait de protéger l’enfant. Elle pensait à une fille. Il fut presque heureux quand l’accoucheur annonça que c’était un garçon. Il avait d’abord vu la tête, puis plus rien. Mais elle le savait peut-être déjà. Son ami avait respecté le secret. Après tout, c’était son devoir. Elle s’arrangeait pour qu’on lui dût beaucoup. Ou elle ne s’arrangeait pas, les choses arrivaient et elle improvisait. Elle improviserait aux premiers signes de la maturité. Quel rôle avait-elle interprété au commencement de cette adolescence qu’il avait brisée ? Que vivait-elle en attendant d’être une femme mûre ? Elle avait elle-même déclaré qu’elle ne jouerait pas le rôle de la mère. Son père l’avait giflée et il lui avait dit qu’elle était plus coupable que lui. Ensuite il s’était retourné et il lui avait précisé, à lui, que cette déclaration ne diminuait en rien sa propre responsabilité, tandis que la mère, qui secouait un chapelet, continuait de lui demander comment il avait pu commettre une pareille infamie. Elle voulait dire qu’il était le seul responsable, qu’elle l’excusait, même s’il était en droit de penser qu’elle avait fait le premier pas, un pas de gamine que la nature a grisé, et il avait fallu que ça arrive, disait-elle, qu’il se trouvât là à ce moment, et qu’il en profitât pour perdre une virginité qui n’avait plus de sens pour lui maintenant qu’il n’était plus vierge.

Je n’ai pas honte, pensait-il, mais il ne dit rien. Il n’avait pas l’intention de se rebeller. Il s’était montré doux comme un agneau, mais l’agneau avait conscience de son destin, il n’y avait pas de pré fleuri pour l’émerveiller, pas de ciel ensoleillé pour l’empêcher de raisonner l’absence pourtant inexplicable des autres qui tardaient à revenir, il avait pleuré derrière une clôture en les regardant et il n’avait pas discuté le prix.

— Finalement, avait dit le père en lui servant une eau-de-vie brûlante qui prit la place du feu, vous êtes le fils de la maison.

— Qu’il le veuille ou non ! avait-elle dit.

L’idée ne l’enchantait pas. Perdre la virginité au prix de la sienne avait été un moment de folie ou d’indignité. Se résoudre à la continence le rendrait plus fou. Vous irez voir les femmes, lui avait dit son ami après l’accouchement. Pourquoi s’était-il confié à lui ? C’était une confidence parfaitement inhérente au sujet qu’il n’avait pas fini d’épancher d’ailleurs. Le secret serait bien gardé. Mais il n’y aurait plus de secret à l’intérieur du cercle qu’ils formaient tous les trois. Les beaux-parents n’étaient que des satellites de la situation. Ils étaient trop détruits par la douleur pour s’en servir contre lui.

La première fois qu’il les rencontra, ce fut à leur invitation. Le mot était clair. Ou il allait les voir pour parler (il savait qu’ils le réduiraient au silence et il redoutait cette suite de l’anéantissement) ou bien ils dénonceraient son crime. Il ne se sentait pas encore coupable. Il était plutôt la proie des regrets. La nuit, le sommeil lui inspirait des solutions mais leur incohérence ne lui apparaissait que plus tard et il se rendormait en croyant avoir trouvé le moyen d’en finir avec le cauchemar dont elle était reine le jour. Mais il lui arrivait aussi de rêver de la posséder de nouveau. Il se souvenait de tous les détails de la pénétration. Il ne s’était pas senti puissant, ni maître de lui. Simplement, il avait éprouvé la joie de comprendre enfin la véritable utilité de l’organe concerné et il était entré dans le sien pour se rendre compte enfin que c’était le seul endroit du monde où il se sentirait définitivement heureux.

Mais l’extase n’avait pas duré. Il avait dû lutter contre sa musculature. Cette tonicité le fascina d’abord. Elle était sur le point de le vaincre. Il eut alors le désir de la tuer pour qu’elle se tînt tranquille. Le père avait dénoué l’écharpe qu’elle portait pour cacher les traces de cette ignoble tentative. Il avait même précisé qu’il l’avait empêchée de se laver. Elle renoua l’écharpe et repoussa son père qui soulevait ses jupes. Il aperçut le triangle de poils diminué par le croisement des cuisses. Vous êtes tous des salauds ! avait-elle murmuré. Et il l’avait encore giflée et sa main avait atteint la chevelure. Il avait essayé son sexe dans ces cheveux. En avait-elle parlé aussi ? Il chercha une réponse dans son regard. Pourquoi savent-ils autant de choses ? pensa-t-il. Il répéta fidèlement la promesse que le père lui dictait. Elle souriait peut-être. N’avait-elle pas souri quand il s’était retiré ? Il avait poussé un cri de bête qui avait mis fin à son agitation de poupée de chiffon. En même temps, il avait desserré l’emprise de ses mains. Son regard ne le harcelait plus. Il était étourdi par le besoin de s’expliquer. Il y avait une explication à cela. Mais n’avait-il pas préparé lui-même cette entrée en possession de la seule femme qui semblait à portée de ses moyens d’en posséder au moins une avant de quitter ce monde ?

Elle l’avait suivi. Elle avait peut-être pensé à des caresses prometteuses. Il ne saurait jamais ce qui avait motivé sa docilité. Ils étaient entrés dans l’hôtel par l’arrière-cour où l’on garait les voitures sous un appentis fleuri. Un surgeon jaillissait au centre d’un bassin. Cela aussi c’était de l’imagerie. Il avait embrassé son cou et touché un sein à travers la robe d’été. Elle lui avait rendu le baiser. Cette humidité l’égara encore. Il ouvrit la porte de l’escalier de service et elle monta devant lui. Il songea qu’il allait commettre une folie sans être fou. Elle aimerait peut-être qu’il sût se rendre fou à l’occasion de se donner à lui. Il montra la porte de la chambre et elle l’ouvrit. Puis tout devenait plus clair et plus intense dans sa mémoire. Son ami l’avait écouté sans l’interrompre. Je ne te connaissais pas ce talent, finit-il par dire. Il voulait parler des mots. Il n’avait pas pensé aux mots. Son être les avait choisis. Ce n’était pas une question de talent. Il n’avait pas changé. Il y avait toujours ces mots. Et l’être les ramenait à la surface. Cela ne s’était jamais passé autrement. Et cela n’arriverait peut-être plus, parce qu’il venait de dépasser les limites.

Son ami se montra sceptique relativement à cette affirmation.

— Nous savons tous quel est le chemin du bonheur, dit-il. Mais ce n’est pas le bon.

Cette idée d’avoir été un moment sur le chemin du bonheur l’enchantait. Il en parla avec elle. Je te tuerai, dit-elle. Il venait de la déshabiller. Elle n’avait plus de pudeur. Il ne la toucha pas. L’angoisse revenait. Bon Dieu, pensa-t-il, l’angoisse à la place du bonheur. Elle est monstrueuse. Elle était plutôt petite mais ses jambes paraissaient longues. Il haïssait cette cambrure exagérée. Les cheveux tombaient sur une épaule. Elle jouait avec la lumière. Elle était peut-être belle. Il se croyait malade. Attendons, dit son ami (ils fumaient des cigarettes sur la terrasse de son bureau et regardaient les chevaux à l’adret qu’ils possédaient comme leurs propres parents l’avaient possédé), un enfant peut tout changer. Il rentra. Elle était sur le seuil de la boutique et lui apportait des fleurs. Elle refusa de monter. Ce ne serait pas convenable, dit-elle en l’effleurant. Elle devenait nécessaire elle aussi. Comment le lui dire ?

Elle ne lui inspirait aucune violence. Il ne désirait que la tranquillité avec elle. Ils n’avaient rien à se dire. Vivre ensemble ne les ennuierait pas. C’était une question de durée. Avec l’autre, l’adolescente qu’il était forcé d’épouser, il serait question d’impatience, le temps subirait des accélérations qu’il faudrait finalement expliquer, à qui, pourquoi ? Elle s’éloigna. Il attendit sur le seuil de la boutique qu’elle fût rentrée chez elle, de l’autre côté de la place. Les fleurs ont besoin d’eau, pensa-t-il en montant sans accorder aucune importance à cette pensée. Elle s’appelait Fleur et depuis, ses pensées en cultivaient d’innommables. Il arrangea les fleurs dans un vase. Il déposa le vase sur le bahut. Il s’assit dans son fauteuil, l’autre étant réservé à l’ami, mais elle prendrait l’habitude de l’occuper à sa place. De l’autre côté du salon, l’écran blanc perlé où il projetait des diapositives. Elle lui avait demandé de le remplacer par un poste de télévision. Chez elle, elle regardait la télévision. Il n’aimait pas cette idée. Il préférait feuilleter. Il n’allait jamais au bout des spectacles. Il finissait par perdre patience. Elle lui parlait au contraire de cette possibilité, qu’elle qualifiait de merveilleuse, d’être captivée jusqu’à la fin. La fin de quoi ? demanda-t-il sans réfléchir.

Elle n’avait plus peur. Elle venait le soir après la fermeture de la boutique. Elle lui consacrait une heure, moins si le spectacle télévisuel commençait plus tôt que d’habitude. Elle n’avait pas vraiment de préférences. Elle choisirait plus tard. Elle continuerait de tout regarder pour ne rien perdre. Trop de fleurs, dit-elle un soir. Qui est-elle ? Il parla de cette femme, de leur enfance, l’innocence des jeux, la sensation qu’il n’y a pas de hasard, que rien n’est arrivé. Elle rit. Elle pouvait tout détruire en lui riant au nez. Fleur et la fleuriste. Il rêvait d’écrire un petit roman sur le sujet. Il inventerait la fin. Il n’avait jamais rien écrit, sauf des notes sur un carnet qu’il avait égaré.

— Veux-tu que nous allions manger sur l’herbe demain ? proposa-t-il pour changer de conversation.

Elle avait d’autres projets. Son père étrennait une nouvelle voiture. Il avait soigneusement calculé la distance qu’ils pouvaient atteindre. Cette voiture était plus rapide. Le soir, au retour, elle monterait pour lui annoncer que jamais ils n’avaient été si loin. Ensuite elle lui raconterait le voyage. La tristesse de sa mère chargée de surveiller l’horaire et le kilométrage. La nervosité de son père incapable de reconnaître ses erreurs de conduite. Quant à elle, elle n’avait songé qu’à se donner aux regards de passage. Elle avait un beau visage qui promettait d’être à la hauteur de la tragédie qu’il manquerait pour une scène de viol. Elle n’avait pas prononcé le mot viol. Seule sa mère en parlait.

Il reconnut encore qu’il avait perdu la tête. Il n’employait pas d’autres expressions. Perdre la tête la définissait et la flattait. D’habitude, les pères posent leur tête sur le ventre de leur femme.

— Je ne suis pas encore votre femme, dit-elle. Lui avez-vous demandé sa main, une seule fois ?

Elle était radieuse maintenant. Il se tut. Elle lui raconta comment la fleuriste l’avait regardée sans rien dire quand elle était entrée dans sa boutique. Son père voulait un bouquet de roses mais il en avait oublié le nombre. La fleuriste demanda des précisions. Sa voix ne tenait qu’à un fil. Le rompre était un jeu. Le langage des fleurs n’avait aucun secret pour elle mais elle se sentait menacée. Fleur compta elle-même les roses. La fleuriste en composa le bouquet nu.

— Père ne supporte pas les fioritures, avait précisé Fleur.

— Ne vous blessez pas, dit la fleuriste.

En sortant de la boutique, Fleur se retourna pour lui dire : vous ne me souhaitez rien ? La fleuriste lui souhaita en souriant tout le bonheur du monde. Fleur rougit. Elle n’attendait rien ni du bonheur ni du monde. Et son éducation ne lui enseignait pas ce qu’on souhaitait aux futures mères. La fleuriste n’avait pas songé à l’enfant. Tout le monde était au courant. N’était-elle pas elle-même un des principaux vecteurs de l’information ? Qu’avait donc à voir le bonheur avec ce qu’on désirait pour cette fille légère ? Qu’en dit le langage des fleurs ?

Fleur écouta la leçon. Son pied bloquait la porte de verre de la boutique. L’air sirupeux de l’été excitait les aromates. La fleuriste était prise de vertige. Fleur s’en alla sans écouter la fin. Elle savait tout maintenant. Chez elle, elle entra en catimini dans la chambre de son père et mit le bouquet de roses dans le vase qu’il avait préparé. Dans le couloir, sa mère lui demandait : qu’est-ce que tu fais ? Elle avait ouvert la fenêtre et regardait le nuage de poussière rouge au-dessus de la mine. Mais rien, dit-elle. Elle aurait voulu dire : ça ne te regarde pas. Ce même corps, pensa-t-elle, et les désirs de mon père. Elle sortit de la chambre.

Sa mère s’éloignait dans le couloir. Elle n’avait pas attendue d’autres réponses. Elle agissait toujours ainsi. Ce rien ne l’avait pas convaincue. Elle avait sans doute pensé à son indiscrétion puis : puisqu’il n’est pas dans sa chambre. Fleur la suivit dans l’escalier. Un petit cadeau, dit-elle, puis elle rectifia : une pensée. Oui, c’est ça, une pensée ! Sa mère souriait. Elle adorerait l’enfant. Je sais, dit-elle, pensant peut-être : pourquoi ai-je posé cette question une fois de plus ? Fleur sortit dans le jardin qui s’épanouissait à l’ombre de la maison. Elle avait coutume de s’asseoir dans une parcelle de soleil où elle resplendissait. Maintenant sa mère prétendait que c’était bon pour l’enfant. Elle regrettait que le jardin fût si triste, mais les fleurs poussaient assez bien dans cette ombre. Il n’y avait pas de rosier puisque les roses étaient réservées aux anniversaires de son mariage. C’était lui qui les achetait d’habitude, mais la mine s’était effondrée la veille et il n’avait pas consacré une seule minute à cette pensée.

— Ce sera première fois, avait-il dit, désolé.

Il se confiait à elle chaque fois qu’il se sentait perdu. Elle avait la mémoire encombrée de confessions souvent incohérentes parce que son cerveau d’enfant n’en avait pas trouvé le fil d’Ariane. Maintenant, elle savait tout de cette cohérence. Elle savait provoquer ce flux. Cela pouvait durer des heures. Elle traçait le chemin à suivre et il l’accompagnait dans ce voyage extravagant. Il connaissait bien l’ouvrier qui avait été enterré.

Fleur songea à cet écrasement, la pression tellurique, la réduction au fossile. Elle lui connaissait d’autres amantes. Mais trouverait-il la force d’abandonner celle-ci à son veuvage ? Il la déifiait déjà. Elle la vit pleurer derrière le portail de la maison. Un marmot s’accrochait à sa jupe. Il souriait aux passants. De ce côté du village, l’air était moins chargé de poussière, mais l’âcreté était la même. Fleur entra dans la foule qui attendait sur la place. Au passage, elle laissa errer sa main à la surface du bassin. Pierre avait fermé la porte de sa boutique. D’habitude, à cette époque de l’année, il la laissait entrouverte. Les forains s’étaient approchés. L’effondrement de la mine les avait réveillés dans la nuit. Depuis, ils priaient sans toutefois se mêler à la foule. Fleur cherchait un visage. Il m’a promis de revenir, pensait-elle et elle croyait que c’était un homme fidèle à ses promesses. Pierre l’observait à travers la vitrine. Que cherche-t-elle ? Il voyait bien qu’elle était à la recherche de quelqu’un. Il avait vu passer son père en tenue de travail, accompagné d’un groupe d’ouvriers qui semblaient le presser de questions auxquelles il ne répondait d’ailleurs pas. Poésie facile, se dit-il. Le jour était à peine levé. Il sortit pour se faire voir, mais le groupe passa et il n’osa pas en interrompre la trajectoire.

Il se souvenait de tout cela maintenant. C’était clair à défaut d’être complet. Il n’oubliait ni l’effondrement de la mine, ni la fête foraine, ni la cérémonie du mariage. Ensuite elle fuguait et il refusait de reconnaître sa défaite. C’était dimanche. Elle n’avait pas passé la nuit avec lui. Il se fichait qu’elle dormît avec un autre. Elle pouvait s’abandonner à qui elle voulait, pourvu que personne n’en sût rien. Personne n’en saurait jamais rien. Il frissonna dans l’air du matin. Il était dans la cour. Il se débarbouilla dans l’eau du lavoir. Il aimait cette fraîcheur. Il aimait revenir et jouir de cette minute de retrouvailles avec le décor de la vie. Puis il rentrait dans son angoisse, fidèle et soumis, un peu tremblant à la surface de son être qui pouvait être cette peau qu’on croyait tétanisée en pensant à ce qu’elle recouvrait. Il caressa la peau. Petite chaleur du matin. Il avait proposé de remettre la cérémonie à plus tard.

Ils entrèrent dans la mairie à dix heures et dans l’église à onze, exactement comme c’était prévu. Une heure et des poussières que l’ingénieur ne passa pas sur les lieux de la tragédie. Ses chevaux étaient poussiéreux mais le costume était impeccable. Il s’était même rasé et avait nettoyé ses ongles. Ils mangèrent silencieusement dans les jardins du château, à l’abri des tonnelles dont l’une donnait sur un ponton de bois gris où était amarrée une barque. Il ne l’avait pas enlevée par ce chemin. Ils avaient été jusqu’à l’écluse puis avaient remonté le chemin jusqu’à la maison. Entre-temps, ils avaient fait l’amour, doucement entraînés par le flux, et continuant de le faire dans l’air noir et sous les arbres. Ils avaient dansé sans musique, seulement bercés par le vent et le bruit des conversations. Ils n’avaient pas tournoyé comme elle aimait. Ils valsaient sans s’abandonner à l’ivresse qui l’aurait raisonnée. Les forains chômaient sur les pentes qui descendaient vers le village. Ils étaient assis et leurs femmes couraient après des gosses un peu grisés par l’herbe des prés. Le costume de son père était soigneusement plié sur le dossier d’une chaise. Les seuls musiciens présents n’étaient pas concernés par ce qui venait d’arriver à la mine. Ils se tenaient debout près de l’enceinte du château et des femmes leur apportaient de quoi manger et boire.

Pierre chercha les instruments. Pourquoi cette attente ? pensait-il, presque rageur. Pourquoi cet entêtement ? Pourquoi n’ai-je pas eu raison de leur ténacité ? Il regarda la barque dans l’ombre des saules. Des enfants y jouaient, malgré l’interdiction itérative qui les mettait en fuite. Le ponton résonnait de leurs courses.

— Vous ne vous amusez pas, dit Constance en passant.

Il ne répondit pas et la regarda descendre le chemin jusqu’au ponton où elle avait l’intention d’enguirlander les enfants. Rien ne s’était jamais passé autrement, les gosses, leurs envols, l’enlèvement au fil de l’eau, le plaisir à l’abri de la nuit, le réveil avec cette sensation de bonheur intense qui vaut la peine d’être vécu, il en était persuadé. Constance remonta.

— Ils ne se rendent pas compte, dit-elle.

Gardienne du silence dû aux morts tranquilles maintenant. On en avait remonté quelques-uns, paquets de sang et de terre, la terre était devenue leur seule chair. Elle composerait des couronnes mémorables. Il l’avait vue travailler dans cette arrière-boutique éclairée par une grande baie vitrée qui formait le mur donnant sur un jardin toujours lumineux. Le jardin le fascinait. Elle y cultivait des raretés. Au fond, la serre paraissait infinie.

— C’est une impression, dit-elle et elle en expliqua la raison.

Ils étaient entrés dans la serre et il avait tenté de l’embrasser. Pourquoi ne pas se l’avouer maintenant ? Elle s’était dérobée. Il avait admiré cette souplesse, cette facilité, le corps félin, accessible et serein. La honte l’obligea à bafouiller des excuses qu’elle fit mine de ne pas écouter. Elle était déjà de l’autre côté du jardin, contre le miroir de la baie vitrée, n’ayant pas ouvert la porte de verre sinon le reflet l’aurait aveuglé. Il avait tellement eu besoin de cet aveuglement. Elle l’attendait. Qu’avait-elle dit, si elle avait dit quelque chose ? Pas ici ? Plus tard ? Pas question ? Vous êtes fou ? Non, elle ne l’aurait pas traité de fou.

Enfants, ils se respectaient. Son intelligence le fascinait. Il ne pouvait pas la confondre avec cette pratique de la ruse que les autres filles exerçaient à son endroit, ne réussissant toutefois pas à le forcer dans le sens de leur égoïsme mâtiné d’hypocrisie et d’envie. Elle rayonnait parce que sa voix était juste. Il reconnaissait tout ce qu’elle soumettait à son esprit. Elle savait avant, tandis que les autres ne tendaient que les filets de leur attente. S’il l’avait sentie amoureuse, il se serait déclaré. Mais il était déjà porteur de cette violence contre laquelle il ne luttait pas aussi longtemps qu’elle l’aurait sans doute exigé.

— Ils ne respectent rien, dit-elle en parlant des gosses.

— Qu’avons-nous respecté nous-mêmes ?

Elle sourit. Elle s’assit près de lui. Elle pouvait se permettre cette robe blanche. Il n’en doutait pas.

— C’est terrible, dit-elle.

Elle lui montra la poussière rouge sur la pulpe du doigt qu’elle venait de passer à la surface d’une feuille.

— Oui, dit-il.

La barque était amarrée depuis deux jours. On ne l’avait pas chargée de fleurs comme c’était la coutume. L’enlèvement commençait par ces bouquets qu’on regardait descendre la rivière sous la lune, puis la barque passait, le visage lunaire de Pierre par exemple, la robe en fleur de Fleur, les rames qui coupent l’eau, le bruit de l’eau fendue, les rires sous cape et les questions des enfants qui nourrissent infatigablement leur mémoire. Le ponton aussi était fleuri. Les vierges y choisissaient leur bouquet sous le regard ému des prétendants qui avaient jeté leurs perruques dans le feu de joie avant de monter au château pour rendre hommage à la mariée. Il y avait toujours une mariée le jour de la Saint-Jean. Pourquoi Fleur cette année-là ? Pourquoi ce choix insensé ? Il se reprocha à voix haute de n’avoir pas trouvé la force de lutter. Constance lui prit la main. Elle communiait comme avant. Mais avant quoi ? Que s’est-il passé qui a tout changé ? Elle avait changé elle aussi. Fleur changeait le monde. Doigts de fée. Le cri des enfants signalait un danger. Ils virent l’enfant à la dérive. Il était tranquille à la surface de l’eau. Cela lui était arrivé dans son enfance. Il se souvenait du glissement.

Puis il est entré dans les algues qui peuplent l’entrée de l’écluse et il s’est mis à crier.

L’absurdité de son cri lui apparut au bout d’une minute. Il était seul. L’eau était tiède entre les algues. Il se sentit presque bien tout à coup. Une petite douleur voyageait dans sa poitrine. Elle voyage encore. Il dit que c’est l’avertissement. Elle ne doit pas voyager longtemps sinon il a besoin des autres. La science des autres. Ce qu’ils savent de moi en particulier et de nous en général. Ce côté par quoi nous nous ressemblons, forge du temps, et l’autre côté qui se refuse à l’amour. Constance était sur le pont. Elle le regardait. Il avait ôté ses vêtements qui séchaient sur les buissons. Elle se souvenait. Comme un désir de partager. Elle voulait dire de ressembler. Mais il la laissa parler. Pas facile de la surprendre en flagrant délit de bavardage.

L’enfance la harcelait. Elle croyait se souvenir de tout. Une force secrète la contraignait au classement. Il suffisait de demander et elle se souvenait. Il avoua sans pudeur que son esprit n’avait sans doute retenu que le fil d’Ariane. Elle se moqua de lui, lui pinça le dos de la main, une manie héritée de l’enfance, destinée à arracher le cri qui réveille. Elle avait mis fin à tous ses sommeils. Il comptait sur elle dans le cas où Fleur le soumettrait à d’autres réalités. Il aimait ce profil d’arcanes. Elle penche le visage sur ses jambes et chasse l’insecte. Ce que nous sommes, pensa-t-il, cette chair en vadrouille. Que savait-on de son intimité ? On en parlait au café, mais parallèlement à sa beauté et cela finissait par l’ennui. Il sortait, vaguement grisé par le vin et le cigare, claquant une langue qui venait de ralentir le débit de sa voix, le condamnant au silence parmi les autres qui consacrèrent une demi-minute à se moquer de son infortune.

Il passa devant la boutique de Constance.

Je l’aime parce que je sais qui elle est, pensa-t-il. Il jeta un œil morne à l’intérieur. La porte de l’arrière-boutique était entrouverte. Il prit le temps de mettre au point cette vision. Constance apparut peu à peu. Il avait pu s’écouler une éternité. Elle avait l’œil dans une loupe et manipulait un scalpel sous une lumière blanche qui formait un disque sur le plan de travail. Le secret de ses roses blanches couronnées de rouge. Il rentra chez lui.

L’enterrement n’avait été que le prétexte à de nouvelles transes. Quelqu’un avait bien amené un cercueil miniature qui avait trôné au milieu de la table pendant tout le repas. Au dessert, on lui demanda d’ouvrir le cercueil. Une plaquette y était roulée. C’était une saynète. On la joua. Il s’amusa jusqu’à la fin puis il fut pris de vertige. Tous les convives se mirent à compter en attendant le premier spasme. Mais il n’avait aucune envie de vomir. Il le leur dit. Il se retrouva aussitôt en marge d’un autre jeu. Ce fut à ce moment qu’il aperçut la lueur dans la vitrine de Constance.

— Je m’en vais, dit-il.

Ils l’avaient peut-être chahuté encore un peu. Il ne s’en souvenait pas. Ils avaient promis au maire de se tenir tranquilles. Ils s’étaient peut-être rassemblés sur le seuil, comme un seul être qui ne fût pas géant mais disons plutôt énorme. Il ne se retourna pas. La lueur l’attira comme un papillon.

— Vous êtes ce papillon ! dit-elle.

Et le papillon lui toucha le front. Il ferma les yeux.

— Ce n’est qu’un papillon, dit-elle.

Elle le voyait dans le ciel.

— Vous n’auriez pas dû fermer les yeux, dit-elle, maintenant votre rétine...

Sa voix dans le ciel blanc sans papillon. Puis son cri qui l’avertissait qu’il y avait un enfant à sauver des eaux. Il enjamba les enfants, parcourut la longueur du ponton juste le temps de penser : je veux le sauver. Mais l’enfant riait. Il rira moins au contact des algues, pensa-t-il. Il leva le bras hors de l’eau et forma avec les doigts le signe que tout allait bien.

— Vous êtes fou, lui dit Fleur, vous auriez pu vous noyer.

L’enfant chialait contre le tronc d’un arbre, les mains dans le dos.

— Que tient-il dans les mains ? demanda-t-il à Fleur.

— Tu es fou, dit-elle.

L’enfant est fou. La douleur ne l’a pas forcé à révéler le pourquoi de son acte insensé. Quelque chose dans la main. Les autres enfants savaient. Ou ceux qui ne savaient pas étaient maintenant bien renseignés. Le secret était bien gardé.

— Il chiale, dit Fleur.

Constance revenait avec la badine.

— Ce n’était pas le jour, dit-elle.

Un métayer lui servait à boire.

— Vas-tu te taire à la fin ! lança-t-elle par-dessus son épaule.

— Jeu d’enfant, dit-il pour l’excuser.

Elle rougit.

— Il me rendra folle. Lui, un autre, tous !

Elle ne voulait pas pleurer comme il le lui conseillait. Sa mère pleurait toujours dans ces cas. Il adorait sa mère. Et sa mère adorait les constances.

— Je sais, dit-elle.

Pierre observait la scène. Il était assis dans l’herbe sous un arbre. Fleur accroupie près de lui. Elle aimait le confort de cette position. Il renonça à lui dire qu’elle scandalisait inutilement. Il souriait un peu bêtement en attendant qu’on lui ramenât ses vêtements. L’arbre était un noyer.

— C’est malin, dit Fleur.

Il n’y avait pas pensé.

 

 

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