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 Article publié le 19 septembre 2021.

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Je me suis sali en rentrant.

La promenade avait été anormalement longue pour une journée d’hiver. A mon grand plaisir. Rien de prémédité. Une envie de prolonger la balade sans raison particulière autre que celle du plaisir que j’éprouvais à être sur les lieux que j’affectionne.

Il ventait. Une bise, comme on dit chez nous.

 

Tout se passait bien. Ni incident notable ni accident fâcheux. Pas de quoi en faire toute une histoire qui tienne la route.

J’aime poser mon regard sur les bords des chemins et des sentiers.

J’espère toujours y découvrir un secret.

Rien de caché à proprement parler ni une énigme à résoudre, une présence de tous les instants plutôt mais fuyante. Être là tout simplement en ne me souciant de rien d’autre.

Un équilibre fragile comme la marche entre l’être et le là.

Passer insensiblement du souci d’être à l’ouverture au là. Voilà qui demande sécurité et liberté de mouvement dans un pays pacifié.

Devant cette fuite de tous les instants qui m’incombe, je sens que je suis bien plus présent à moi-même que lorsque je bouquine, par exemple. Je ne suis pas tendu vers moi-même pour autant. Au contraire, je m’oublie. Je deviens le paysage qui s’offre à moi. Et moi, je lui offre mes jambes, ma mobilité oublieuse, mon humeur guillerette.

Je ne m’y engouffre pas, mais j’aimerais tant. Ça viendra, patience.

N’être ni ce gros moi poussif qui se traîne ni embrasser-englober tout ce qui entoure ce gros moi poisseux. 

Une sorte de dépouillement que seule la marche peut te donner.

Sartre écrivait : J’ai changé à l’intérieur d’une permanence. Je pourrais prendre la phrase à mon compte.

Mais quels changements, dans quelle permanence ?

Les pas qui avancent n’effacent pas les traces de leur passage, mais le marcheur n’en a cure ; il n’accumule jamais ses pas, tout au plus peut-il les compter grâce à une application sur son smartphone. A nous la marche sportive, si ça nous chante !

Marcher pour marcher, cela ne se peut ; il n’y a pas d’enjeu pour autant, ni pertes subies ni gains recherchés. Nous restent seulement en mémoire les directions prises au fil du temps au gré de décisions dictées par notre seule humeur du moment, des impasses et de brusques changements de direction aussi imposés par des obstacles imprévus.

Une chance se joue là.

A cette chance, l’on peut prêter mille et un noms de fleurs ou d’arbres, mille et un toponymes aussi, et quelques prénoms chantants.

Inge, Hildegunn, Freya, tant d’autres encore…

 

Je vais remettre le nez dehors. J’en ai besoin.

La bise s’est un peu calmée, sans avoir pour autant disparu. J’entends l’appel du chemin qui maugrée sous le vent.

Le froid mordant n’y est pas rien ni pour rien ; il est et restera le bienvenu, en ce qui me concerne, pour autant qu’il me concerne, devrais-je dire ?

 

Jean-Michel Guyot

5 septembre 2021

 

 

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