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2008
Journées Poésie de Rodez
© Article publié le 14 mai 2008.
À Rodez, l’ombre d’Antonin Artaud ne rôde pas comme les fantômes du passé. L’hôpital psychiatrique a disparu, une placette porte le nom de l’écrivain, une association peut-être — et c’est tant mieux. Cet écrivain qui se disait poète entendant des voix étrangères au « monde des idées » n’a guère vécu que trois ans ici. Et encore, ce ne furent pas les plus mauvaises années de sa vie. Quelques douzaines d’électrochocs furent censés redresser sa barre depuis longtemps soumise à des raisons inexplicables autrement que par le dérèglement de sa machine psychologique. C’est du moins ce qu’on en pense généralement. Il semble en effet que cette machine fut toujours anéantie par l’analyse, mais pendant longtemps il navigua sans trop altérer son image de semblable et de frère. C’est, après le coup de dès de Tric Trac du ciel, en forme de pied de nez, l’époque de L’ombilic des limbes, du Pèse-nerfs, de L’art et la mort et du livre qui fit de lui un auteur universel, Le théâtre et son double — je passe sur les constructions éditoriales, pas même littéraires, de Rivière. Enfin, la machine fut enfermée à double tour, — le tour d’écrou appliqué à l’insensé, et le tour de clé à la chair tétanisée, nouée plutôt. C’est le réveil de Rodez, ses glossolalies, sa langue reconstruite avec des pets et des mots ; c’est l’époque bénie d’un véritable fou qui refait surface sans sa machine. C’est du moins ce que je pense. Les œuvres complètes d’Artaud relèvent du bric-à-brac biographique, de la coulée explicative et d’un sens du miracle qui ne laisse pas d’en borner les extases. Depuis les mélancolies de l’enfance jusqu’à la justification de l’enfermement, la trace de l’homme s’applique précisément aux causes et aux effets d’un comportement pour le moins effarant. D’un côté, on diagnostique l’incurabilité du phénomène et on installe les dispositifs de la mise à l’écart sans traitement, de l’autre on s’active pour commencer à créer l’astérisme que la littérature proposera finalement de contempler en dépit de la cochonnerie mise en évidence par des actes parfaitement antilittéraires. Ainsi, l’électrochoc est désormais considéré comme une offrande au génie de l’écrivain et des pluies d’imitateurs plus ou moins concernés par la maladie cérébrale s’efforcent de rendre compte de leur propre aventure mentale. Un cancer du rectum a mis fin à la résurgence de ce qu’on connaissait déjà comme un des plus importants destins « littéraires ». Les copistes en profitent pour devenir parfaitement illisibles et prétendre que cela a un sens. « Ha Ha ». Ce qui revient à commettre une pitrerie et à en poser la devinette improbable. Les paraphraseurs, plus sournois que les plagiaires qui ont eux leur mot à dire malgré la Loi, sont des emmerdeurs de tourner en rond et des solliciteurs de gendarmes dès que leur soi-disant révolte est prise en flagrant délit de salade. Ce qui les rapproche des poètes de laboratoire avec lesquels on les confond quelquefois. On est loin, bien loin de la leçon audacieuse, eh oui, d’Antonin Artaud. J’ai lu Artaud deux fois. Je relis régulièrement L’ombilic des limbes, Le pèse-nerfs, L’art et la mort surtout et Le théâtre et son double. Tout le reste, à quelques détails près, ne m’intéresse plus ou ne m’a jamais intéressé. Je pense qu’en devenant fou, Artaud a perdu son pouvoir sur la littérature. Je veux dire que la littérature n’aurait pas pu l’enfermer à son tour si la folie l’avait définitivement détruit. Artaud est un paradoxe sitôt qu’on l’envisage d’un point de vue littéraire. Le phénomène complet est en contradiction avec les promesses du double. Du coup, c’est la cohérence psychiatrique qui s’installe et ce sont les petits cinglés qui proposent leurs documents vésaniques faussement code-switchés — des éditeurs s’y trompent quelquefois. « Ha Ha ». D’ailleurs, comment imaginer que le psychiatrisé n’adhère pas totalement aux dogmes et aux pratiques de la psychiatrie ? Comme il adhère aux pires institutions de l’écrit. Or, Artaud ne s’y est jamais complu, même fou, même électriquement sorti du pétrin thérapeutique, jamais il ne s’est pris pour un homme de Lettres ! Et c’est ce qui le sauve du paradoxe d’une existence pliée à l’endroit de la fin et du commencement et non pas rectiligne comme le chemin de la cause à l’effet — par exemple de la vanité au dédit. Je dis cela parce qu’il arrive quelquefois que Bosse-de-Page, qu’on a d’abord pris pour un véritable écrivain, souhaite, grâce à la publication qu’on fait de son livre, « être au moins lu par quelques grands écrivains, savoir ce qu’ils auraient pensé de ce texte, etc. ». Le « etc. » dénote la transparence d’une révolte qui laisse voir les péripéties toutes bourgeoises d’une existence mystificatrice.— Mais ce n’est pas la vocation d’un éditeur de diffuser un ouvrage auprès des grands écrivains ! Et quant aux graaaaands écrivains dont je suis l’ami en effet, je leur épargne généralement les imprimés qui ne méritent pas leur attention. C’est après tout la vocation d’un éditeur que de s’en remettre aux « promesses », quitte à vérifier ensuite que Bosse-de-Page n’est pas capable de construire une œuvre. C’est aussi un spectacle affligeant de voir ledit écrivant se gonfler soudain d’une vanité « littéraire » à l’endroit même où il fut catégorique quant à la valeur des « Lettres ». Se dédire sans honte, puis médire sous la houlette d’une souffrance ordinaire, sinistrose tout au plus, voilà tout ce que peut produire aujourd’hui ce mathurin simiesque, inévitablement poussé dans l’ombre qu’on souhaite désormais à ses simagrées ténébreuses et anecdotiques et à ses dithyrambes commis en lieu et place de la critique dans l’espoir qu’on ne le critique pas et qu’on le complimente religieusement sous la menace d’un Droit qui lui sert à la fois de prétexte et de texte ! Hélas, l’aventure éditoriale, quand elle prétend rendre compte de l’écrit et non pas des keepsakes proposés par les dépressifs et les croyants, se laisse prendre plus facilement aux faux-semblants qu’aux divertissements somme toute légitimes des marchands de sommeil. Voilà où en est le panier de crabes. Nous y mettons quelquefois les doigts par inadvertance. Heureusement, Le chasseur abstrait a finalement construit son écurie : Robert Vitton, Pascal Leray, Serge Meitinger, Marie Sagaie-Douve, Valérie Constantin, Marta Cywinska, et moi-même. Nacer Khelouz, Georges Ayvayan, Jack Yantchenkoff et Jean-Claude Cintas se préparent à entrer dans cette scuadra forte. Enfin, François Richard, Christophe Laurentin, Abdelmajid Benjelloun et Rodica Draghincescu, qui publient aussi ailleurs avec succès, nous ont fait le plaisir de nous confier une de leurs œuvres. Patrick CINTAS.
Journées Poésie de Rodez Riches journées dont je ne rendrai pas compte à peine rentré chez soi. Les implications de chaque intervention et de chaque présence sont décidément trop exigentes en profondeur. Nous reprendrons le fil de ces poètes et de ces éditeurs dans nos prochains numéros, pas à pas et pied à pied, comme nous en avons pris la tenace habitude. Rappelons les coordonnées des Journées Poésie de Rodez : http://journees-poesie-rodez.net/ La revue Arachnée : http://journees-poesie-rodez.net/spip.php?rubrique9
PRIX ANTONIN ARTAUD 2008
Le Prix Antonin Artaud 2008 est allé à "Les animaux industrieux" d’Auxeméry publié chez Flammarion. Né en 1947, Auxeméry a quitté la France au début des années 70. Il a vécu 10 ans en Afrique. Depuis son retour en Europe, il vit au bord de l´Atlantique. Il a traduit de très nombreux poètes américains, W.C. Williams, Charles Reznikoff, H.D., Ezra Pound, Nathaniel Tarn et surtout Charles Olson, auquel il a dédié une partie de sa vie. Son œuvre personnelle témoigne de ses périples à travers le monde et dans les lointains méandres de sa bibliothèque. L´essentiel en a été regroupé dans Parafe, 1994 et Codex, 2001, chez Flammarion. ------qui ne voit -----------------------qui ne voit que la couleur des choses -----------------------ni ne saurait prétendre tous les joyaux de sont pas des pierres colorées, mais la pierre -------------------qui dort & vit & te rêve en ton cœur, -----------------------------------------------------elle seule, si légère, C’est donc le très poundien Auxeméry qui l’emporte. Avec lui, l’exigence d’une poésie qui n’est pas lamentation ni décoration. Une prosodie qui travaille le texte de l’intérieur, et non pas du dehors ou de ce dedans prosaïque qu’on appelle moi. L’outil poétique forme le texte, et non pas l’inverse. La prosodie visite le monde, ce n’est pas le monde qui impose ses vers. Il est encore temps de se poser les bonnes questions : la poésie ne s’oppose pas à la prose ni à la langue, ce qui en dit long.
oOo
LE MARCHÉ DE LA POÉSIE
Installé dans l’auditorium de musique de Rodez, le marché de la poésie a réuni quelques éditeurs phares de la poésie française contemporaine ainsi qu’une poignée de poètes importants pour cette poésie qui, si elle ne se porte pas mal, n’en demeure pas moins le parent pauvre de l’édition et sans doute aussi, c’est plus grave, de la pensée. J’ai particulièrement apprécié le déchirement spectaculaire de Mathieu Bénézet toujours à l’étroit dans les costumes qu’on lui taille. Excellent Bénézet. Patrick Watteau installe la poésie ailleurs que dans la poésie, ce qui ne manque pas de la mettre en pièces et non pas en poèmes, ce qui lui valut peut-être le prix Artaud 2007. Claude Mouchard remet la poésie sur les rails du témoignage, quitte à refaire la poésie avec la condamnation au silence des exclus. Le texte s’en trouve harcelé jusqu’à la poésie. C’est nouveau. Hélène Sanguinetti répand la poésie bien au-delà d’elle même, porteuse de germes prolifiques. Jean-Baptiste Para, directeur de la revue Europe, apporte son grain de sel au frisson de la poésie, beaux textes faits pour la voix et l’attente. Enfin, Françoise Hàn, douée à la fois pour l’invisible et l’évidence, touche sagement à la philosophie qu’elle communique d’ailleurs avec la parcimonie d’une langue choisie. Jong N. Woo, Joël Bastard, Alain Lambert, Michael Glück, Robert Vitton, Pascal Leray, Jean-Claude Cintas, Valérie Constantin... Avec Fata Morgana et Brémond, l’intensité des noms majeurs : Blanchot, Michaux, Butor, Pey, etc.
LES AUTEURS
L’« écurie » du Chasseur abstrait
Ceux qui préparent leur entrée dans l’écurie
Les amis du Chasseur abstrait
Loire sur Tours
LE CHANTIER
Les ateliers du Chasseur abstrait
DIRE LE TEXTE C’est l’atelier de lecture du Chasseur abstrait. Le Cahier N º 7 de la RAL,M, accompagné d’un CD (8 heures de musique et de récitation), lui est entièrement consacré. avec Pascal LERAY, Jack YANTCHENKOFF, Valérie CONSTANTIN, Jean-Claude CINTAS, Marta CYWINSKA, ROBERT VITTON, Marie SAGAIE-DOUVE & Patrick CINTAS. Voir le n º 35 de la RAL,M
CORTO
Les Cahiers de la RAL,M
Les installations du Chasseur abstrait
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2004/2013 Revue
d'art et de
littérature,
musique
publiée par Le chasseur abstrait éditeur - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France sarl unipersonnelle au capital de 2000 euros - 494926371 RCS FOIX Direction: Patrick CINTAS Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS. - Textes, images, musiques: © Les auteurs ou © Le chasseur abstrait (eurl). - Logiciel: © SPIP.
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