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L’inconnu sans ami de Jean-Michel Guyot
Valraven
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 Article publié le 3 avril 2022.

oOo

Oui, c’est vrai : je fus aimé, comme par un chien son os rongé. Tu t’es fait les dents sur moi, et lorsque tu en a eu fini avec la moelle de mes os, tu as jeté ma carcasse aux porcs.

Heureusement, le corps amoureux, chair vive, repousse vite, mais le cœur, lui, n’est plus qu’une pompe. Le sang circule, bat à mes tempes encore et encore mais je ne ressens plus aucun élan vers les autres depuis des lunes.

Mort à l’amour ? Voilà qui n’a rien d’extraordinaire. Nous sommes nombreux, je crois, à nous traîner dans l’existence sans cette sublime béquille. Les yeux décillés, le ventre plein, j’avance dans les neiges comme au bon vieux temps, c’est tout ce qui compte désormais.

J’étais monté très haut sur l’échelle de ton cœur battant. Tu m’as d’abord tressé des couronnes de louanges, tu as fait mine de m’accompagner dans un deuil cruel, puis tu es allée jusqu’à dresser un piédestal pour m’y hisser afin de m’y précipiter dans le vide que tu avais créé autour de moi. Es-tu parvenue à tes fins ? Avais-tu un plan ? Je ne crois pas.

La vie fut si dure envers toi. Je crois bien n’avoir été qu’une opportunité, une chance à saisir comme on cueille une fleur qui a bien vite fané entre tes doigts flétris. Tu fus le remède et le poison, la potion magique qui me souleva de terre quelques mois, puis bien vite le philtre malsain distillé par tes mots tantôt mielleux, tantôt fielleux.

Comment t’en vouloir ? Il n’y a rien à pardonner car il n’y eut pas d’offense. J’ai poursuivi ma route sans l’ombre d’un doute, me passant allégrement de tes bénédictions et de tes conseils, évitant par là même tes aigres reproches et le récit de tes malheurs, contrecarrant ton désir de puissance.

Ton talent s’est affirmé au fil du temps. Tu as pris confiance en toi. Tu voles désormais de tes propres ailes. C’est bien ainsi, loin, très loin de moi, pour notre sauvegarde à tous deux.

Pendant des années, mon cœur fut une tombe à ciel ouvert qui n’attendait plus que ton cadavre, et je planais au-dessus inlassablement, attendant mon heure, Valraven devenu. Puis vinrent les neiges abondantes, et le chant du coq déchira l’aube. Plus au Nord encore, je pris l’envol, là où le froid se fait si intense que mers gèlent l’automne venu. 

Depuis lors, pris dans les glaces, j’attends la débâcle.

 

Jean-Michel Guyot

2 avril 2022

 

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