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Point barre nº 4
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 Article publié le 12 juin 2008.

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Point barre
Nº 4 - revue des antipoètes
La revue semestrielle de poésie mauricienne Point Barre vient de publier ce 16 avril 2008 au Centre Charles Baudelaire à Maurice son quatrième numéro, thématisé « Anti-poèmes ».

Sous ce titre provocateur et intriguant, souligne Catherine Servan-Schreiber, de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, le quatrième numéro de la revue interpelle : «  Impertinence ? Insolence ? Dandysme ? Un rythme de comptines, la sagesse des proverbes, le goût des formules anciennes, quelque chose de Prévert, de Boris Vian, de Francis Ponge, et en même temps, à l’autre bout de chacun, cette force rebelle, déjà à la source du tout premier numéro  », nous dit-elle dans sa préface.

Point Barre est née de la volonté d’un petit groupe de poètes mauriciens d’offrir une plateforme d’expression aux poètes de Maurice, de l’océan Indien et d’ailleurs. La revue, éditée par Cygnature Publications et gérée par les poètes Yusuf Kadel, Gillian Geneviève et Alex Ng (Île Maurice) et Catherine Boudet (La Réunion) ne publie que des textes de création (pas d’articles critiques ni d’analyses).

La revue se distingue par son projet collectif d’écriture, par la façon dont elle découpe son espace dans la poésie contemporaine (Week-End du 20 avril 2008). Dans ses colonnes, les célébrités (Ananda Devi, Abdellatif Laâbi, Tahar Bekri, Daniel Maximin, Richard Rognet, Edouard Maunick…) côtoient les talents à découvrir.

Parmi les « anti-poètes » de ce numéro 4, nous retrouvons les contributeurs mauriciens réguliers dont la réputation n’est plus à faire : Anil Gopal, Michel Ducasse, Jean-Claud Andou, Umar Timol, Gillian Geneviève, Alex Ng, Yusuf Kadel, ainsi qu’Ananda Devi. Nous faisont également connaissance avec les textes de poètes de dix pays différents, parmi lesquels la France, la Belgique, le Québec, Haïti, La Réunion, Madagascar ou encore le Liban.

Une caractéristique de ce numéro 4 de Point Barre semble être « ce souci de désublimer l’écriture poétique, qui y vise le réel, quelque soit le nom qu’on lui attribue : le sexe, la mort, la merde, la poubelle… On peut donc bien concevoir dans ce quatrième numéro que la poésie ne soit pas ce à quoi on est habitué. L’invention, les mots inattendus, sont les ressources d’une démarche littéraire qui n’est peut-être qu’un fard et qui grince, provoque, amuse ou s’abandonne à son étrangeté comme prise à son propre piège » (Week-End du 20 avril 2008).

« Ouvre la porte de la poubelle et vois défiler la vie de l’homme  », invite le poète mauricien Jean-Claud Andou, auquel répond, comme en écho, le Qbecquois Jean-Marc Lafrénière « il y a du noir entre les jours, trop de murs entre les hommes (…), il faut refaire le jardin dans les ruines du soleil ».

« Oui aux mots rugueux, sans prix, sans commerce » de la poétesse française Ile Eniger, car « j’attends d’un poème qu’il me mette K.O.  » (Francis Ricard), surtout parce que le poème, ou plus exactement l’anti-poème, « c’est une putain de hache à découper les lignes sanglantes que tu traces entre moi et ton monde » (Alex Ng).

Du poème-paille-en-queue du poète mauricien Anil Gopal à la déclinaison-sida en A du Belge Arnaud Delcorte, du poème en onze dimensions du Bulgare V.K. Valev au haïkon (anti-haïku) de la Réunionnaise Catherine Boudet, c’est toute une anti-grammaire du monde qui se dessine, dite par « d’autres lèvres encore pour mieux avaler la salive du silence » (Ananda Devi) et par laquelle « s’écoulent les montres molles à contre-temps forcément » (Yusuf Kadel).

Et lorsqu’un anti-poète s’avise de nous donner la recette de l’anti-poème, en nous recommandant de « laisser la pâte des vers boursouflés respirer l’absurde et le non-sens » (Gillian Geneviève), il prend soin de nous avertir qu’il « faut désormais chercher la belle ailleurs, elle est en marge du poème » (James Noël), car comme le précise Joumana Haddad la libanaise, « mon poème est un chemin. Et il marche, marche en moi »…

Les amateurs de nouveautés littéraires seront curieux de lire Point Barre 4 « Anti-Poèmes » en appréciant les illustrations originales du peintre mauricien David Constantin.

 

 

EXTRAITS

 

 

 

Jean-Marc la Frenière (Québec)

Du sel sur la peau (extrait)

 

Il y a du noir entre les mots,

trop de sang sur la page.

Il faut refaire le feu

dans les clartés éteintes.

 

Il y a trop de sel sur la peau,

trop d’huile sur la plage,

trop de plomb dans les ailes.

 

On cherche trop de poux

dans la tête d’un caillou,

trop d’argent dans les arbres.

 

Il y a trop de genoux

sur les tapis de prières,

trop de cendres à porter.

Il y a trop de dollars,

pas assez de pain frais […]

 

 

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Yusuf KADEL

ENTRE AUTRES (extrait)

 

Trois livres de farine

d’Australie

un paquet de beurre

au sel de Guérande

quatre litres de beaujolais

s’il est arrivé ! plus

un sachet de sucre

de canne sans

oublier quelque

toile de mon Dali et des

chutes de marlin

en

barquette

 

s’écoulent

les montres molles

 

à contre-temps for

cément […]


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Alex NG (Mauritius)

LE PROJET TERREUR

(Extrait)

 

 

Je suis un recalé d’un système qui tue.

---- Un système qui tue les enfants, un système qui m’a assassiné depuis le berceau.

---- C’était un foutu génocide.

---- Tout ce qui me reste c’est une putain de hache à découper les lignes sanglantes que tu traces entre moi et ton monde. Un énorme hachoir à viande.

 

Putain. Fils de pute. Enfoiré. Connard. Écrivaillon de mes deux. Poète de mes fesses.

T’en veux encore ?

 

Je suis la rage de Jean-Pierre quand il voit un petit merdeux de ta race lui dire de lire la pancarte. Il ne sait pas lire ducon.

 

Je suis la colère de Sylvaine quand elle regarde ton fils réussir sa vie. Son fils n’a pas dépassé le bac parce qu’elle était femme de ménage.

 

Enfant je regardais les TOI passer en bagnole la joie au cul, le sourire tout plein la gueule et le bonheur au bout de la queue.

 

Enfant j’essuyais les larmes de ma mère parce qu’elle devait m’habiller des vêtements d’un autre.

 

Enfant ma haine me brûlait les yeux parce que je n’avais qu’un bout de bois et un élastique pour jouet.

 

Ce n’est peut-être pas ta faute, c’est peut-être ma faute mais moi je n’ai rien à perdre. Je n’ai eu que trois choix dans la vie ; violer ta femme, étriper ton fils et vendre ta fille.

 

Ce n’est peut-être pas ta faute, c’est peut-être la mienne. Je n’ai eu que trois choix dans la vie ; prendre un balai et ramasser ta merde, prendre un balai et ramasser ta merde et prendre un balai, me le foutre dans le cul pour faire le pingouin chez toi.

 

C’est peut-être la faute à personne ? Ou peut-être bien celle de ma mère ?

 

Je n’ai eu qu’un seul choix dans la vie celui des mots.

Celui de dire MERDE. […]

 

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Catherine BOUDET (La Réunion)

quelques HAÏKONS (ANTI-HAÏKUS)

 

Dans la cuisine

Le robinet goutte

Insomnie.

 

***

 

Tirer

Ou ne pas tirer

La chasse

Dilemme nocturne.

 

***

 

Sable et cigarettes

Papiers gras et coraux morts

C’est lendemain de fête

Dans le lagon

 

***

 

Heureux

L’homme qui

En rentrant au foyer le soir

Trouve son repas déjà cuit.

 

***

 

Fascinante méduse

Le sachet poubelle

Flottait entre deux eaux.

 

 

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Gillian GENEVIÈVE (île Maurice)

Recette de l’anti-poème (extrait)

 

 

« Prenez une pensée rustre

Quelques mots syncopés

Laissez mijoter le cliché

Dans l’incohérence du rythme

 

Macérez dans la bouillie des idées

Les virgules épicées

La ponctuation galvaudée

Et le blanc du silence

 

Laissez la pâte des vers boursouflés

Respirer l’absurde et le non-sens

Saupoudrez d’un zeste de rimes pauvres

L’absence de la Métaphore […]

 

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Joumana Haddad (Liban)

Mon poème

 

Mon poème n’est pas long, ni cérébral, ni surtout romantique. Il n’est pas accablé de sentiments, ni de vertus, ni même de pensées confuses. On n’y parle pas, on n’y commence rien, on n’y embrasse jamais sur la bouche. Il n‎‎’y a pas de métaphores, ni d’oiseaux perdus, ni de vieux rêves qui s’assoient à l’ombre. Mon poème n’est pas un poème. […]

 

Je cherche mon poème et mon poème me cherche. Sept pages nous séparent, sept puits. Le même feu nous voit, le même métal nous commence. Tyran, ni patrie ni exil, il est dans chaque vice, dans chaque frisson. Nous sommes tous les deux surpeuplés d’absences et de passants. « Voici ton aventure », me dit-il chaque soir. Et je voyage… […]

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