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BRENNE : IL EST UNE CONTRÉE...
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 Article publié le 11 septembre 2008.

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Il est une contrée où vivent les oiseaux...

Ce matin, la brume s’étire encore, le soleil tarde à se lever. Au cœur de la roselière, le butor étoilé s’est pris à chanter : un son étrange, grave, presque triste... Mais ô combien privilégiés sont les rares promeneurs matinaux à l’avoir entendu...

En cette terre de légendes, d’ajoncs et de genêts en fleurs, les fées se sont éclipsées dès potron-minet, et le monde des hommes côtoie désormais au grand jour le monde des oiseaux. Également celui de mille insectes, batraciens, qui vivent entre terre et ciel, près de l’étang.

Immobile, une rainette guette l’insecte imprudent qui s’approchera d’un peu trop près, c’est son petit déjeuner qui est en vue ! Et la libellule bleue - la Demoiselle, comme on l’appelle parfois - s’accouple en dessinant un cœur avec son partenaire, dans l’azur du matin…

Pourtant, l’étang somnole encore, et se voudrait serein… Mais une mouette l’oblige à s’éveiller, et l’encanaille de ses cris stridents. Le grèbe à cou noir, indifférent devant tant de tapage, se coule doucement dans le sillage d’une poule d’eau. En quête de subsistance, lui aussi plongera bientôt pour rapporter à la surface, le poisson imprudent dont il fera son repas.

Petit à petit, la brume s’effiloche - comme à regret, semble t-il - et la vie s’anime : la cistude s’en va prendre un bain et des oiseaux, de plus en plus bruyants, se chamaillent pour un ver de vase égaré, avant de s’en aller chercher fortune à quelques pattes plus loin. D’autres lissent leurs plumes, attentifs à leur seule toilette, malgré le vacarme environnant... Finalement, tout s’anime, se meut, et vit.

Au milieu des nénuphars, la guifette moustac couve ses œufs, tout en surveillant le ciel ; un troupeau des environs, fort d’une trentaine de bêtes, fraternise avec des chevaux aux longues crinières pâles, menant petit trot ; l’abeille quant à elle, tout à sa besogne, visite tour à tour fleur ou ciel… Trois ânes Grand-Noirs du Berry observent placidement quelques randonneurs, qui marchent en silence sur unchemin longeant leur pré... Le soleil pose un à un, délicatement, ses rais sur les massifs de bruyères, et réchauffe peu à peu l’atmosphère. Le printemps est là, dans toute sa splendeur de Mai.

* * *

Midi. Les aubépines fleurent bon, et les insectes s’affairent. La Brenne a maintenant relégué ses mystères au fond de sa mémoire, pour laisser place à un chaud soleil. Elle ne renouera avec ses légendes qu’au crépuscule, lorsque l’étang - de nouveau - s’endormira. Alors, réapparaîtront les lutins, les elfes et les fées, peut être même la Vouivre et son Serpent, gardien du joyau qu’elle porte à son cou. La lande retrouvera alors ces êtres fabuleux qui n’ont jamais vraiment déserté cette contrée si particulière…

Ainsi en est il au pays brennou, et les Fades y sont encore bien présentes, dansant les nuits de pleine lune. Les Anciens du pays mentionnent encore parfois, devant un verre de rosé, l’histoire d’un meneux de loups que l’on apercevait, il y a bien longtemps, et dont il convenait - pour sa propre sécurité - de se défier, et de se cacher à tout prix... Ou du diable empêchant les fées de terminer le château du Bouchet, auquel il manquera dès lors sa dernière pierre... Mais chut ! De tout cela, il convient de ne point trop parler, sinon, l’on ferait fuir à tout jamais le Petit Peuple, et la Brenne tout entière s’en trouverait orpheline. Nul ici ne souhaite cela.

* * *

Mais qui suis-je pour vous parler ainsi ?

Une fée moi-même ? Nenni. Je n’ai pas ce titre, et le regrette d’ailleurs, de temps en temps... Je ne suis qu’une simple habitante des lieux : je vis sur cette terre, et m’y sens bien, fière de m’y être établie avec mes sœurs, et surtout, bien acclimatée. L’on y prend soin de nous, veillant à ce que notre milieu naturel - une vaste pelouse herbeuse - soit respecté, restauré au besoin, et je crois ma foi que nous avons l’espace idéal pour nous épanouir.

Depuis que nous avons fait le choix de vivre ici, nous avons écouté les Anciens et appris d’eux ces récits du meneux de loups, du passage de Gargantua - voisin rabelaisien - du joyau de la Vouivre, de la Fée Mélusine, et bien d’autres encore... En ce qui me concerne, je me prends parfois à songer que le meneux de loups reviendra peut être un jour... Qui sait ? Mais je crois qu’il ne nous fera aucun mal, car nous faisons désormais - mes compagnes et moi - partie du paysage...

Lorsqu’à la brune, au détour d’un bouquet d’ajoncs, je rencontre quelques lutins, il me prend aussi des envies d’entrer dans leur danse... Cependant, je n’ai pas encore osé sauter le pas, et me suis contentée jusqu’à présent de rêver d’une invitation à les rejoindre.

Voyez-vous, il est permis de rêver... Surtout en Pays de Brenne, sur cette terre de légendes, là où la brande épouse la rosée, où l’eau se laisse apprivoiser par le vent ; là où les roseaux parlent au ciel, et l’ombre à la lumière...

Il est vital de rêver, qui que nous soyons : minéraux, végétaux, animaux, fées ou humains... On meurt si l’on ne rêve plus. Car le rêve est un univers à lui seul, mais il est surtout, et avant tout, notre liberté intérieure. Osez rêver : ce sont vos rêves qui enrichiront le monde !

Parole d’orchidée sauvage !

Orchis de Brenne


Voir également "BRENNE, ENTRE CIEL & EAU".
Rubrique ARTS PLASTIQUES - GALERIES.
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