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 Article publié le 14 septembre 2008.

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Photolivre
Jean-Marc GODÈS
Entretien paru chez actualitté.com

ActuaLitté.com : Quel est votre parcours ? Plus précisément qu’est-ce qui vous a amené à ce projet « Photolivre » ?

Jean-Marc Godès : Le lien entre mon parcours et mon langage artistique actuel, je le cherche encore. Je suis né en 1958 en Guadeloupe, où j’ai vécu ma petite enfance, d’un père d’origine russe et d’une mère pied-noir. D’emblée moi et les miens étions « des étrangers ».

De l’âge de 16 ans à ces dernières années, ma vie professionnelle a été entièrement tournée vers les dispositifs d’éveil et de construction des personnes ; animateur de centres de loisirs et de classes d’environnement, formateur, conseiller en insertion. En gros, j’ai essayé de savoir comment fonctionnent les autres et les groupes humains organisés. Apprivoiser et être apprivoisé.

« Les livres se sont substitués à la guidance que je n’ai jamais eue.
Ils m’ont montré des chemins
 »


Le livre et la lecture ont marqué ma vie. Littérature, histoire, poésie… J’étais l’étranger partout où je suis passé. Sans racines liées à un territoire particulier, ma vie prenait un tour universel. Ce lien, cette recherche de raison d’être et d’équilibre, je l’ai trouvé en partie grâce aux livres de nombreux auteurs de différentes nationalités que j’ai dévorés. Ils m’ont permis de passer du singulier au pluriel en découvrant, au travers des fenêtres que leurs livres m’ont ouvert, la condition humaine dans sa diversité, la révolte, l’espoir, la mort, l’amour. Les livres se sont substitués à la guidance que je n’ai jamais eue. Ils m’ont montré des chemins.


C’est cela que j’essaie, à mon humble niveau, avec des moyens dérisoires, de restituer. Avant la réalisation des photolivres, je n’ai presque pas photographié. La photo m’ennuyant un peu. Je n’y trouvais pas là un plaisir essentiel. Photos de famille, d’animaux, de paysages, ce n’était pas pour moi.

L’an dernier, après y avoir beaucoup réfléchi, je me suis fixé le défi de créer mon propre langage en partant de mon amour pour les livres et de mon admiration pour les écrivains, pour les poètes et les musiciens.


« Ma démarche est déterminée par le ressenti d’images qui me viennent chargée d’émotions »

ActuaLitté.com : Dans votre Blog, on peut lire que vous êtes un artiste intuitif. Pouvez-vous nous dire comment se définit un artiste intuitif selon vous ?

Jean-Marc Godès : Artiste car j’essaie de déclencher chez l’autre ainsi que chez moi une réaction émotionnelle en composant des scènes, des tableaux numériques, mêlant réalité et irréalité, en pénétrant dans le champ symbolique, en puisant dans l’onirisme et l’imaginaire. Parce que je construis photo après photo les contours mouvants d’une vision d’un monde dominé par la poésie à l’intérieur duquel « l’homme, la vie et le réel » ont une place centrale.

Intuitif pour dire que ma démarche est déterminée par le ressenti d’images qui me viennent chargée d’émotions que j’essaie de restituer par la photographie. L’intuition chez moi l’emporte sur la raison. Ce qui est beau, émouvant, vient forcément du plus profond. La technique photographique, le calcul, la raison, ne sont que des moyens contribuant à la restitution de cette image mentale. L’intuition autorise l’expression d’une dimension créatrice pleine et entière. Elle est une vision chargée d’émotion qui nous situe en dehors d’une totale maîtrise, d’une totale compréhension de nous même en prenant, sans en connaître la portée ni les conséquences, le risque d’être soi.

« Je ressens une grande proximité, une sorte de fraternité avec le monde du livre
qu’il soit de musique, poésie, romance…
Je ne ressens rien de tel avec le monde de la photographie.
Il m’est encore inconnu
 »

ActuaLitté.com : Pourquoi ce projet ?

Jean-Marc Godès : Je ne sais pas écrire, je suis intimidé et je manque d’idées dans ce domaine. Par la « photolivre », ce langage particulier que j’essaie d’affirmer et d’affermir, je tente de faire un clin d’œil et de tendre la main aux femmes et aux hommes de cette communauté universelle qui conservent, entretiennent et alimentent notre mémoire collective ; les écrivains ! Je ne me sens franchement pas photographe. Je ressens une grande proximité, une sorte de fraternité avec le monde du livre qu’il soit de musique, poésie, romance… Je ne ressens rien de tel avec le monde de la photographie. Il m’est encore inconnu.

Ce projet, c’est ma façon d’écrire une histoire imagée et de rendre hommage aux auteurs passés, présents et à-venir. Mais la vraie réponse, en toute honnêteté, est surtout que je n’en sais rien mais que j’aimerai qu’il en soit ainsi !

ActuaLitté.com : Comment créez-vous les photos ? Est-ce une idée que vous voulez mettre en scène ? Est-ce un livre qui vous porte vers la photo ? Ou encore est-ce un lieu ?

Jean-Marc Godès : En fait c’est soit une idée qui me vient, soit un lieu ou un objet qui déclenche mon envie. Ce n’est jamais un titre de livre ou rarement un livre en tant que tel (sauf les nº 48 & 53 sur le blog) qui m’inspire car, au maximum, je cache le titre. J’évite de faire la promotion d’un livre en particulier. D’où l’absence de couverture sur beaucoup de mes photos. Exemple, la photo que j’ai intitulée Le champ (nº 113 sur mon blog), je l’ai traîné dans ma tête durant des semaines. J’avais tout sauf le lieu. Lorsque j’ai vu ce champ de coquelicots, j’ai consulté la météo pour le temps et le vent. Le lendemain, j’y étais. Autre exemple, la photo intitulée Le lac des songes (nº 38 sur mon blog), c’est en découvrant l’endroit un jour de promenade, l’arbre et ses racines au travers de l’eau transparente que j’ai immédiatement compris la photo qu’il me fallait faire et que j’ai faite dans la foulée.

« En fait c’est soit une idée qui me vient,
soit un lieu ou un objet qui déclenche mon envie
 »


ActuaLitté.com : Le chapitre II vient d’arriver sur votre blog, avez-vous prévu beaucoup de chapitres ? Qu’est-ce qui vous amène à changer de chapitre ?

Jean-Marc Godès : Au début, avant de numéroter les photos, l’idée de « chapitre » était de pouvoir suivre l’évolution d’une histoire comme dans un livre. Le projet central était aussi d’en faire un livre. Maintenant, j’ai malheureusement aboli les chapitres pour me repérer ainsi que les personnes qui me contactent. Le numéro, c’est plus froid mais plus efficace pour trouver la photo dont on me parle car j’ai dépassé les 120 œuvres et le nombre ne peut qu’aller en croissant.


ActuaLitté.com : Quels sont vos projets ? Des expositions sont-elles prévues ?

Jean-Marc Godès : J’ai des tas de projets. Mon projet central serait de pouvoir me consacrer un jour prochain entièrement à mon art. Sinon, je poursuis mes expositions dans des salons et festivals du livre. Pour 2008, je suis programmé sur 10 salons. À ce jour, il me reste celui de Chatel-Guyon en août, Gaillac et Amnéville en octobre puis La Rochelle en décembre. Je participe aussi en septembre à la foire internationale d’art contemporain ARTéNÎM grâce à la galerie d’art L’Écusson de Montpellier. Je poursuis ma recherche d’éditeur afin de pouvoir faire publier un livre de mes photos-livre. Je recherche aussi des galeries d’art dans d’autres régions et pays pour exposer et vendre mes œuvres. Je travaille sur un projet d’atelier d’écriture partant de mes œuvres à l’attention d’un public scolarisé (ados et pré-ados). Ma démarche photographique est conçue pour ne pas se limiter à la France. La Suisse m’a déjà fait un bon accueil. Plusieurs personnes m’ont fait remarquer que mes photos pourraient, si elles étaient connues et les titres traduits, être appréciées dans beaucoup de pays.

 


« J’ai dépassé les 120 œuvres
et le nombre ne peut qu’aller en croissant
 »

 

ActuaLitté.com : Les gens du livre et de la musique, vous ont déjà reconnus comme un artiste, mais ceux de la photographie et des arts plastiques semblent plus discrets. Comment l’expliquez-vous ?

Jean-Marc Godès : C’est ma faute en partie. D’abord je n’ai pas frappé aux portes dans cette direction. Puis mon parcours en art plastique se résume à 3 mois de beaux-arts à 16 ans. Je n’en possède ni le langage, ni la culture. Idem pour la photographie. Je n’ose m’en approcher car je ne tiendrai pas le cap des 30 secondes de conversation technique sur le cadrage, le matériel ou la prise de vue. Néanmoins, ma première rencontre avec un galeriste qui m’a repéré, m’a comblé d’aise. Je m’affronte à de nouveaux regards issus d’angles culturels différents. Je change et ne suis pas hermétique. Je ne sais où me mènera le chemin que j’emprunte mais c’est une aventure passionnante que je ne compte pas arrêter de si tôt.

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