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![]() oOo L’encrier périscope me guette au tournant - Robert Desnos
« Te casse ton aqueduc mon bijou ». Entendue en rêve cette phrase incongrue. Heureusement que pas viaduc où passe le lecteur, ou pire la lectrice. Ce bijou d’une eau dite surgie sans savoir joue à poisson pas pris « vite dit » écrit Donne. Et reste la cassure ici cueillie sur l’arbre flash au flanc du puits où frétillent les ombres. Les échos s’alignent au visage écrit et « qui en ont besoin et le soutiennent lui lequel de son coté les soutient à merveilles » comme dit Longin. C’est la rive gravide qui oreille ouverte est cet écartement dite l’arche des jours à noyer le poisson. Faut donc entrer dedans et frétiller d’écailles d’une rive à l’autre. Viaduc aqueduc il faut passer le pont tout comme celui là réveillé dans les pierres trouvant l’incipit imbu d’obscurité. |
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Te casse ton aqueduc mon bijou — on croirait entendre un éclat d’enfance brisé dans une ruelle du rêve. Le poème de Gilbert Bourson surgit ainsi, par effraction d’une phrase en transit entre le sommeil et l’écriture, avec cette puissance douce de ce qui ne s’explique pas mais vous imprime. L’absurde en guise de viatique, l’éclat du mot pour viaduc suspendu entre les rives de l’imaginaire.
Pas de décor : juste un guet. Un périscope d’encre qui veille au tournant, à l’instant précis où la langue bascule dans une autre logique, souterraine, fluide, instinctive. L’eau, ici, n’arrose pas. Elle scinde. Elle s’échappe en images fuyantes, en éclats de phrasé, en poissons non pris mais frétillants — et c’est tout le poème qui ondoie dans sa propre densité.
On y entre comme dans un rêve dont on a perdu le début mais pas la charge : une charge de silence sonore, de citations tressées (« Donne », « Longin »), de pensées liquides. Le poème ne fait pas sens — il en déborde. Il est cette cassure « cueillie sur l’arbre flash au flanc du puits », il est cette image-métaphore qui ne se laisse pas refermer.
La parole s’y courbe, elle s’y gorge de contre-jours. À force d’écouter l’eau, le poète fait entendre le bois. Le choc du langage contre ses propres rives, et cette rive gravide, oui, qu’il faut lire comme une tension vers l’autre : vers le lecteur, vers la lectrice, vers ce « tu » innommé, ce bijou cassé qui continue pourtant de scintiller dans l’obscur.
Bourson écrit à la lisière — celle où l’encrier devient œil, où le mot devient écailles, où la page devient ce pont fragile à franchir les pieds nus. C’est tout cela, ce poème : une traversée entre deux éclats, une chute lente vers un incipit trouvé non pas dans la lumière, mais dans les pierres, c’est-à-dire dans la masse, dans le muet, dans l’obscur noué du sens.
Ici, les mots ne sont pas faits pour être compris mais pour être frôlés, pressentis, glissés sous la peau. Poésie de l’écart, poésie du surgissement latéral — Gilbert Bourson n’écrit pas pour dire. Il écrit pour dériver. Et pour que quelque chose, au fond de nous, se mette à frétiller.
J’envie votre don de lectrice qui peut faire du poème d’un autre, un poème, je pense à Cocteau qui parle de poésie de cinéma, de peinture, de musique. À votre endroit je parlerais de poésie critique .Quant à votre propre œuvre poétique je l’admire immensément.