Le sable dans mes chaussures par Catherine Andrieu
Le chemin du sable et des songes
Il y a dans les chaussures de Reynald Devanlay tout un monde en suspens, une poussière d’antan que la mer a semée comme une confidence échappée d’une déesse distraite. Le sable, grain minuscule, trace imperceptible, devient mémoire et blessure, enfance et genèse. Chaque pas, lesté de cette poussière dorée, interroge l’origine des eaux et la vanité de nos quêtes. Où naît l’eau qui s’offre à la mer ? Où commence le cri du vivant ? À travers le murmure du sable, c’est toute l’enfance de l’univers qui respire encore au creux du pied nu.
Quitter la tanière alors, imaginaire en bandoulière, c’est peut-être cela : répondre à l’appel muet du grain contre la peau, retrouver l’audace de ceux qui espèrent sans marchander, qui rient dans les décombres d’un monde abîmé. Devanlay nous parle avec cette fausse ingénuité qui sait que la tâche est immense, que le ciel même, vieillard titubant, ne trouve plus refuge que dans les bras des étoiles attendries. Pourtant il y a dans ce rire aux joues, dans cette fuite hors de la tanière, une musique secrète, entêtante, qui refuse de capituler.
Sous l’épaisseur de la mélancolie, Devanlay tisse la trame fragile d’une croyance : l’espoir a encore droit de cité, même saturé de venin, même piqué d’effroi. À l’aube géologique, tout venin finit par se diluer — il faut donc croire encore une fois, par défi et par amour, même lorsque la parole se brise aux lèvres et que “pas les mots” devient la prière têtue d’un cœur sans trêve.
Pas les mots, dit-il, pour dire le vol d’une hirondelle, le feu rieur courant dans les veines, l’instant d’ivresse où tout s’unit. Pas les mots, mais les pas — toujours — traînant leur charge de sable, frottant la terre comme pour l’ensemencer d’un peu de tendresse.
Et tandis que le ciel s’effondre, que les blés doutent et que les roses hésitent à naître, une vieille dame songe. Lucide jusqu’au vertige, elle reconnaît l’usure du monde sans céder au cynisme. Ce n’est pas en s’enlisant dans la rancœur que l’on sauve quoi que ce soit, murmure-t-elle ; c’est en rêvant, libre, sans permission, sans contrainte.
Car il faut bien qu’à la fin, quand les forces déclinent et que l’horloge s’efface, il reste encore le chemin vers le rêve, cette frêle passerelle qui ne mène peut-être nulle part, mais qui est tout ce qui nous reste d’humain.
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Le chemin du sable et des songes
Il y a dans les chaussures de Reynald Devanlay tout un monde en suspens, une poussière d’antan que la mer a semée comme une confidence échappée d’une déesse distraite. Le sable, grain minuscule, trace imperceptible, devient mémoire et blessure, enfance et genèse. Chaque pas, lesté de cette poussière dorée, interroge l’origine des eaux et la vanité de nos quêtes. Où naît l’eau qui s’offre à la mer ? Où commence le cri du vivant ? À travers le murmure du sable, c’est toute l’enfance de l’univers qui respire encore au creux du pied nu.
Quitter la tanière alors, imaginaire en bandoulière, c’est peut-être cela : répondre à l’appel muet du grain contre la peau, retrouver l’audace de ceux qui espèrent sans marchander, qui rient dans les décombres d’un monde abîmé. Devanlay nous parle avec cette fausse ingénuité qui sait que la tâche est immense, que le ciel même, vieillard titubant, ne trouve plus refuge que dans les bras des étoiles attendries. Pourtant il y a dans ce rire aux joues, dans cette fuite hors de la tanière, une musique secrète, entêtante, qui refuse de capituler.
Sous l’épaisseur de la mélancolie, Devanlay tisse la trame fragile d’une croyance : l’espoir a encore droit de cité, même saturé de venin, même piqué d’effroi. À l’aube géologique, tout venin finit par se diluer — il faut donc croire encore une fois, par défi et par amour, même lorsque la parole se brise aux lèvres et que “pas les mots” devient la prière têtue d’un cœur sans trêve.
Pas les mots, dit-il, pour dire le vol d’une hirondelle, le feu rieur courant dans les veines, l’instant d’ivresse où tout s’unit. Pas les mots, mais les pas — toujours — traînant leur charge de sable, frottant la terre comme pour l’ensemencer d’un peu de tendresse.
Et tandis que le ciel s’effondre, que les blés doutent et que les roses hésitent à naître, une vieille dame songe. Lucide jusqu’au vertige, elle reconnaît l’usure du monde sans céder au cynisme. Ce n’est pas en s’enlisant dans la rancœur que l’on sauve quoi que ce soit, murmure-t-elle ; c’est en rêvant, libre, sans permission, sans contrainte.
Car il faut bien qu’à la fin, quand les forces déclinent et que l’horloge s’efface, il reste encore le chemin vers le rêve, cette frêle passerelle qui ne mène peut-être nulle part, mais qui est tout ce qui nous reste d’humain.
Lecture et musique électro acoustique. https://youtu.be/W6C8Xa8u8z0?si=5A23LTt1K5cpPIzF