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« Laisse brûler le jazz… » – « 10 compressions typographiques » & « Paillasson de vie »de la plasticienne Valérie Constantin
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 Article publié le 19 février 2009.

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Valérie Constantin
Compressions
La plasticienne Valérie Constantin a créé 10 Compressions typographiques inspirées de trois vers de Jean-Claude Cintas.

« Laisse brûler le jazz

à chacune de ses phrases

il nous embrase… ».

Ici, « Compression 3 », laisse s’échapper du chaos typographique deux mots « le jazz ». Au fil de ses 10 tableaux, Valérie Constantin relâche mot après mot les vers ainsi compressés. Le Chasseur Abstrait Editeur publie une édition limitée et numérotée (de 1 à 500), « Spécial DjangodOr 2008 », et dédicacée par l’auteur, du dernier recueil de Jean-Claude Cintas : « 50 chantpoèmes », extraits du « Cantique du Poète Insoumis ».

Cette édition limitée est réhaussée de « 10 Compressions Typographiques » créées tout spécialement pour la circonstance par la plasticienne Valérie Constantin.

On y trouve également une reproduction de la partition de « Laisse brûler le jazz » entièrement revisitée par Valérie Constantin. « 50 chantpoèmes - Spécial DjangodOr 2008 », 140 pages,15 € (Port compris). Disponible sous 48 heures sur Amazon.fr

 

RAL,M. « Paillasson de vie » est un travail de collaboration avec Jean-Claude Cintas…

Valérie Constantin. Oui, effectivement. Nous avons collaboré dans le cadre de la publication du Cahier de la RAL,M n° 9 Ceci n’est pas une série en octobre 2008. Cette collaboration n’avait pas été prévue et ce fut une étonnante rencontre artistique où deux mondes se sont heurtés, celui de l’image et celui de l’écriture. Ma participation consistait en une série de photographies (ou tableaux) très sombres, très fouillées, hantées. Un défi au spectateur. Je les ai envoyées à Jean-Claude Cintas juste pour l’informer, accompagnées du message suivant : Mille fissures pour le Cahier n° 9. Je n’attendais en réaction que quelques mots, mais ce fût une série de chantpoèmes qui m’arriva !  Je viens de prendre en pleine gueule tes élucubrations en série. Un texte m’est venu instinctivement : Paillasson de vie. 18 chantpoèmes qui accompagnent 18 de tes élucubrations en série. Cadeau ! Et voilà. Ce qu’on ne pouvait imaginer ici, c’est que ces 18 chantpoèmes m’ont ébranlée. Je ne m’attendais pas à une lecture si sincère et si juste de cette série qui me semblait un peu ardue. Je ne voulais pas rester juste sur cette impression, cette émotion. Le projet d’associer ces chantpoèmes aux 18 tableaux de Mille fissures me semblait maintenant indispensable. Le problème était comment introduire le tout dans le Cahier, sachant qu’il était impossible d’imprimer mes images sur ce format de livre trop petit. Leur profondeur fouillée et le détail des noirs entremêlés ne le permettaient pas. Une sorte de matière entre « paille » et « fibre » d’où le titre intuitif que leur donna Jean-Claude Cintas : Paillasson de vie. Nous avions donc pris la décision avec l’éditeur d’ajouter au Cahier un CD où les images seraient enregistrer les unes à la suite des autres. L’évidence était là… il était impératif que je me lance dans la création d’un film où je pourrais proposer ma lecture et mon rythme à moi, entremêler les chantpoèmes de Jean-Claude Cintas, créer une fusion entre les mots, les phrases et les lacis des noirs profonds des photographies, ajouter du mouvement et de la folie. Le rythme est soutenu par une création musicale de Patrick Cintas, Glissement (extraite de Rhapsodies). Ce morceau était parfait pour mon propos, car il a une cadence très vive et donne le sentiment d’un moment violent et sans respiration. Je voulais une effervescence des formes où plus rien ne semble tenir en place, où chaque forme est vouée au changement perpétuel. Créer une articulation des différents éléments pour produire un sens nouveau, inattendu. Les lignes des images et le fil de l’écriture s’entrecroisent. La musique hypnotique scande son rythme et ces trois matières n’en forment plus qu’une. La démarche était la dislocation, la transformation pour rendre active cette rencontre des mots, des images et de la musique. Partir du spontané, de l’inconscient, du brut livrés dans l’élan et aboutir à la maîtrise, au conscient, à la construction, au pensé.

RAL,M. La poétesse polonaise Marta Cywinska écrit à propos de Paillasson de vie : Ce film - au niveau artistique - est une perle rare....

Valérie Constantin. Je considère Marta Cywinska comme une grande poétesse et ses compliments sont pour moi plus que flatteurs. Avec elle aussi, ce fut une rencontre artistique d’une grande importance. Nous avons travaillé ensemble plusieurs fois, notamment avec Première nudité, un livre habité, qui connaît un grand succès. Et nous sommes en train de préparer sa suite Deuxième nudité qui sortira en mars 2009. Aller vers l’autre, mais aussi vers soi-même. Pour moi l’art, c’est cela.

Quelques images extraites du film Paillasson de vie, accompagnées du chantpoème correspondant :

Zoom arrière
Prendre de la distance
Regarder tous les noirs dans leur densité plurielle
Dans leur profondeur insoupçonnée
360°

Perdre l’oeilFaire le point
Re-chercher sans cesse
Se re-prendre les pieds dans la fibre
Paillasson de vie
Cercle absorbé, aussi
Dans la cible fibroscopique des labyrinthes
Sonder les insondables empaillés de la fibre
Agglutinés en promesses
Paillasson de vie

Pénétrer la fibre
Atteindre l’indicible
S’inscrire dans sa fibre

 

 

RAL,M. Cet échange artistique autour de Paillasson de vie vous la poursuivez aujourd’hui avec 10 Compressions typographiques sur un autre texte de Jean-Claude Cintas et sa musique  Laisse brûler le jazz… ?

Valérie Constantin. Paillasson de vie fut une expérience très passionnante. Elle n’est pas encore terminée et prendra bientôt toute son ampleur. Dans le cadre des DjangodOr 2008, (Trophées Internationaux du Jazz) il a voulu rendre hommage à son créateur, Frank Hagège (décédé le 15 novembre 2005). Il avait donc écrit en 1999 et composé : Laisse brûler le jazz, à chacune de ses phrases, il nous embrase… 

Jean-Claude Cintas. J’ai lancé un appel dans la RAL,M, avec le soutien des DjangodOr, en octobre 2008, aux musiciens du monde, pour que chacun donne sa version musicale de cet hommage. La première, une belle réaction artistique, fût celle d’André Ceccarelli, le célèbre batteur, qui proposa de rendre hommage à Frank Hagège en jouant Laisse brûler le jazz… lors du final de la cérémonie des DjangodOr, le soir du 20 novembre 2008. Pour ce final, il fut accompagné par les excellents musiciens que sont Rhoda Scott au chant, Didier Lockwood au violon, Patrice Caratini à la contrebasse, Bernard Lubat au scatt et Yaron Herman au piano. L’idée était, face à cette approche exclusivement musicale : « Pourquoi s’arrêter aux musiciens et à la musique ? ». C’était, pour moi, évident. La RAL,M est construite comme un carrefour de rencontres artistiques. Et j’en fait partie…

Valérie Constantin. Jean-Claude Cintas me lâcha alors, l’air de rien : Et si tu faisais quelque chose toi aussi, toi la plasticienne, autour de ces vers de Laisse brûler le jazz… ? Et voilà, c’était lancé ! Un nouveau défi artistique.

RAL,M. Pourquoi des compressions typographiques ? Les premières illustrent le beau livre de Robert Vitton (Lechasseur abstrait) Qu’es-aco ?

Valérie Constantin. Parce que je sais la passion de Jean-Claude Cintas pour la typographie. Il a relifté, entre autre, en 1988 – tant sur le plan rédactionnel que graphique, donc typographique – le magazine Jazz Hot dont il était à l’époque directeur de la rédaction. Déjà dans le jazz… Il a aussi beaucoup typoésié ses chantpoèmes. Il adore les compressions de mots : chantpoèmes (chant et poèmes), typoésie (typographie et poésie)… Alors, quoi de plus naturel que de compresser ! Les formes, les couleurs sont mes instruments de musique. Ces Compressions, qui sont typographiques, s’apparentent en effet à de l’improvisation. Partir d’un code établi, le texte de Jean-Claude Cintas et improviser. Nous sommes toujours dans l’échange artistique. Et c’est ainsi que, les écouteurs sur les oreilles, les trois vers affichés sur mon écran, j’ai travaillé, malaxé, écrasé, torturé cette phrase dont les mots, une fois entrés dans ma tête, ne voulaient plus sortir… - j’ai fredonné pendant des jours et des jours ces quelques mots ; et je les fredonne encore ! Jubilation, tension, émotion, inspiration, dualité, métamorphose. Trouver l’harmonie. Donner sens et forme. Créer des toiles d’émotions. J’en ai modifié la perception formelle pour en donner ma lecture, ma musique. Je l’ai mise en espace. J’ai transmuté l’émotion qu’elle me provoquait en formes concrètes. Le tout par des compressions aux portes de l’indéfinissable. Ce qui est très dynamisant, ce sont ces rencontres artistiques, qui sans doute, à travers un propos commun dans le fond, font que quelque chose se met en route, une énergie créative qui ne cesse de croître car il y a à la fois écoute et réponse. C’est une reconnaissance, à la fois légitimation et identification. Je crois que de telles rencontres artistiques sont rares. Et cette provocation artistique, maintenant engagée, ne peut s’arrêter là. C’est une fuite en avant.Par exemple Laisse brûler le jazz… est en train de s’étoffer. Un film artistique trotte dans ma tête, où les mots, la musique et les images joueront entre eux, pour créer encore autre chose, un autre rythme, une autre dynamique. Un livre d’artistes avec le long chantpoème réactif de Jean-Claude Cintas aux Compressions : Laisse décompresser le jazz. Je le rêve muet, dans des noir et blanc profonds, purs. Un jeu typographique d’images et de mots qui amènerait le lecteur, le spectateur dans un voyage … On pense aussi à une exposition où se coitoieraient et s’imbriqueraient des mots, des images, des musiques... Une exposition ouverte où mille lectures pourraient s’ajouter. Chacun pourrait y verser son inspiration. Les différentes interprétations musicales de Laisse brûler le jazz… pourraient délimiter des espaces graphiques… Ce fourmillement d’idées et de talents est en marche et lorsqu’il arrivera à maturité, il deviendra une évidence. Peut-être incontournable ? Puis, Paillasson de vie suit sa route avec plein de projets aussi. Etc., etc.

Jean-Claude Cintas. Laisse brûler le jazz… c’est comme Laisse brûler la vie… artistique. Faire et défaire. Casser de l’artistique pour mieux le (re)créer. Mettre le feu et laisser faire, jusqu’au moment où tout ce matériau, comme vient de le dire Valérie Constantin, composera une installation dans un lieu. Une installation, c’est beaucoup plus qu’une simple exposition. C’est habiter le lieu et le dépasser. Tout ce matériau le composera.

Valérie Constantin.  Toute œuvre d’art sollicite en même temps la pensée, l’imagination, l’affect. Elle interpelle le spectateur à plusieurs niveaux. C’est ce que nous voulons obtenir. Une complétude. Après tout l’art traite de la vie. Et c’est ce que nous faisons ou tentons de faire.

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