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![]() oOo Au cours de mon existence, j’ai longtemps cru ne rien avoir jamais cédé à quelque croyance que ce fût. Combien je me trompais lourdement, on s’en apercevra très peu dans des textes encore à venir mais nullement en gestation, car je ne fais jamais de plans sur la comète, tout projet fixe, trop bien arrêté, me répugne. * Je me connais trop bien, voilà ce qui, parfois, parfois seulement, me frêne dans mon élan. * Je suis comme un oignon que je pèle inlassablement, mais heureusement pour moi l’oignon est en perpétuelle expansion, ce qui me donne à penser que, couteaux en main et yeux brillants, j’ai encore de beaux jours devant moi. * Il est si facile pour moi de me dessaisir de ce qui me pèse le plus mais ne me pèse plus, tant il est vrai qu’écrire efface pour un temps - un temps seulement, je le reconnais bien volontiers - des cicatrices mal suturées qui suppurent à longueur de temps. Je ne me prends pas pour un guérisseur, un ET magique tragi-conique ou je ne sais quoi de ce genre mais pour un brave type embarqué pour de bon dans l’existence-foutoir en compagnie d’un ramassis de sales types, tantôt simple matelot âpre à la tâche, tantôt capitaine au long cours drapé dans sa dignité, les deux pieds rivés à son gaillard, à défaut de les avoir sur terre, tantôt petit mousse qu’on aimerait bien enculer, tantôt riche armateur avide d’entuber la terre entière, alors je fais avec ce que j’ai, c’est-à-dire avec ce que je peux saisir de et dans l’existence, je me débrouille comme je peux, parfois même je me démène et je me démerde pas trop mal en définitive, ah parfois, faut le reconnaître, ça gicle et ça flambe et ça tangue de partout, et tant pis si j’éclabousse quelques connards au passage. * Dragon cracheur de feu qui a la chiasse, je suis à mes heures ; mieux vaut ne pas venir se frotter à moi, ça pourrait faire des dégâts. J’en suis encore à chercher un bon vieux trésor à garder tout en ne dormant que d’un œil. L’autre, l’endormi, je le réserve pour des jours meilleurs auxquels je ne cesse de rêver au fond de ma caverne. * J’ai retourné ma vie comme on retourne un gant ; mes doigts gourds ne s’y sont pas trompé, c’est précisément pour cette raison que l’hiver est de toutes les saisons ma préférée. Dans le froid intense, la neige danse, voilà un signe qui ne trompe pas. Partout, il peut y avoir de la joie.
* La croyance est comme le gras dans les muscles d’un corps en devenir, la connaissance acquise m’évoque les fibres nerveuses, les tendons et la matière même des muscles au repos. Ni croyance ni connaissance ne trouvent vraiment grâce à mes yeux, car c’est le corps tout entier que je veux être, mais où trouver ce qui excède toute croyance et défie toute connaissance ? * Vire cette goule, réplique le point levé. L’écrivain s’exécute sans broncher mais en place publique, je veux. * L’engoulevent et l’enculeur de mouches ne sont jamais loin. Ce sont deux ennemis jurés issus du même cloaque. La goule se lève de bon matin au fin fond du désert, yeux injectés de sang ; chaque grain de sable est un œuf en proie à l’ardeur du soleil, aux nuits glaciales, à leur lassante alternance, et tant pis pour les survivants. La goule se met en boule dans l’esprit de son lecteur. Un vent chaud se lève de bon matin au fin fond du désert. Il n’emportera pas les grains de sable et les emporterait-il, cet empoté, qu’il ne ferait que déplacer le désert. La goule le sait, alors elle s’accroche à son lecteur, l’enculeur de mouches. Roulée en boule sous le vent, elle se fait engoulevent rivé aux âpres falaises, ce qui lui permet de précipiter dans le vide son encombrant lecteur. * Affame tes cochons - ceux, parmi tes semblables qui se comportent comme des porcs - puis jette-leur en pâture d’autres de ces porcs que tu n’as pas affamés mais au contraire engraissés afin que tous, autant qu’ils sont, s’entredévorent.
Jean-Michel Guyot 4 mai 2025 |
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Le festin des goules ou l’art de retourner l’existence
Il s’avance sur le pont chancelant du monde, Jean-Michel Guyot, le verbe haut et la mer dans les veines, grand épurateur de croyances et navigateur intrépide des doutes. Il est tout à la fois capitaine et mousse, veilleur inquiet et passeur d’incendies, déployant ses mots comme l’on défie la tempête. Car c’est à ce prix, sans détour ni complaisance, que l’on prend le large : en traversant les tumultes intérieurs, le regard vif, les mains cramponnées à quelque bastingage secret.
Sous sa plume, les certitudes éclatent comme de fragiles baudruches. L’oignon de l’âme, patiemment épluché, révèle à chaque strate une matière plus vive, plus vaste. Les larmes peuvent bien affleurer, la main, elle, ne cède pas. Même les cicatrices mal refermées deviennent ici des flammes dressées sous la neige qui danse. Il suffit, en plein hiver, de lever les yeux : le froid lui-même peut encore porter la promesse d’une joie âpre et essentielle.
La goule rôde pourtant, insatiable figure des renoncements ordinaires. Mais l’auteur la débusque et l’expose, au grand jour, pour mieux la tenir à distance. Elle reviendra, tapie dans quelque recoin de l’esprit, mais il sait veiller. Un œil tourné vers le tumulte du monde, l’autre à demi clos, réservé aux songes de jours meilleurs que seule l’obscurité d’une caverne intime peut abriter.
Ici, l’existence se retourne comme un gant, les doigts engourdis par le froid, le sang ralenti par l’épreuve. Mais dans ce geste dépouillé, il y a une beauté souveraine, celle qui échappe aux doctrines et aux savoirs figés. La croyance et la connaissance, ces oripeaux bien trop lourds, sont laissées de côté. Ce qu’il cherche, ce qu’il guette, c’est l’élan même du vivant, cet excès fragile et indomptable qui défie les cadres et les discours.
Alors il lève son verre, non à quelque victoire illusoire, mais à la lucidité patiente qui veille sur les flammes. Le festin des goules peut bien commencer ; il est des feux qu’aucune ombre ne saurait éteindre. Et dans le secret de sa caverne d’écriture, Jean-Michel Guyot poursuit sa veille.
Il faut bien, après tout, que quelqu’un s’en charge.
Lecture et musique electro acoustique. https://youtube.com/shorts/btOgsF1P8J8?si=wOCXpdagJKYhE7ee