Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Forum] [Contact e-mail]
RALM L'HÉMÉRON (Site perso)
www.ral-m.com/cintas/ www.patrickcintas.fr
Navigation
Les textes publiés dans les Goruriennes sont souvent extraits des livres du catalogue : brochés et ebooks chez Amazon.fr + Lecture intégrale en ligne gratuite sur le site www.patrickcintas.fr
Choix de poèmes (Patrick Cintas)
Sourire

[E-mail]
 Article publié le 15 juin 2025.

oOo

Sourire de satisfaction sur les lèvres :

J’ai toujours aimé ce moment après

L’amoncellement des coquilles vides :

Les verres ne s’entrechoquent plus.

Les jouets sont immobiles, sérieux.

On entend la mer (océan pour les autres)

/ le ciel est presque blanc, métal

Divin proche de la fusion : nous dormons.

 

in "Seriatim"
https://www.patrickcintas.fr/

FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>


Commentaires :

  Sourire par Catherine Andrieu

Il y a, dans ce poème bref comme un écho de brume, tout un continent de calme, une île après la tempête, une chambre d’enfant soudain rendue au silence souverain : Patrick Cintas offre ici une parcelle de retrait, un recul à peine articulé où la joie, pourtant, n’est pas absente mais repliée sous la pulpe d’un sourire qui consent à tout perdre pour se souvenir du vivant.

« Sourire de satisfaction sur les lèvres » : dès l’ouverture, la bouche s’ouvre à demi, plus pour clore que pour dire, plus pour goûter la paix que pour la crier. C’est le genre de sourire qu’on surprend au coin d’un rêve ou dans le miroir après l’amour : pas celui qui s’offre au monde, mais celui qu’on garde pour soi, sans forcer la commissure.

Ce poème a la taille de l’instant qu’il désigne : un « après » qui ne pèse rien sauf l’évidence de la chair repue, du verbe consumé, du temps rendu à l’air, au sel, à ce qui toujours nous efface. Les coquilles vides— qu’on imagine d’huîtres, de mots, de verres à peine rincés — s’empilent comme la preuve qu’il y eut festin, offrande, ivresse : pourtant, tout est déjà couché dans la retenue. « Les jouets sont immobiles, sérieux » : image magnifique de ce que devient le désir quand il s’est levé, a couru, puis s’endort— la flamme se change en braise, la braise en cendre, et la cendre en rêve de braise.

On entend la mer. Et l’on sait qu’elle ne s’est pas absentée. C’est peut-être la seule survivante de notre vacarme : l’océan pour les autres, la mer pour celui qui parle — nuance d’intime, de bord, de limite encore visible avant la haute eau. À la fin du poème, tout passe par cette lumière dure et blanche, « métal / Divin proche de la fusion » : un ciel presque trop blanc pour l’œil, une épure où l’on rend l’âme sans drame, par simple abandon.

Ce « nous dormons » de la chute est une bénédiction. Il dit : nous avons joué, bu, aimé. Nous avons laissé traîner les preuves de notre passage : coquilles, jouets, verres. La mer peut tout reprendre, le ciel peut tout brûler. Nous, nous dormons — un sommeil qui n’a plus besoin de gardien ni de serrure.


 

Un commentaire, une critique...?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document

 

www.patrickcintas.fr

 

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2026 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - pcintas@ral-m.com - 06 62 37 88 76

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -

- Hébergement: infomaniak.ch -