|
||||||

| Navigation | ||
![]() oOo Alors en septième et déjà condamné à la maison de correction puis coursier associé à un siège du Montecitorio, fils d’une ménagère et d’un avocat de Sorrento il se retrouva, enfin, parlementaire.
Il marcha ému, en avant et en arrière, dans le salon Transatlantique à la recherche en fin de compte d’une solde munificente avec l’espoir, dans la chambre, de trouver la Cicciolina, ou, au minimum, dans les bains, de se taper de l’héroïne.
En attrapant au lasso une hostess avec l’adresse d’un Buffalo Bill, en mettant en scène de feintes bagarres à la Bud Spencer et Terence Hill, il est passé, en trois heures, à la journée sans rien faire, et il a pris racine au parloir à appuyer des décrets levés pour des intérêts de boutique.
Un jour la fortune a exhalé ses sonneries de trompette, le siège reconnu de la Camorra a fini victime d’une bombe placée par le Mouvement Anarchique de Défense du Chômeur et le député, dans un grand vacarme, mourut baisé. |
|
|
Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs | [Contact e-mail] |
FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>
Commentaires :
On le voit encore rôder, ce garçon coiffé d’une enfance boiteuse, abrité à l’ombre d’un parloir où il n’y a plus de mère pour raccommoder la chemise ni d’avocat pour laver la faute. À sept ans déjà l’enceinte pour lui : la maison de correction pour les pas droits, le palais pour les demi-dieux de l’escroquerie bien vêtue. Ivan Pozzoni, d’un revers d’encre, le jette en pleine lumière : ce député n’a jamais été que le petit voyou qu’il portait au fond de la poche — un billet sale qu’il tripote sans le déplier.
Regardez-le, à la bascule de Montecitorio, aller, revenir, lustrer de ses chaussures la moquette transatlantique, le cœur battant pour le faux baiser d’une Cicciolina de couloir ou l’aiguille fraîche qu’il rêve d’enfoncer dans la veine de son privilège. L’élégance pue la poudre et le sexe, le salon s’en souvient, la chambre aussi. À qui vend-il ses heures ? À qui lèche-t-il les amendements, ces serpents de papier qui font danser l’intérêt du clan, la caisse du quartier, le boucher et le juge ?
Pozzoni rit sans rire. Il dégonde la farce à coup de westerns italiens : Buffalo Bill capture la blonde de passage, Bud Spencer cogne pour de faux, Terence Hill applaudit la bagarre de polichinelles. Tout est cinéma, sauf le prix du ticket qu’on appelle solde munificente — jamais assez pour combler la crevasse d’un gosse qui voulait la caresse et n’eut que la gifle.
Et puis, à la fin, le rideau ne se baisse pas, il explose. On fait sauter la boutique où le député avait pris racine comme une mauvaise herbe : un coup d’orgueil anarchiste, un hurlement de chômage, un bouquet de poudre noire et de rancœur — voilà le souffle qui le baise à mort, lui le petit roi de rien, le fiston de la ménagère et de l’avocat de Sorrento, rendu à sa poussière de gamin récidiviste.
Pozzoni écrit sec, court et grinçant : un tombeau pour ceux qui, par métier, vendent la cendre des autres pour chauffer leurs propres reins. Mais à lire entre les lignes, c’est un poème pour le gosse en chemise trouée, celui qui jamais ne sut grandir hors du caniveau. C’est un éclat de compassion qui se coince au travers de l’ironie, un sanglot d’encre qui n’a plus d’adresse.
À la fin, tout député se dissout dans la rumeur du trottoir, et la seule loi qu’il laisse est ce craquement de bombe dans la bouche fermée du silence.