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Au pied de l’arbre
Morceau de bois

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 Article publié le 22 juin 2025.

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Morceau de bois - texte intégral
481 pages - 15.24 x 2.77 x 22.86 cm - isbn 979-8851390098

En librairie
https://www.amazon.fr/Au-pied-larbre-S%C3%A9rie-unaire/dp/B0C9S99PCW

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  Morceau de bois par Catherine Andrieu

Un réel entamé, une nuit qui mâche, et l’écriture en lambeaux d’un homme debout

On entre dans ce texte comme on s’enfonce dans une lande humide à la tombée du jour, les épaules prises dans un vent qui pense. Rien n’est là pour nous rassurer. Pascal Leray écrit depuis une fissure. Et cette fissure – réelle, mentale, charnelle – devient le seul appui possible : un morceau de bois auquel le naufragé s’amarre pour ne pas couler tout à fait.

Le texte n’a pas de garde-fou. Il tangue, à coups de souffle et de silences. Il joue sur la lame tranchante du Réel : « Ce n’est pas seulement un jeu ; mais aussi une étude concrète, pragmatique. » Ici, la réflexion s’ourle de désastre, la pensée racle l’expérience comme une main trop nue frôle un mur rugueux. Le Réel ? « La somme de mes perceptions. » Mais ces perceptions, loin de nous livrer un monde assuré, se dissolvent, glissent, fuient : le papier ne retient rien, la plume glisse « sans parvenir à accrocher le moindre grain ». C’est le drame d’un homme qui tente de fixer un monde en fuite.

Dans cette obscurité où tout vacille, la bougie devient âme : seule lumière faible, intérieure, pauvre et fragile, mais debout. Un halo d’être autour d’un silence qui ne tue pas encore. Le texte est hanté. Par la nuit, par l’enfant mort-né, par le corps qui ne suit plus l’âme, par la gazinière ronronnante, les murs qui respirent, le plâtre qui « vit ». Il faut écrire depuis là. Depuis ce désespoir poreux, granuleux, qui n’est pas spectaculaire mais obstiné. Leray nous dit : regardez de l’intérieur ce qui se fend. Regardez ce qu’on ne recolle pas.

Il y a un souffle qui rappelle ceux de Michaux, d’Artaud, de Blanchot peut-être – mais plus nu, plus jeune, parfois même adolescent : l’enfant est partout, dans ses jeux, ses chutes, ses révoltes. L’enfant regarde « les volets d’une maison close fendus », l’enfant jette la balle et part. Il ne reste que la fissure sur le mur. Et la lumière, parfois, dans un œil qui saigne.

Le poète parle d’une chute par la fenêtre. Littérale ? Imaginaire ? Peu importe. Il est tombé. Il est tombé du langage, du monde, de l’illusion. Il est tombé dans l’écriture, qui ne rattrape pas mais accompagne. Qui gratte derrière la porte, comme un démon à la veille. Et cette écriture est douleur, elle est ventre et fièvre, et quelquefois prière. Elle est toujours traversée par la nuit, comme un couteau par sa lame.

Rien n’est résolu. Mais quelque chose d’essentiel est vécu. Nommer la blessure, c’est ne pas la nier. Pascal Leray ne fait pas de littérature. Il griffe le papier avec son propre refus d’être réduit. Il compose une sorte de partition intérieure, écorchée, cabossée, mais incarnée. Une musique noire, entêtante, à la dérive, qui rature toute illusion de sérénité.

Le dernier mot revient à la nuit. Elle est là depuis le début, « vorace », « digérant » l’auteur, l’enveloppant. Et pourtant, il y a ce matin, quelque part. Ce moment où il « ferme l’autre œil pour percevoir l’aube ». Rien de spectaculaire. Mais un geste, un espoir, un frémissement. Cela suffit. C’est le feu qui couve, pas éteint. L’homme s’est levé. Il a vu l’aube.

Et cela, dans un monde comme le nôtre, ce n’est pas rien.


 

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