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![]() oOo Cassandre ne prédit plus rien cette Adèle Exarchopoulos a oublié toute la fougue de l’adolescence de son premier film juste s’en fout elle parcourt le monde en s’en foutant elle glisse sur les civilisations bétonnées/connectées Elle scrolle sur des profils trouve des mecs pour chaque étape à Lanzarote ou Varsovie les mêmes hommes à aimer pour deux heures avec presque même barbe naissante dans des apparts identiques hors nature Les plans enchaînent le boulot l’intimité même pas des séquences juste des plans rien ne tient rien ne dure c’est juste des parcelles de vie arrachées à l’indifférence des moments insignifiants ou autres (elle traverse en trottinette électrique des parterres avec palmiers dans un bord de mer exsangue ou s’ennuie sur un transat sous d’autres palmiers à la plage) Elle voyage mais ne voit rien ne visite rien que des aéroports des hôtels blancs cubes de béton sur le silence elle boit beaucoup c’est gratuit elle récupère les fioles dans les casiers elle s’envoie en l’air même pas on la voit dans l’après pas pendant Juste une larme quand résilie l’abonnement téléphonique de la mère décédée juste une larme qui roule vite essuyée sur le bord de mer d’hiver et les touristes Parfois la compagnie veut la forcer alors sourire face caméra terni le sourire 30 secondes face caméra pour la compagnie d’aviation low cost c’est long 30 secondes à sourire à l’écran c’est fou comme les gens peuvent sourire différemment lever les commissures des lèvres ou pas elle de toute façon elle n’y arrive pas En boîte de nuit c’est compliqué on peut s’écrouler d’alcool on peut puis se réveiller sur un transat bord de piscine un peu paumée en boîte de nuit ça clignote les lumières et la tristesse qu’il faut maquiller de lumières En Belgique dans la maison paternelle avec la sœur on boit tout autant on régresse dans les bars et discothèques on vit de nuit on dégueule ensuite on vomit toute la difficulté des mondes on fait son deuil à reculons À la casse toutes les voitures à expertiser sont fixées en l’air sur des structures de métal cabossées avec des rues tordues des roues qui manquent c’est la mort moderne qui se profile avec sa silhouette de rond-point sa carcasse métallique tranchée son couperet et la mort suspendue à l’expertise d’un expert jeune et blond désolée de devoir dire Alors elle voyage sans voyager elle dit qu’en une même journée elle fait Milan et Varsovie et le Japon mais en fait elle n’est nulle part le monde mondialisé n’est plus le monde les hôtels d’aéroport sont identiques les mers bardées des mêmes plages aménagées et rien ne change pas même la tristesse ténue des femmes vingtenaires À Dubaï spectacle pyrotechnique masqué à un mètre de distance dans des cases jaunes peintes sur le sol le feu d’artifice va jusqu’en haut des gratte-ciels dans la nuit artificielle et électrique elle regarde puis ôte son masque nous regarde face caméra sans le sourire de l’hôtesse juste une blessure sur le nez quelque chose de nouveau Deux points de cigarettes qui se consument dans la nuit une conversation avec le père la sœur sur comment il a rencontré la mère quelques photos mais les deux cigarettes dans le noir de la nuit du jardin les deux points de braise dans le noir du cinéma qui persiste et allume les cigarettes préconise la lumière et s’en fout Toute la jeunesse accrochée à son smartphone les bip les scrolls des profils de mecs pour une nuit toute la jeunesse ce qu’on en a fait ce que la technologie en a fait génération Z ou bien hors monde de toute manière la monde hors circuit nature artificialisée aéroport et global warming La mère est morte à 53 ans le père porte la barbe la sœur travaille à l’agence immobilière avec lui il construit de grosses maisons moches il enlaidit le monde on s’en fout Alors autant prendre des avions finir de consumer ce qui reste comme les cigarettes comme le monde mettre du fond de teint pour sourire à l’entretien par zoom pour se faire embaucher à Dubaï répéter qu’on est dynamique et souriante active et tout Et dans les loisirs s’affaler sur le canapé scroller sur le smartphone avoir la flemme d’aller à la mer et tanker l’espérance au fond d’un verre d’alcool Une hôtesse de l’air qui ne sourit plus c’est comme une faute professionnelle avec des managers qui s’exprime à coup de je vous comprends mais et puis la communication passer de junior à number one ou bien fin du contrat mais pour mourir à la fin ou voir ses parents se dégrader de vieillesse sans but où la signification hors la lumière le cinéma |
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Commentaires :
Il n’y a plus de Cassandre, plus de prophétie, plus même de récit. Juste un corps jeune, féminin, qui traverse le monde sans en toucher les bords. Anne Barbusse dresse le portrait d’une femme déconnectée non pas du monde — qu’elle parcourt sans cesse — mais de toute possibilité d’y faire lien. Elle voyage sans habiter, s’envoie en l’air sans amour, scrolle des profils sans mémoire. Le poème épouse cette dérive, s’y laisse couler, sans ponctuation, sans phrase arrêtée, comme une vie qu’on vivrait sans montage.
Tout est plat, égalisé, bétonné. À Lanzarote comme à Varsovie, dans les hôtels d’aéroport, les apparts de passage, les plages stériles. Le décor est mondial, interchangeable, aussi sans surprise que les visages des hommes qu’elle croise. Même barbe, même durée de l’étreinte. La modernité a tout lissé — jusqu’à la tristesse, qui devient une sorte de bruine sourde, sans drame ni éclat.
Le texte est un travelling sans fin : il n’explique pas, il montre. Pas de hiérarchie dans les événements. L’alcool, le sexe, les transats, les réunions Zoom, la boîte de nuit, les parents qui vieillissent, tout s’enchaîne au même plan. La mère meurt, et ce n’est qu’un forfait téléphonique qu’on résilie. Le deuil ne se dit pas, il se noie dans les lumières artificielles des clubs et l’ivresse molle des soirées belges. Même l’enfance semble irréversible, révolue à jamais — Adèle n’a plus rien de son premier film.
Et pourtant, quelque chose persiste. Une ombre de lumière, une braise au fond du cadre. Deux cigarettes allumées dans la nuit, un regard sans masque, une larme vite essuyée mais qui a eu lieu. La poésie d’Anne Barbusse ne sauve pas, elle ne console pas. Mais elle montre que même dans le rien, il y a encore du vivant. Que dans ce monde hors-sol, une blessure affleure. Une impossibilité à sourire qui devient le dernier refus, l’ultime vérité d’un visage.
C’est peu, mais c’est là. Une trace de présence dans le béton. Une poétique de l’épuisement, qui n’idéalise rien, mais qui regarde quand même. Une génération sans boussole, sans drapeau, sans direction — et cette lucidité même devient, en creux, un lieu. Un point d’ancrage ténu, fragile, mais réel.