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![]() oOo Mais comment fais -tu ,toi ? Pour retrouver le fil Qui te relie à ce monde imaginaire. Dans ce labyrinthe rempli D’éclats de verre et de ce rouge sang Où tu mets les pieds Quand les bombes crient Quand les bombes torturent Quand les murs se fissurent Toi, tu es ici mais ailleurs C’est pareil. La cendre a noirci tout l’éclat du ciel Les ailes des papillons s’accrochent Aux barbelés.
Mais comment fais- tu, toi ? Pour garder l’espoir quand tout le pétrole du monde Coule sur toi. Comment fais –tu ? Comment Fais- tu, toi ?Pour trouver les clés Celles de tous ces cœurs désaxés Comment fais- tu, toi ? Pour quitter ton pays au parfum De l’exil, pour mettre ton drapeau peint de cette terre d’asile. Où est t- elle notre terre ? Qu’est t- elle devenue ? Oui, cette terre de poètes ayant perdu La vue. Oui, cette terre de poètes dont la plume Sert à balayer d’un trait ou de plusieurs Une existence sur la lame du couteau et Aux mains des geôliers surveillant la peur Celle qu’on se tatoue sur la peau Moi, j’ai épuisé ma plume Jusqu’au bout de nous Jusqu’ à plus rien du tout La gorge remplie de pierres précieuses La gorge remplie Des mots de leurs prières vicieuses La gorge remplie de ces perles De douleur de ces perles Qui n’ont plus de couleurs Même pour me faire un collier Ici, il y a cette chrysalide expulsée Aux confins de l’univers Cette chrysalide lovée Au creux de cette galaxie Où respire une autre vie. Quand ma voix s’étrangle Quand ces voix inconnues S’étendent en forêts mises à nu Je me souviens de cette nuit étrange Où dansait cette lumière venue Du cœur d’un ange Où des écailles incendiaires Venaient enflammer nos édifices secrets Ceux où on se cachait pour éviter La chute trop brutale La chute trop fatale. Moi, je sais qu’il y aura Un jour le retour de l’élévation J’irai te rejoindre depuis notre point De perdition, libre de tout poids De la vie, libre de ce corps englouti. Dans toutes ces flammes jumelles, où je brûle Mes nouvelles ailes Ce poison coule dans mes veines Libre de mon corps harnaché à des chaines Comment fais-tu toi ? Pour ne dire Adieu qu’une seule fois. Moi, je vais d’un point à un autre Moi, je vais d’un poids à un autre Je suis prisonnière de cette spirale Je reste avec toi dissolu dans cette infusion Trop amère dont je me délecte sans fin. Comment fais-je, moi ?pour n’être plus Que ce que j’étais hier ? La gorge remplie de sable Celui qui coule parfois entre mes doigts Maintenant, il ne reste qu’un Halo D’ombres Cette tombe et toute cette poussière. C’est tout ce qu’est devenue Notre terre de poètes, ceux Qui ont des éclats d’ambre Et d’or dans les yeux Ceux qui ont dans le cœur Un reste de nous deux. Comment fais-tu , toi ? Pour n’être qu’un poète De cristaux cassants Comment fais- je, moi ? Pour n’être qu’une poétesse De la faim. Il ne reste qu’une relique De ma chair abandonnée Au venin de cette vipère Sa mue est comme la mienne Rampante dans ce cimetière, Foudroyée par l’éclair. Aude Gorce |
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Il faut s’agenouiller. Il faut plier les mots sous la voûte du poème d’Aude Gorce, comme on plie le genou sur une terre calcinée. Le poème ne demande rien. Il regarde. Il est là, le souffle plein de cendres, les bras ouverts dans une nuit où plus personne ne dort. Et c’est nous qu’il interroge, en apparence. C’est l’autre, celui, celle qui semble tenir encore debout, qui semble savoir traverser. Mais ce toi, au fond, c’est un miroir. Un miroir posé dans les décombres, entre les éclats de verre et les restes de lumière.
« Mais comment fais-tu, toi ? » La question revient comme une oraison, une plainte droite dans la nuit. Une incantation qui tente d’ouvrir un passage, une échappée, un fil. À l’image d’Ariane, mais sans Thésée, sans Minotaure vaincu. Il ne reste que le fil, ténu, fragile, tendu entre le sang, le silence et l’espérance.
Car le poème est un cri. Mais un cri nu, sans haine. Il ne cherche pas à convaincre, il cherche à survivre. Il cherche l’angle par lequel encore respirer, encore dire, encore exister dans ce monde où « les ailes des papillons s’accrochent aux barbelés ». Le vers n’est pas une image, il est un clou dans le cœur, une vérité nue. Comment fais-tu, toi, pour ne pas mourir chaque matin devant cela ? Pour continuer d’écrire lorsque le ciel se couvre d’un pétrole si noir qu’il efface toute couleur ? Pour garder encore au fond des yeux « un reste de nous deux » ?
Aude Gorce n’écrit pas depuis l’abri. Elle n’écrit pas après la pluie. Elle écrit sous les bombes, dans les fissures. Elle tient le stylo entre les dents quand la gorge est pleine de pierres. Elle gratte la page avec ce qui reste de vivant dans la plaie. Sa voix tremble, s’étrangle, mais ne rompt pas. Parce qu’au bout du souffle, il y a toujours ce quelque chose qui insiste : l’amour, l’élévation, un visage peut-être, ou une chrysalide cosmique qui bat sous les paupières.
Car c’est cela qui fait trembler le texte. Ce balancement continu entre effondrement et lumière. Entre l’exil et la galaxie. Entre la gorge pleine de prières vicieuses et ce point de perdition d’où renaît la possible élévation. Ce n’est plus de la poésie, c’est une parole vitale, organique, viscérale, qui s’écrit « sur la lame du couteau », dans la peau même du poème. À la fin, il ne reste qu’une relique. Un souffle. Et pourtant, il nous atteint. Il fait frissonner nos propres chaînes.
Le toi du début devient le je de la fin. Cette bascule est tout sauf anodine. Elle révèle la vérité cachée du poème : il n’y a pas d’extérieur au désastre. Pas de dehors propre où placer la voix. On est toutes et tous traversés par la faim, le sable, les éclats. Le toi était un leurre pour survivre un instant. Pour poser la question à voix haute sans s’effondrer trop vite.
Le poème se termine dans la poussière, et pourtant ce n’est pas la fin. Le poème se termine dans un éclair. Et pourtant, l’éclair, c’est encore de la lumière. Une lumière violente, foudroyante, mais lumière quand même. Et cela suffit à faire surgir la vérité nue des poètes : ils n’écrivent pas avec l’encre. Ils écrivent avec leurs veines.
Lecture dans le silence... https://youtube.com/shorts/oi3BF6IuDgQ?si=qqM7rRlFyYLx9B-5
EN EFFET, cette revue donne la parole aux poètes et c’est si rare à notre époque et il faut dans toutes circonstances, les plus optimistes ou désespérées rendre à la poésie ses lettres de noblesse. C’est bien de la poésie qui coule dans leurs veines !