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![]() oOo Il y a des passes pleines de cratères sur des sandales désertant les faux sommets, afin que se déploie la bannière des lieux et que l’on puisse être, arbre, caillou, ou cognée et le dieu de la fuite qui est l’horizon |
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Le dieu de la fuite
Il existe dans les poèmes de Gilbert Bourson une verticalité aride, rugueuse, mais offerte : celle des paysages intérieurs traversés à la force du pas, où le sol n’est jamais stable mais toujours vivant, troué de cratères, chauffé de midis. La terre y encourage, non comme une mère douce, mais comme une amante exigeante — elle pousse le marcheur à se hisser, à s’agripper, à se brûler même, pour mériter le souffle qu’elle porte.
Car le poème n’est pas une errance. C’est une ascension. On y grimpe « sur des sandales désertant les faux sommets » : déjà, une critique discrète des illusions, des prétendus aboutissements. Ce que poursuit le poète, ce n’est pas une vérité fixe, mais un élan. Une tension vers ce qui palpite, entre la pierre chaude et l’éclat du ciel.
Et soudain, le poème bascule : ce n’est plus l’homme seul qui grimpe, c’est le monde qui s’ouvre. « La bannière des lieux » se déploie, et avec elle la chevelure ardente de l’aimée. Le féminin surgit ici comme flamme et liberté, comme résonance du paysage intérieur. Ce n’est pas l’amour possessif ou plaintif, mais une présence cosmique, indissociable de l’effort d’être.
Puis le vers s’élargit encore. Il devient métamorphose. L’homme est tantôt « arbre, caillou ou cognée », tantôt soigneur de la mer. Il s’efface comme forme pour mieux rejoindre les forces — il devient relation. Et cette mer démontée par le vent n’est pas un caprice météorologique, mais le désordre du monde, le tumulte intérieur qu’il faut contenir, offrir, traverser.
Alors viennent les oiseaux, qui piètent. Cette hésitation fragile, ce pas suspendu sur la jetée, incarne toute la poétique de Bourson : rien ne s’envole vraiment, rien ne se fige non plus. Tout est mouvement contenu, attente tendue.
Et le dernier vers vient tout rassembler : « et le dieu de la fuite qui est l’horizon / que nous accomplissons. » Pas de transcendance figée ici. Le dieu n’est pas là-bas, il est cette ligne fuyante que trace le poème — cette tension, cette ouverture. Il est ce que nous accomplissons en marchant, en écrivant, en vivant. Un horizon toujours en avant, qui nous échappe pour mieux nous donner forme.