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EDITION DES CALEPINS BLEUS (JOURNAL INTIME ET LITTERAIRE, janvier 1933-juin 1937) du poète malgache JEAN-JOSEPH RABEARIVELO (1903–1937)
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 Article publié le 14 décembre 2008.

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Éditions Présence Africaine avec la collaboration de Serge MEITINGER, professeur à l’Université de La Réunion, chercheur à l’ITEM-CNRS et de Claire RIFFARD, chercheuse associée à l’ITEM-CNRS.

 

Qui est Jean-Joseph RABEARIVELO (1903-1937) ? 

C’est sans conteste le plus grand poète malgache d’expression française du vingtième siècle. Son activité littéraire s’est déployée en pleine période coloniale et elle reflète les espérances et les difficultés d’un « intellectuel de couleur » pris dans les contradictions d’un système colonial, théoriquement ouvert à l’intégration mais, de fait, porté à exclure tout ce qui ne ressemblerait pas à une soumission pure et simple. Revendiquant à égalité avec son statut d’« acculturé » la richesse de son identité malgache il se trouva sans cesse en porte-à-faux par rapport aux « officiels » de la Colonie et à leurs affidés. Le refus par ces derniers de lui accorder le petit poste administratif qu’il sollicitait le plaça en 1937 dans une situation matérielle et morale insoluble qui le conduisit au suicide (le 22 juin 1937). L’œuvre est abondante et couvre tous les genres : le roman avec L’Aube rouge (écrit en 1925, paru en 1998) et L’interférence (écrit en 1928, paru en 1988) où il récrit l’histoire récente de son peuple en se dégageant de la vérité officielle imposée par le vainqueur ; la nouvelle, en français et en malgache ; le théâtre (dans les deux langues également) avec Imaitsoanala, Fille d’oiseau (1934) et Aux portes de la ville (1935) où il met en scène la vie populaire de Tananarive et le monde des légendes et contes malgaches ; la critique (dans les deux langues) dans des journaux et revues de Madagascar et d’Europe ; la poésie (d’abord en malgache puis en français et enfin dans un dialogue créateur entre les langues) qui est son plus beau fleuron : des recueils paraissent sur place comme La coupe de Cendres (1924), Sylves (1927), Volumes (1928), Presque-Songes (1934), Chants pour Abéone (1936) ou à l’étranger comme Traduit de la nuit (1935) ; il propose aussi des traductions-adaptations de poésies traditionnelles dans Vieilles chansons des pays d’Imerina (1939) qui ne sont autres que les hain-teny rendus célèbres par Jean Paulhan. Enfin il laisse un considérable journal toujours inédit dont nous nous proposons de réaliser la première édition.

 

Que sont les « CALEPINS BLEUS » ? 

Il s’agit de quatre tomes composés de cahiers d’écolier reliés onze par onze (soit pour chacun 528 pages manuscrites) sous une forte couverture toilée bleue (excepté l’ultime volume, blanc cassé), représentant plus de 1800 pages manuscrites rédigées exclusivement en français (excepté des mots et expressions, quelques vers en malgache, des mots et des citations en anglais et en espagnol comme en créole réunionnais ou mauricien), allant du 4 janvier 1933 jusqu’au 22 juin 1937, jour de son suicide ; ces volumes sont numérotés de VI à IX car les cinq premiers ont été brûlés par l’auteur lui-même (la première page commence au milieu d’une phrase et même au milieu d’un mot : le nom même de « Baude-laire », enjambant du tome V détruit au tome VI commençant). C’est un journal à la fois intime et littéraire qui est un document historique de première main sur l’époque coloniale des année trente en même temps qu’un aperçu parfois vertigineux sur la psychologie d’un écrivain ambitieux et déchiré qui vit au plus vif les contradictions de sa situation quotidienne d’homme plein d’ardeur voire de fureur et d’intellectuel souhaitant penser sa situation de colonisé et tentant de la faire évoluer. L’écriture est remarquable par sa vigueur et sa précision, sa couleur également. C’est un texte vivant, riche et varié et nous avons là un trésor du patrimoine malgache comme du patrimoine francophone qu’il importe de révéler au grand public.

 

Quel est notre projet ? 

Un contrat d’édition a été signé par Présence Africaine avec M. Solofo Rabearivelo, fils aîné du poète et représentant les ayants droit de Jean-Joseph Rabearivelo, et celui-ci, conjointement avec les éditions Présence Africaine, a confié le soin de vérifier la transcription ainsi que d’établir une présentation générale et des notes succinctes à M. Serge Meitinger, professeur à l’université de La Réunion, et à Mme Claire Riffard que M. Solofo Rabearivelo avait rencontrée lors de son contrat d’enseignante au Lycée français de Tananarive et qu’il avait encouragée à travailler sur ces textes. Nous nous trouvons aujourd’hui devant une masse de plus de 1800 images numériques des pages manuscrites que nous avons confrontées à la saisie faite à Tananarive entre janvier et juin 2008 (numérisation et saisie effectuées grâce à une aide de l’Ambassade de France à Madagascar, sollicitée par le Centre Culturel Albert Camus de Tananarive). Nous avons mené à bien, au cours de l’année 2008, l’annotation de l’ensemble du texte. Il nous à compléter le Dictionnaire des personnes et personnalités qui servira en même temps d’index. Nous souhaitons établir aussi plus clairement un tableau généalogique de la famille du poète et situer les lieux évoqués qui sont des quartiers de Tananarive et des villages des alentours. L’édition de ce texte couvrira environ 800 pages et se fera plutôt en un seul tome. Le texte à imprimer a été déposé chez l’éditeur au début de décembre 2008 avec une présentation générale d’une vingtaine de pages. 

 

Pourquoi publier les « CALEPINS BLEUS » maintenant ? 

Ce travail qui vise par une annotation allégée mais assez précise à toucher un public plus large que les seuls spécialistes de Madagascar et de la littérature malgache ou africaine va permettre à une œuvre majeure de la littérature universelle, qui est aussi un document historique de première importance, d’émerger et de trouver sa place parmi les références de la culture mondiale francophone. Par ailleurs, le projet d’une édition intégrale des autres œuvres de l’auteur est en train de voir le jour autour de l’I.T.E.M. du C.N.R.S., rattaché à L’E.N.S. de la rue d’Ulm : équipe « Manuscrit francophone ». Les maîtres d’œuvre en seront S. Meitinger, Liliane Ramarosoa et Claire Riffard. L’ouvrage trouvera place dans la collection « Planète libre » dont le premier volume consacré à l’œuvre poétique de Léopold Sédar Senghor vient de paraître (les volumes suivants devant être consacrés à Aimé Césaire, Léon-G. Damas et Sony Labou Tansi). La convergence des deux projets éditoriaux aboutira à une meilleure visibilité de l’œuvre et la valorisation simultanée des deux grands pans d’une œuvre et d’une destinée renforcera la portée culturelle et médiatique du double événement éditorial. Ainsi l’effort porté sur les « CALEPINS BLEUS » n’est pas un travail isolé mais s’insère dans une série d’efforts convergeant vers la reconnaissance d’une œuvre injustement négligée.

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