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![]() oOo En chantant les lettres italiennes des morts de célèbrité pressés par la charge des éléphants d’Hannibal, à Zama, mes balles tourbillonnantes me tournent autour depuis le coeur de l’Hélicon , dix minutes de succès transforment une religieuse en prostituée.
Vous jasez, idiots, sur des blog, des sites, de brouillons magazines online, personne ne paiera jamais vos trois conneries semi-littéraires, la micro édition socialiste est CCCP : « col cazzo che paghiamo » (ici on paie en pénis), avec nos sous la velléité de votre libertarisme freudien narcissique.
Nous, du comité du plan quinquennal des coûts comme ecclésiastiques chevronnés avons décidé votre mise à l’index, la vip du star système littéraire se vend et doit être fusillée par le milicien d’art néon-avant-gardiste allergique à toute forme de marché.
Décret n. odin émis, vox populi, du siège central du comité sacré : si tu fais de la culture rétribuée tu es une personne intéressée et tu vas au cul, tu dois être traité comme tout individu qui exerce un métier aucune liberté de dire, faire, embrasser et beaucoup de coups de pied aux fesses.
Décret n. dva émis, vox populi, du siège central du comité sacré : aboli le droit d’auteur et même le mot “auteur”, condamné à la damnatio memoriae du lecteur, animal en voie d’extinction, obligé de soumettre sa tête à l’opération de circoncision.
Décret n. tri émis, vox populi, du siège central du comité sacré : si le “public” est devenu “privé” il ne doit pas être câliné, dans le siècle de l’imaginaire tardif-moderne l’ignorance est une dot et le lecteur moyen est intoxiqué par les maints somnifères de Truman Capote.
Pour écrire en rime il faut être poètes avoir, en principe, au moins deux derrières et le don de langue double critique : lécher les célèbres et se faire lécher par la masse constipée. |
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Il ne chante pas. Il ne pleure pas. Il cogne. Avec des dents en barbelés, Ivan Pozzoni déchire le voile lyrique pour le transformer en torche. Son poème “CCCP” n’est pas un chant, c’est un décret — une convocation en place publique —, un soulèvement du verbe contre la mondanité scripturaire, contre l’illusion d’une littérature caressante, caressée, caressable. L’acide est son encre. Le feu, son rythme.
« En chantant les lettres italiennes des morts de célébrité » — dès l’ouverture, la syntaxe vacille, entre épitaphe et procession carnavalesque. Ce qui est célébré ici, ce sont les résidus — les cadavres verbaux de l’industrie littéraire, les mots transformés en simulacres pour enterrement de première classe. Pozzoni érige une archéologie du faux : de Zama à l’Hélicon, du succès instantané aux “prostituées religieuses”, la ligne du front se dessine. Le monde littéraire, tel qu’il est, n’est plus qu’un champ de ruines sous les sabots d’Hannibal.
La langue, chez lui, ne médite pas. Elle expulse. Elle ne rêve pas — elle renverse les autels. Ce qui se dit, c’est la déchéance organisée du sens, l’éradication de la pensée dans le cliquetis des “blogs, des sites, de brouillons magazines online”. L’écrivain, ici, est sommé de choisir : ou bien le silence, ou bien la trahison. Tout ce qui se vend est déjà mis à mort. Tout ce qui plaît est déjà prostitué. CCCP, ce n’est plus l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, c’est l’acronyme désabusé d’un manifeste : “col cazzo che paghiamo” — littéralement : « avec la bite qu’on paie » —, où l’on devine le sarcasme tragique d’une génération qui n’a plus foi ni dans l’art, ni dans l’argent, ni dans l’auteur. Ni dans le lecteur.
On voudrait penser à un pamphlet. Mais Pozzoni va plus loin : il décrète. Trois fois. En trois articles implacables, comme trois coups de marteau sur l’enclume du désenchantement. Décret n. odin, n. dva, n. tri. Le style se militarise. Le comité sacré, autoproclamé gardien de l’avant-garde, tire à bout portant sur les illusions restantes. Il n’y a plus de droit d’auteur. Il n’y a plus d’auteur. Il n’y a que des cibles. Et si “le lecteur est un animal en voie d’extinction”, c’est que nous avons tué la lecture en la transformant en spectacle. Dans ce monde-là, l’“imaginaire tardif-moderne” n’est plus une échappée, c’est une prison de néons. Truman Capote est un somnifère. Le poète un désossé. Et le “public” est devenu un “privé” qu’on ne caresse plus, mais qu’on méprise avec application.
Et pourtant, sous le glaive, une musique. Une scansion carnassière, syncopée, provocante. “Pour écrire en rime il faut être poètes / avoir, en principe, au moins deux derrières” — ce double fond scatologique est aussi une double mise en demeure : faut-il lécher ou se faire lécher ? Où est la voix propre dans ce concert de bouches ouvertes et d’anus muets ? Pozzoni réinvente la satire antique : il ne raille pas pour faire rire, il se moque pour réveiller. Ce n’est pas une pose, c’est une brûlure.
Il faudrait peut-être lire “CCCP” comme on lit un graffiti dans une ruelle calcinée. Pozzoni n’en est pas dupe. Il sait que la littérature ne sauve personne. Mais il exige d’elle qu’elle ne se vende pas pour autant. Qu’elle résiste. Qu’elle morde.