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A propos de Petit samedi, Paloma Sermon-Daï, 2020
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 Article publié le 31 août 2025.

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générique final en sons réels avec noms de personnages noms réels

toute la réalité lui saute au visage

les discussions cette relation mère/fils en plans serrés sur les visages

comme une enquête un documentaire de la psychologie humaine une psychothérapie à œil ouvert sans que jamais on ne voit le visage de la psy

un enfant de quarante ans passés sous addiction c‘est comme une douleur qui ne passe pas

une petite ville belge de province avec la vie qui passe les jeunes qui boivent des bières l’épicerie le bar et les histoires

les visages atroces de la banalité qui souffre (ou pas)

et puis la mère au téléphone attend le fils ne sait s’il rentrera la mère attend c‘est sa fonction de mère

la mère prépare à manger pour midi ce que le fils aime la mère attendait le mari volage chauffeur routier alcoolique qui la battait et maintenant la mère attend le fils héroïnomane

la vie va

la réalité avec ses petits boulots sa petite campagne sa petite bourgade avec le fleuve et les falaises

un petit vieux qui promène deux petits chiens

la mère qui erre dans ville entière cherchant le fils

la psy invisible

une voix sans image la psy

une difficulté sans image

les paroles qui dévident la vie

pas de champ contre-champ juste de longs plans très calmes et très lents sur des visages assis à une table qui devisent déroulent les passés éteints

dans la grotte psychédélique en transe et flashs de lumières roses la vie sort du réel

comme la première image hors film l’image presque carrée en transe dansant des jeunes dans la musique mais ridicules et laids

comme une extase qui vire au cauchemar la drogue imagée trouble

un refus pur et simple de la réalité explicitée

comme le cinéma

une réorganisation du réel plat

et les images de home movie les enfants qui rient sous le jet d’eau d’été dans famille pauvre ou les adolescents une fête de famille puis un ado tout seul et triste enfin

on rembobine les enregistrements de la voix de la mère et les hivers très froids sans chauffage dans la chambre des enfants

la mère toute seule toute pauvre et quatre enfants

avoir comme nom de famille un jour de la semaine c‘est un fardeau comme un autre

faire un CV bosser chez les riches nettoyer leur piscine sous les regards inquisiteurs et déplier un docu-fiction appauvri en images

très lent sans révolte avec la vie qui coule comme le fleuve de la ville

avec la psy invisible et ses questions de psy

la vie invisible la souffrance invisible et la drogue pour s’abstraire de toutes les captations difficiles de la vie vraie

quand la mère était enceinte elle a perdu sa sœur et a beaucoup pleuré et ainsi on attrape les clefs du mystère de la souffrance inconditionnelle

un village wallon c‘est une simplicité quotidienne et une paisibilité trop concrète en plans fixes la paix des paysages

entre les silences on capte la parole entre les visages on filme la pudeur d’un intérieur quelconque avec une télévision d’où surgit take this waltz et un Leonard Cohen aussi torturé que la spectatrice émue

de l’addiction à la relation mère/fils il n’y a que des mots de douleurs abstraites

dialogues d’après-vie sans plus de colère sans ressentiment comme si tout était fini (le film n’a pas de fin, juste une phrase au futur de l’indicatif, quelque chose comme « on s’en sortira »)

sort-on jamais de l’addiction

sort-on jamais de la relation mère/fils sinon

par la mort éternelle le générique muet la bande-son étranglée de réalité réelle

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Commentaires :

  A propos de Petit samedi, Paloma Sermon-Daï, 2020 par Catherine Andrieu

Le générique s’écrit en sons réels, les noms défilent comme des pierres tombales alignées, et toute la réalité saute au visage. Des visages en plans serrés, une mère, un fils, des discussions à voix basse comme une psychothérapie sans visage de psy, juste la tension de deux êtres pris dans l’œil fixe d’une caméra. Un enfant de quarante ans passés, enfant encore sous l’ombre d’une addiction, douleur persistante qu’aucun silence ne calme.

Petite ville belge de province, fleuve et falaises, un bar, une épicerie, des jeunes qui boivent des bières. La banalité atroce, les visages qui souffrent ou pas, un vieux avec ses deux chiens, la vie qui passe comme une eau trouble. Et la mère au téléphone, qui attend le fils, qui prépare à manger ce qu’il aime, qui attendait autrefois le mari volage, chauffeur routier, alcoolique, violent. Toute sa vie n’est qu’attente.

Les paroles déroulent la vie comme une bobine sans fin, longs plans calmes sur des passés éteints. On devine la psy invisible, sa voix sans image, ses questions suspendues dans l’air. Tout se joue dans la lenteur. Puis viennent les grottes roses, les transes, les lumières stroboscopiques, la danse grotesque des jeunes, l’extase qui tourne au cauchemar, la drogue qui ronge le réel.

Des images d’archives : enfants qui rient sous le jet d’eau, adolescents en fête, puis un ado seul, triste, les hivers sans chauffage dans la chambre glacée. La mère, pauvre, seule, quatre enfants à nourrir. Le patronyme de la semaine comme un fardeau porté jusqu’à l’usure. Les petits boulots, les piscines des riches, les regards inquisiteurs. Et la caméra qui ne juge pas, qui reste immobile comme une pierre dans le courant du fleuve.

Entre deux silences, surgit Leonard Cohen, « Take this waltz » sur une télévision quelconque, voix écorchée répondant au regard d’une spectatrice émue. Tout est là : l’addiction, l’amour maternel, les douleurs abstraites, les dialogues d’après-vie sans colère, sans ressentiment, comme si déjà tout était fini. Le film ne finit pas. Il s’achève sur un futur fragile : « On s’en sortira. »

Mais sort-on jamais de l’addiction ? Sort-on jamais de la relation mère-fils, sinon par la mort éternelle, sinon par le générique muet, la bande-son étranglée de la réalité réelle ? Dans le calme trop concret des paysages wallons, dans la paix fixe des visages, reste cette question nue, comme un battement sans répit : qu’est-ce qu’aimer, sinon attendre ?


 

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