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La bête
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 Article publié le 14 décembre 2008.

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LA BÊTE

Face à ce miroir, j’observais mon visage.

Une fois de plus, je ne me reconnaissais pas : cette chair me semblait bizarre, comme étrangère à moi-même.

Ce visage n’était décidemment pas le mien : y avait-il un masque sur ce que j’étais réellement ? Je tirais sur ma peau pour l’enlever mais tous mes efforts étaient vains.

La reconnaissance de l’étrangeté de mon visage n’était pas nouvelle, mais elle s’accentuait de jours en jours laissant place à une angoisse plus que visuelle, je dirais même métaphysique.

Aller au-delà de ce que je pouvais « voir » était le but : mon identité restait floue et face à ce miroir, elle me paraissait encore plus incertaine.

Je me décidais à m’approcher d’un peu plus près : fallait-il me résigner et accepter que ce visage soit le mien ? Je restais perplexe.

Ma main parcourait maintenant mon visage, décelant les imperfections qui faisaient ma douleur.

Mon nez, mes lèvres, tout en moi s’asphyxiait de banalité. Mes yeux, d’un bleu sale et vitreux, m’apparaissaient une fois de plus inexpressifs.

Ce regard vide, dénué de tout intérêt pour lui-même me faisait frémir : je me regardais me regarder. Quelqu’un était derrière, c’était certain, derrière le mur. J’étais trop loin : mon âme, mon corps, mon reflet, tout en moi était dissocié. Face à ces trois entités, je ne pouvais lutter plus longtemps.

Je détournais mes yeux un instant : peut-être avais-je mal vu, peut-être que j’allais me transformer sous des traits plus doux. Doucement, je relevais ma tête inclinée comme si j’implorais une force supérieure ; malheureusement, mon visage était toujours le même.

Pire : il paraissait s’être dégradé le temps de quelques secondes. Mon nez, mes lèvres étaient toujours aussi banals. Mais ce qui avait changé, c’était mes yeux. Toujours d’un bleu sale et vitreux, mais une chose avait modifié leur expression. J’observais ce phénomène étrange et étranger : mes yeux, éteints, étaient humides.

D’horreur et de dégoût, le miroir se brisa, achevant ma torture visuelle.

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