Pérégrinations de jour comme de nuit par Catherine Andrieu
La nuit se dépouille, nue comme une vérité sans recours. Le vent la griffe, comme si l’air lui-même avait des comptes à régler. Les platanes se tiennent droits, indifférents à cette peine muette, et pourtant leurs branches ploient sous le poids d’un appel qu’ils refusent d’entendre. Dans ce théâtre où Ferré gronde au loin, nous sommes des chevaux séparés par une forêt — la distance a pris racine entre nous, elle s’épaissit, elle se cabre.
Tout tremble d’illusions : le ciel se froisse comme un drap mal tiré, le temps s’échappe de ses rails, la mémoire se vide comme un verre renversé. La maison, avec ses volets qui ne ferment jamais, erre de rue en rue en quête d’un chien ou d’une vieille dame, pour tordre le cou à la solitude. Mais la solitude, elle, n’a ni collier ni ride, elle s’installe, obstinée.
Et pourtant, voici qu’une giboulée de fleurs jaillit, qu’une averse d’oiseaux brûle l’air. Le corps s’enroule à la grâce, la peau s’électrise au contact de l’aimée, et le monde, un instant, se souvient qu’il peut encore être lumière. L’enfant, bousculé par sa mère, demande : « Aurai-je de nouveau sommeil ? » — question d’éternité déguisée sous l’innocence. Les portes rêvent de devenir des arbres, les salives fêtent l’espérance, et la soif d’être se dresse, renversant montagnes et bêtises.
Il marche, cet homme aux poches pleines d’étoiles, foulard de soleil au cou, brassée de fables à la boutonnière. Son sang crépite de bulles de chance, son front éclate de rires, et jusque dans ses mains — que l’inamour a durcies en pierre — un reste de pollen persiste, vibrant, refusant de disparaître. Il porte l’importable comme on porte une blessure, comme on garde une relique : tout est toujours sur le point d’être perdu, tout est toujours sur le point d’être retrouvé.
Alors, de jour comme de nuit, la pérégrination continue : entre le sang de la nuit et l’aube de fleurs, entre le temps qui suffoque et l’enfant qui interroge, entre l’inélégance refusée et les comètes attachées aux basques. Le monde chancelle, mais persiste. Et nous, au milieu, portons l’insoutenable avec la certitude fragile qu’il deviendra peut-être lumière.
Pérégrinations de jour comme de nuit par Lalande patrick
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La nuit se dépouille, nue comme une vérité sans recours. Le vent la griffe, comme si l’air lui-même avait des comptes à régler. Les platanes se tiennent droits, indifférents à cette peine muette, et pourtant leurs branches ploient sous le poids d’un appel qu’ils refusent d’entendre. Dans ce théâtre où Ferré gronde au loin, nous sommes des chevaux séparés par une forêt — la distance a pris racine entre nous, elle s’épaissit, elle se cabre.
Tout tremble d’illusions : le ciel se froisse comme un drap mal tiré, le temps s’échappe de ses rails, la mémoire se vide comme un verre renversé. La maison, avec ses volets qui ne ferment jamais, erre de rue en rue en quête d’un chien ou d’une vieille dame, pour tordre le cou à la solitude. Mais la solitude, elle, n’a ni collier ni ride, elle s’installe, obstinée.
Et pourtant, voici qu’une giboulée de fleurs jaillit, qu’une averse d’oiseaux brûle l’air. Le corps s’enroule à la grâce, la peau s’électrise au contact de l’aimée, et le monde, un instant, se souvient qu’il peut encore être lumière. L’enfant, bousculé par sa mère, demande : « Aurai-je de nouveau sommeil ? » — question d’éternité déguisée sous l’innocence. Les portes rêvent de devenir des arbres, les salives fêtent l’espérance, et la soif d’être se dresse, renversant montagnes et bêtises.
Il marche, cet homme aux poches pleines d’étoiles, foulard de soleil au cou, brassée de fables à la boutonnière. Son sang crépite de bulles de chance, son front éclate de rires, et jusque dans ses mains — que l’inamour a durcies en pierre — un reste de pollen persiste, vibrant, refusant de disparaître. Il porte l’importable comme on porte une blessure, comme on garde une relique : tout est toujours sur le point d’être perdu, tout est toujours sur le point d’être retrouvé.
Alors, de jour comme de nuit, la pérégrination continue : entre le sang de la nuit et l’aube de fleurs, entre le temps qui suffoque et l’enfant qui interroge, entre l’inélégance refusée et les comètes attachées aux basques. Le monde chancelle, mais persiste. Et nous, au milieu, portons l’insoutenable avec la certitude fragile qu’il deviendra peut-être lumière.
Lecture et musique électro acoustique. https://youtu.be/7qv20nGMC74?si=THGbZrhBUjoQccHv