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La mer se donne au ciel...
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 Article publié le 14 septembre 2025.

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La mer se donne au ciel dont le bleu la caresse
en nous qui la voyons menuisée par la joie
de l’esprit en douceur et ses oiseaux crieurs
d’espaces qui la mènent aux lointains profonds,
qui embarquent les désinences de notre être
et les bercent de son emphase colorée
de voiles en partance vers la grande cuve,
où puiser nos divins abimes de ferveurs
musiqués par la folle ébriété du large
menant à ce silence qui est une vie
dont palpite le chant retenu au varech
de la plage couleur d’aube et de marjolaine,
où nos misaines vont sous l’albatros des vents.

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  La mer se donne au ciel... par Catherine Andrieu

La mer, ici, n’est pas seulement la mer. Elle est le miroir tendre d’un ciel qui se penche sur elle, dans une caresse de bleu, comme si l’infini avait trouvé son amante et que nous étions conviés à leur étreinte. Gilbert Bourson ne décrit pas, il transmue : la ligne d’horizon devient un seuil où l’esprit se réjouit d’une douceur qui n’est pas que contemplative, mais initiatique. Car les oiseaux crieurs, messagers des espaces, ne se contentent pas de peupler le poème : ils y ouvrent le passage, ils déchirent l’air pour que nous soyons portés, nous aussi, vers les lointains profonds où notre être se déleste de ses poids, devient désinence, vibration, résonance.

Il n’y a pas de simple paysage : tout se déploie comme une musique qui embarque le lecteur dans une traversée intérieure. Les voiles ne sont pas celles d’un navire de hasard, mais celles d’une partance spirituelle, gonflées d’emphase colorée, vers cette grande cuve métaphorique où se brassent nos divins abîmes de ferveur. La mer devient alambic, orgue, amphore cosmique — elle recueille nos vertiges pour les rendre ivresses, musiques, échos du large.

Et c’est dans cet élan d’ébriété que surgit, paradoxal, le silence. Un silence qui n’abolit rien mais recueille tout. Silence de vie, et non de mort, silence vibrant comme un cœur au varech, qui palpite sous la marée et garde en lui le chant retenu. Ici, l’océan n’est pas tumulte, mais recueil. La plage s’ouvre, couleur d’aube et de marjolaine, où l’élément se fait chair, herbe et parfum, seuil tendre de l’immense.

Enfin, le poème s’achève sur les misaines, ces voiles mineures mais essentielles, tendues sous l’albatros des vents. Comme si l’homme ne pouvait entrer dans l’infini qu’en restant humble, porté par l’aile plus vaste que lui. Les vents, ici, ne sont pas seulement météores : ils sont souffle de l’esprit, respiration cosmique, albatros invisible qui déploie sa blancheur sur nos départs.

Ainsi Gilbert Bourson nous offre une mer transfigurée, plus qu’un horizon : une matrice d’intériorité où chaque vague est une syllabe, chaque cri d’oiseau un vers en suspens, chaque silence un battement. Lire ce poème, c’est consentir à devenir soi-même navire, dérive, voile et varech — consentir à se livrer à l’immense, et à y reconnaître l’intime.

Catherine Andrieu


 

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