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Non, Robert Vitton n’a pas été violé à l’âge de huit ans, il n’a pas fait la guerre et n’a pas connu la prison ; il ne consomme rien d’hallucinant ; au fond, il est comme tout le monde : il a ses deuils, ses joies, ses rencontres, ses femmes, ses terres, ses voyages, etc. Et il en parle. Mais pas comme vous et moi qui ne connaissons que la prose, même quand on fait des vers. C’est qu’il s’y connaît : de Rutebeuf à Aragon, en passant par Villon, Apollinaire, Mallarmé, sa prose à lui a pris des formes qu’on ne connaît que sous le nom de poésie. Mais celle-ci (celle de Vitton), s’emploie à rimer les vers et pas seulement : les mots viennent jouer leur rôle qui consiste à rythmer la pensée, le récit, l’observation. Du vers de mirliton, qui a son utilité en marge du poème, à des constructions complexes qui retrouvent les mesures que la musique emprunte à ses instruments et à ses voix. L’homme qui apparaît ainsi dans de vrais livres (et non pas de pauvres plaquettes) n’a rien à voir avec le Jésus en croix qui marche encore très bien dans les drames cinématographiques et romanesques. Il n’est pas non plus le conquérant de nouvelles terres (les librairies) dont il chasserait les habitants à coup de pied au cul et même pire selon le sexe. Parfaitement en voix devant un microphone, il occupe l’orchestre et les balcons et même dans les coulisses on ne peut pas se retenir d’écouter et de se laisser entraîner par la force des phrases construites selon des règles que tout le monde connaît (plus ou moins) et dans une langue qui est la nôtre, à quoi s’ajoute celle qui a nourri son enfance de savoirs ancestraux et de récompenses jamais oubliées. L’un d’entre nous l’a traité de « géant méconnu ». À juste titre si l’on en juge par ce qui est publié de son œuvre colossale dans la RALM. Mais l’éditeur contemporain a son idée du contemporain, car il veut le rester, et il le restera (jusqu’à se faire oublier) : celui ou celle qui n’a pas été violé, même si il ou elle a connu la guerre, ni celui ou celle qui n’a pas rencontré la félicité heurtée du pied en promenade spirituelle, ceux-là n’ont pas droit de séjour dans leurs petites maisons doucettement tapies au fin fond des provinces. Ce qui dépasse leur idée du produit éditorial (hélas conditionné par le système étatique des subventions ministérielles) est invité à aller voir ailleurs des fois que quelqu’un serait assez fou (je cite) pour publier une œuvre aussi profonde que volumineuse. C’est ainsi qu’après la chute verticale des éditions du Chasseur abstrait (aujourd’hui limitées à la RALM), la bouquinerie considérable de ce grand poète s’est réduite (et c’est pourtant beaucoup) à ce qu’il a aimablement publié dans la RALM. Pourtant, parmi les petits éditeurs érigés en juges au nom du Ministère, une maison a trouvé le courage, et l’aide au financement(?), de publier deux ouvrages de Robert Vitton. J’ai cité ici Françoise Mingot, des éditions Wâllada, qui a osé mettre sur le marché ces ouvrages plus que contemporains, sans viol, ni douleur d’exister, ni joie béate, et selon les récits d’une existence patiemment et méticuleusement (je n’ose dire professionnellement) vécue, observée, traduite, repeinte selon ce qu’on peut savoir de mieux de la poésie la plus douée pour le traitement des images, des sons, des idées, des traditions, des héritages et successions… Certes à la petitesse de l’éditeur local correspond la paresse du lecteur et chaque livre de Robert Vitton exige de celui-ci une appréciation juste de ce qui vaut la peine d’être connu et étudié. Sauf que Robert Vitton, pourtant aussi têtu que sa Méditerranée, n’interdit à personne de se ramener avec son bagage pour discuter le coup si le soleil le permet toutefois. Une véritable beauté s’installe alors. Elle rejoint aussi bien la chanson dite poétique que le poème objectif. Mais entre des éditeurs transis par les règlements et la paresse (ou la fatigue) du lecteur, il semble qu’il n’y ait pas de place pour ce « géant méconnu » et il n’est pas superflu de remercier Françoise Mingot d’avoir ouvert son catalogue à une poésie qu’on lira encore demain, toujours enquiquiné par la question de savoir si elle est « contemporaine » ou si on s’en fout. Patrick Cintas Lire "Prière d’insérer" [ICI] Chez Wâllada :
http://wallada.free.fr/boutique/?p=productsList&sWord=vitton
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Commentaires :
La poésie de Robert Vitton n’a pas d’âge et en cela elle restera éternelle !