à Marc Guillaumat et Brigitte Canefish
Une eau calme se drape de l’eau de son ciel
en cachant ses genoux et ses bas d’algues noires,
comme un confessionnal clame son ouverture
où le signe remue ses sombres tentacules
à l’odeur d’hypogée,
et de conclave d’os de seiche et de pollen
épais comme un gilet et plat comme une paume,
lutinant la langue rappelant la lande
hirsute et traversée d’un vide parcouru
d’arçons méditatifs,
séduisant le furet du sens entre les haies,
voyeuses agitées d’un branle d’écriture
aux persiennes de rapts affouillant les écarts
en ramping d’odeurs lourdes de soleil broyé
au plus profond des mots,
devenus chair et sang d’instants glottés d’opus
véloces et caprins d’un blanc à l’autre bond
qui est sa stèle étreinte, source sidérée
jusqu’à l’épave sans syllabes que les pas
qui sont le seuil du temps,
de qui parvient le lieu au manque de la vie.
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Une eau se lève, et déjà ce n’est plus de l’eau : c’est un voile, un rideau soulevé par la respiration du ciel. Elle cache ses genoux d’algues noires comme on cache une blessure ancienne, comme si la profondeur cherchait à dissimuler sa propre nudité. Le poème ouvre un confessionnal, mais ce n’est pas celui des églises : c’est une alcôve minérale, saturée d’odeurs d’hypogée, où les tentacules du signe cherchent l’aveu au plus obscur de la matière.
Alors, dans ce conclave de seiches blanchies, de pollens amassés comme de la poussière d’astre, se joue une liturgie sans prêtre : la mer elle-même est l’autel, et la langue devient lande, hirsute, hérissée de silences, traversée par le vide comme par une chevauchée de songes. Ici, tout est méditatif, arqué, tendu : les arçons du poème sont ceux qui supportent la charge d’un sens toujours fuyant.
Car le texte attire le furet du sens, le séduit, l’amène à se perdre dans les haies serrées de l’écriture. Le lecteur est ce chasseur trompé par les sentes mouvantes des mots : chaque persienne laisse passer une bribe de lumière, chaque rapt entraîne plus loin dans les interstices. Les mots rampent, lourds d’odeurs solaires, gorgés de fruits écrasés. Et cette pesanteur est aussi leur grâce : ils s’ouvrent comme des chairs, ils deviennent sang, souffle, opus serré, fulgurant.
Le poème est une traversée où l’on bondit d’un blanc à l’autre, comme une bête caprine, agile et nerveuse, marquant de ses sabots l’espace nu. Chaque bond fonde une stèle : pierre d’instant, étreinte fulgurée, source immobilisée par la sidération. À la fin, il ne reste qu’une épave sans syllabe, comme si le langage lui-même s’était dissous dans la houle. Alors surgit ce seuil du temps, ce lieu où la vie se révèle par son manque, où le pas humain — fragile, mortel — rature l’infini d’un signe provisoire.
Tout l’horizon devient image : non pas surface plane, mais profondeur inépuisable, faille dans la continuité du réel. Bourson nous conduit là où le langage touche ses limites, là où il devient matière obscure, palpable, odorante, sang et pierre, silence et bond. C’est une poésie de la limite, de l’entre-deux : seuil d’eau et de ciel, seuil du temps et de l’absence, où se tient l’homme dans sa quête de dire, au bord de ce qui ne peut être dit.
Catherine Andrieu