Pourquoi ne pas s’abstenir, dit la voix, pourquoi ne pas céder au repos des mains jointes, à la pâleur d’un Bartleby qui préfère disparaître dans l’ombre des bibliothèques. Mais non, le poème refuse. Il se tend vers la morsure du mystère, il choisit l’aiguillon contre la caresse, le vertige contre la torpeur. La jouissance n’est pas dans l’étreinte mais dans la blessure qui creuse plus loin que la peau, jusqu’à l’invisible.
Les jours passent, mais la paresse n’a pas lieu. L’éternité propose des chemins de traverse, elle invite à s’oublier dans le presque rien, mais le cœur, lui, court au-devant du trop, brûle dans l’excès comme un fruit qui ne veut pas mûrir à demi. Dans cet excès, il y a la déchirure qui sauve : la conscience d’un feu qui ne s’éteint pas.
Alors surgissent les choses humbles, ces rescapées d’un monde sans éclat : socquettes abandonnées, fauteuil déserté, Aloe Vera rêvant d’un semblable. Le poème se penche sur elles avec une tendresse inquiète. Il console, il rassérène, il redonne poids à ce qui n’en a pas. Et dans ce geste d’amour pour l’infime, il retrouve sa propre dignité : car la grandeur n’est pas dans l’éclat mais dans le tremblement des petites vies.
Puis vient le rien. Le rien qui s’étend comme une plaine sans horizon, où l’on croit entendre battre la mort. Le poème s’y enfonce, il le touche du cœur, il s’y écoute vibrer, effaré par cette apathie sans fin. L’inquiétude devient une bête affamée, une renarde qui rôde et s’acharne. Pourquoi vivre, demande alors la voix, quand rien en soi ne goûte la lumière ? Le silence se fait gouffre, la parole s’y brise comme une aile trop fragile.
Mais une lumière survient : l’adelphité. Une fillette aux doigts de fée, un frère fluet qui joue avec des comètes. Ils inventent un monde à leur mesure, un royaume d’éclats et de songes. Ils se moquent des adultes, de leurs pesanteurs et de leurs inconséquences. Ils se jettent dans la mer, ils respirent en grand, ils se nourrissent de l’impossible. Quand le crépuscule descend, ils se mêlent au chant premier des sphères, là où la fraternité est pure flamme et pure naissance.
Ainsi, du refus à l’excès, de l’infime au néant, du silence à l’enfance cosmique, le poème chemine. Il n’offre pas de réponse mais un chemin d’incandescence. Il enseigne que la seule manière de vivre est de s’ouvrir à la blessure, de se laisser traverser par le vide et par l’infime, jusqu’à ce que l’on entende, au plus profond de soi, le chant secret qui nous relie aux étoiles.
FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>
Commentaires :
Pourquoi ne pas s’abstenir, dit la voix, pourquoi ne pas céder au repos des mains jointes, à la pâleur d’un Bartleby qui préfère disparaître dans l’ombre des bibliothèques. Mais non, le poème refuse. Il se tend vers la morsure du mystère, il choisit l’aiguillon contre la caresse, le vertige contre la torpeur. La jouissance n’est pas dans l’étreinte mais dans la blessure qui creuse plus loin que la peau, jusqu’à l’invisible.
Les jours passent, mais la paresse n’a pas lieu. L’éternité propose des chemins de traverse, elle invite à s’oublier dans le presque rien, mais le cœur, lui, court au-devant du trop, brûle dans l’excès comme un fruit qui ne veut pas mûrir à demi. Dans cet excès, il y a la déchirure qui sauve : la conscience d’un feu qui ne s’éteint pas.
Alors surgissent les choses humbles, ces rescapées d’un monde sans éclat : socquettes abandonnées, fauteuil déserté, Aloe Vera rêvant d’un semblable. Le poème se penche sur elles avec une tendresse inquiète. Il console, il rassérène, il redonne poids à ce qui n’en a pas. Et dans ce geste d’amour pour l’infime, il retrouve sa propre dignité : car la grandeur n’est pas dans l’éclat mais dans le tremblement des petites vies.
Puis vient le rien. Le rien qui s’étend comme une plaine sans horizon, où l’on croit entendre battre la mort. Le poème s’y enfonce, il le touche du cœur, il s’y écoute vibrer, effaré par cette apathie sans fin. L’inquiétude devient une bête affamée, une renarde qui rôde et s’acharne. Pourquoi vivre, demande alors la voix, quand rien en soi ne goûte la lumière ? Le silence se fait gouffre, la parole s’y brise comme une aile trop fragile.
Mais une lumière survient : l’adelphité. Une fillette aux doigts de fée, un frère fluet qui joue avec des comètes. Ils inventent un monde à leur mesure, un royaume d’éclats et de songes. Ils se moquent des adultes, de leurs pesanteurs et de leurs inconséquences. Ils se jettent dans la mer, ils respirent en grand, ils se nourrissent de l’impossible. Quand le crépuscule descend, ils se mêlent au chant premier des sphères, là où la fraternité est pure flamme et pure naissance.
Ainsi, du refus à l’excès, de l’infime au néant, du silence à l’enfance cosmique, le poème chemine. Il n’offre pas de réponse mais un chemin d’incandescence. Il enseigne que la seule manière de vivre est de s’ouvrir à la blessure, de se laisser traverser par le vide et par l’infime, jusqu’à ce que l’on entende, au plus profond de soi, le chant secret qui nous relie aux étoiles.
Catherine Andrieu
Lecture dans le silence. Extrait. https://youtu.be/Imu1C5Y83aQ?si=DotEKGhmWe9uHr_h