: : ayahasquero: : (ebook, texte intégral) - postface de Catherine Andrieu par Catherine Andrieu
Tout commence dans la forêt. Non pas une forêt décorative, celle des mythes apprivoisés ou des souvenirs romanesques, mais la forêt primordiale — celle qui pense, qui parle et qui rêve. Celle qui tremble encore de la mémoire des ancêtres et des fleuves. Celle qui ne demande pas à être comprise, mais traversée. Dès les premières pages, Gérard Larnac se tient à la lisière de l’humain, dans ce lieu où la parole s’incline pour écouter ce qui la précède : le bruissement, la respiration du monde, le souffle collectif d’une terre en transes.
« Tous Indiens désormais » (p. 3). Cette phrase, reprise de Claude Lévi-Strauss, sonne comme une prophétie inversée : ce ne sont plus les autres qu’il s’agit de comprendre, mais nous-mêmes qu’il faut désapprendre. Le livre tout entier repose sur ce basculement intérieur — un décentrement du regard, une dissolution de l’ego occidental dans la relation infinie du vivant. « Chacun est devenu le gardien de la terre » (p. 3). Ce n’est pas une injonction morale ; c’est une expérience ontologique. L’homme occidental, celui qui croyait séparer, nommer, classer, se voit soudain traversé de part en part par ce qu’il avait expulsé : les voix de la rivière, de la pierre, des animaux, des morts, des dieux.
Ce texte n’a pas pour horizon la simple écologie. C’est une conversion de l’être. Une lente sortie hors du rationalisme desséché qui a fait de la Terre un objet, pour retrouver le pacte des origines : la relation. Larnac écrit dans l’entre-deux du réel et du rêve, dans ce que Deleuze aurait appelé « le corps sans organes du monde ». Il est à la fois poète, anthropologue, chamane et philosophe. Il se fait instrument — « un tambour de chaman » (p. 27) — pour faire vibrer la forêt à travers sa propre vibration.
Il n’imite pas. Il incorpore. C’est là toute la différence. Là où tant d’Occidentaux collectionnent les rituels indigènes comme des trophées d’altérité, lui se laisse métamorphoser par eux. « Va dans les profondeurs de cet inextricable » (p. 28). Cette injonction, il l’adresse à lui-même. Ce n’est plus la forêt qui est à explorer : c’est le dedans, la part encore végétale de l’homme, celle qui bat au rythme des insectes et des astres.
Le prologue, véritable manifeste, s’élève comme un chant d’insoumission contre « le confinement de la Terre et de la vie dans les catégories bien définies de l’épistémè occidentale » (p. 3). Mais il ne s’agit pas ici de dénoncer. Larnac ne sermonne pas : il guérit. Il nous invite à réapprendre le monde par les sens, par la lenteur, par la porosité. « Il n’y a pas d’être — seulement de l’entre » (p. 9) : phrase essentielle, presque initiatique, qui résume tout le projet du livre. Ce que nous croyons solide — nos identités, nos certitudes, nos langues — n’est qu’un tissu de relations mouvantes, un feuillage vibrant d’interdépendances.
Le poème devient alors un rite. Et chaque page un passage. Quand il écrit « laisse-toi glisser, la forêt nous traverse, l’arbre nous rêve » (p. 30), Larnac accomplit ce que la philosophie européenne avait oublié : penser avec le corps, penser depuis la sève. Son écriture n’est pas métaphorique : elle est métamorphique. Elle ne décrit pas le monde ; elle le traverse. Elle l’éprouve.
Peu à peu, le lecteur perd ses repères, comme celui qui boit la liane ayahuasca pour franchir les seuils du visible. « Continue à guérir, même laissé pour mort » (p. 33) — on comprend alors que la guérison n’est pas biologique : elle est spirituelle, cosmique, une reconduction du lien entre le corps et la Terre.
Larnac a cette intelligence du tremblement, cette manière de marcher dans la phrase comme on marche dans la jungle, attentif à chaque craquement, chaque chant, chaque silence. Sa poésie est un rite de passage. Elle nous demande de mourir à nous-mêmes pour renaître dans la totalité. « Les hommes du monde mort ont arraché du sol les racines du ciel » (p. 36) : cette phrase résonne comme un oracle. Le monde mort, c’est celui de la séparation, du dualisme, de l’illusion du sujet autonome. Et tout le livre travaille à le dissoudre.
Ce qui éblouit ici, c’est la manière dont Larnac unifie pensée et souffle. Son écriture ne choisit pas entre l’essai et le poème, elle les mêle, les métabolise, jusqu’à faire du texte un organisme. Il écrit « comme s’il n’était pas là » (p. 11), se laissant posséder par la parole du dehors, « dansant dans le costume de l’aigle, empruntant à l’ours sa démarche ». Cette dépossession volontaire est la condition de la vraie parole : celle qui ne parle pas pour, mais à travers.
À ce point du livre, la notion d’« avant-garde primale » (p. 12) prend tout son sens. Elle ne renvoie pas à une modernité de rupture, mais à une mémoire de l’origine. Ce n’est pas un retour en arrière ; c’est une percée vers le profond. Une avant-garde qui ne cherche pas à dépasser, mais à renouer. Le mot « primale » n’évoque pas la sauvagerie mais la source — ce lieu de l’avant-langage où la parole était encore un acte de communion. « Ce à quoi nous venons n’est pas un simple recommencement. C’est un nouveau commencement. Une avant-garde primale » (p. 12). Voilà le cœur battant du livre : recommencer le monde, non à partir de l’homme, mais du lien.
Larnac ne théorise pas ; il expérimente. Il se met dans la peau des animaux, dans la mémoire de la terre. « Frère anaconda, grand-père jaguar : ils parlent » (p. 35). Et ce qu’ils disent, ce n’est pas un message ; c’est une vibration. La parole chamanique n’instruit pas : elle relie. Dans cette poésie, la syntaxe elle-même semble respirer au rythme de la sève : les vers se dilatent, les blancs sont des silences, les ruptures sont des respirations.
Il faut lire lentement ayahuasquero — non comme un recueil, mais comme une cérémonie. On ne tourne pas les pages ; on franchit des seuils. Il y a la lumière des cataractes (p. 16), les ombres des pécaris (p. 51), les larmes du vent (p. 44). On rencontre les mythes comme des présences vivantes, les animaux comme des ancêtres, les chants comme des chemins. À chaque page, une vision s’ouvre, un monde s’éveille, une peau se défait.
Ce n’est pas un texte sur les Indiens. C’est un texte qui devient indien. Il s’approprie la distance, la perte, l’oubli, pour faire du langage un organisme mouvant, capable de « penser comme le tamanoir » (p. 34). Rarement un poète occidental aura approché d’aussi près cette osmose.
Mais ce qui bouleverse le plus, c’est la tendresse. Larnac ne se place jamais au-dessus de ce qu’il décrit ; il s’incline. « Les forêts parlent une autre langue que la tienne » (p. 34). Le poète ne traduit pas ; il se tait pour entendre. Et quand il parle enfin, c’est la forêt qui parle à travers lui : « Ce n’est pas moi qui parle, c’est la forêt qui parle » (p. 40).
Alors, la poésie devient le lieu du passage. La pensée, une vibration. Et le lecteur, un initié. Car tout, dans ce livre, relève du rite : même la syntaxe obéit à une respiration sacrée. Chaque mot semble trembler d’un éclat végétal, d’une sève qui monte, d’un feu qui danse dans le noir.
On pourrait dire que Gérard Larnac a réinventé la langue chamanique. Mais non. Il a fait mieux : il l’a rendue pensante. Sous ses mots, on entend les échos d’Arturo Escobar, d’Ailton Krenak, de Davi Kopenawa, mais aussi de Chateaubriand, de Spinoza, de Merleau-Ponty. Pourtant, rien ne sonne comme un discours. Tout se respire. Tout se ressent.
« Il faut rêver la terre, la rêver longuement » (p. 68). Ce vers, d’une beauté pure, dit à lui seul le sens du livre. Rêver la terre, c’est lui rendre la possibilité de parler. La rêver, c’est la libérer de l’idée. C’est redevenir poreux au monde, perméable au multiple, amoureux du divers.
Et quand vient la dernière page, cette impression de réconciliation persiste : « Il ne reste plus que la lumière, le vent, la pluie et le silence » (p. 92). Le silence, ici, n’est pas absence : il est plénitude. Il est le chant rendu à la Terre.
ayahuasquero est un livre de passage — passage du corps à la forêt, du moi à la relation, de la parole à la vibration. Il ne décrit pas la transformation : il la fait advenir. Lire ce texte, c’est boire la liane. C’est se défaire des certitudes. C’est apprendre à rêver avec les arbres.
Et c’est aussi, dans un dernier geste, redéfinir la beauté. « Ce que vous appelez “beauté”, est ce lieu singulier où seul le territoire et les mondes non humains savent mon nom véritable » (p. 65). Cette phrase bouleverse. La beauté n’est plus esthétique : elle devient éthique. Elle n’est plus forme : elle est relation.
La langue de Larnac n’imite pas le sacré : elle le réveille. Elle ne reconstruit pas le mythe : elle s’y abîme. Tout ce qu’elle touche devient passage, alliance, pulsation. On sort de ce livre plus vaste, plus humble, plus relié.
Et c’est cela qui m’a poussée, dans la postface, à répondre à ce chant par un écho. Non pas pour le commenter, mais pour l’accompagner. Car une telle œuvre appelle non l’analyse, mais la présence. Les qualités littéraires de ce texte — sa puissance d’incantation, son intelligence du monde, son lyrisme métaphysique, sa maîtrise du souffle — imposaient qu’on s’y attarde autrement. La postface est venue de là : comme un prolongement de la vibration, une façon d’écrire non sur Gérard Larnac, mais avec lui, à l’endroit même où la poésie devient passage entre les mondes.
Catherine Andrieu
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Tout commence dans la forêt. Non pas une forêt décorative, celle des mythes apprivoisés ou des souvenirs romanesques, mais la forêt primordiale — celle qui pense, qui parle et qui rêve. Celle qui tremble encore de la mémoire des ancêtres et des fleuves. Celle qui ne demande pas à être comprise, mais traversée. Dès les premières pages, Gérard Larnac se tient à la lisière de l’humain, dans ce lieu où la parole s’incline pour écouter ce qui la précède : le bruissement, la respiration du monde, le souffle collectif d’une terre en transes.
« Tous Indiens désormais » (p. 3). Cette phrase, reprise de Claude Lévi-Strauss, sonne comme une prophétie inversée : ce ne sont plus les autres qu’il s’agit de comprendre, mais nous-mêmes qu’il faut désapprendre. Le livre tout entier repose sur ce basculement intérieur — un décentrement du regard, une dissolution de l’ego occidental dans la relation infinie du vivant. « Chacun est devenu le gardien de la terre » (p. 3). Ce n’est pas une injonction morale ; c’est une expérience ontologique. L’homme occidental, celui qui croyait séparer, nommer, classer, se voit soudain traversé de part en part par ce qu’il avait expulsé : les voix de la rivière, de la pierre, des animaux, des morts, des dieux.
Ce texte n’a pas pour horizon la simple écologie. C’est une conversion de l’être. Une lente sortie hors du rationalisme desséché qui a fait de la Terre un objet, pour retrouver le pacte des origines : la relation. Larnac écrit dans l’entre-deux du réel et du rêve, dans ce que Deleuze aurait appelé « le corps sans organes du monde ». Il est à la fois poète, anthropologue, chamane et philosophe. Il se fait instrument — « un tambour de chaman » (p. 27) — pour faire vibrer la forêt à travers sa propre vibration.
Il n’imite pas. Il incorpore. C’est là toute la différence. Là où tant d’Occidentaux collectionnent les rituels indigènes comme des trophées d’altérité, lui se laisse métamorphoser par eux. « Va dans les profondeurs de cet inextricable » (p. 28). Cette injonction, il l’adresse à lui-même. Ce n’est plus la forêt qui est à explorer : c’est le dedans, la part encore végétale de l’homme, celle qui bat au rythme des insectes et des astres.
Le prologue, véritable manifeste, s’élève comme un chant d’insoumission contre « le confinement de la Terre et de la vie dans les catégories bien définies de l’épistémè occidentale » (p. 3). Mais il ne s’agit pas ici de dénoncer. Larnac ne sermonne pas : il guérit. Il nous invite à réapprendre le monde par les sens, par la lenteur, par la porosité. « Il n’y a pas d’être — seulement de l’entre » (p. 9) : phrase essentielle, presque initiatique, qui résume tout le projet du livre. Ce que nous croyons solide — nos identités, nos certitudes, nos langues — n’est qu’un tissu de relations mouvantes, un feuillage vibrant d’interdépendances.
Le poème devient alors un rite. Et chaque page un passage. Quand il écrit « laisse-toi glisser, la forêt nous traverse, l’arbre nous rêve » (p. 30), Larnac accomplit ce que la philosophie européenne avait oublié : penser avec le corps, penser depuis la sève. Son écriture n’est pas métaphorique : elle est métamorphique. Elle ne décrit pas le monde ; elle le traverse. Elle l’éprouve.
Peu à peu, le lecteur perd ses repères, comme celui qui boit la liane ayahuasca pour franchir les seuils du visible. « Continue à guérir, même laissé pour mort » (p. 33) — on comprend alors que la guérison n’est pas biologique : elle est spirituelle, cosmique, une reconduction du lien entre le corps et la Terre.
Larnac a cette intelligence du tremblement, cette manière de marcher dans la phrase comme on marche dans la jungle, attentif à chaque craquement, chaque chant, chaque silence. Sa poésie est un rite de passage. Elle nous demande de mourir à nous-mêmes pour renaître dans la totalité. « Les hommes du monde mort ont arraché du sol les racines du ciel » (p. 36) : cette phrase résonne comme un oracle. Le monde mort, c’est celui de la séparation, du dualisme, de l’illusion du sujet autonome. Et tout le livre travaille à le dissoudre.
Ce qui éblouit ici, c’est la manière dont Larnac unifie pensée et souffle. Son écriture ne choisit pas entre l’essai et le poème, elle les mêle, les métabolise, jusqu’à faire du texte un organisme. Il écrit « comme s’il n’était pas là » (p. 11), se laissant posséder par la parole du dehors, « dansant dans le costume de l’aigle, empruntant à l’ours sa démarche ». Cette dépossession volontaire est la condition de la vraie parole : celle qui ne parle pas pour, mais à travers.
À ce point du livre, la notion d’« avant-garde primale » (p. 12) prend tout son sens. Elle ne renvoie pas à une modernité de rupture, mais à une mémoire de l’origine. Ce n’est pas un retour en arrière ; c’est une percée vers le profond. Une avant-garde qui ne cherche pas à dépasser, mais à renouer. Le mot « primale » n’évoque pas la sauvagerie mais la source — ce lieu de l’avant-langage où la parole était encore un acte de communion. « Ce à quoi nous venons n’est pas un simple recommencement. C’est un nouveau commencement. Une avant-garde primale » (p. 12). Voilà le cœur battant du livre : recommencer le monde, non à partir de l’homme, mais du lien.
Larnac ne théorise pas ; il expérimente. Il se met dans la peau des animaux, dans la mémoire de la terre. « Frère anaconda, grand-père jaguar : ils parlent » (p. 35). Et ce qu’ils disent, ce n’est pas un message ; c’est une vibration. La parole chamanique n’instruit pas : elle relie. Dans cette poésie, la syntaxe elle-même semble respirer au rythme de la sève : les vers se dilatent, les blancs sont des silences, les ruptures sont des respirations.
Il faut lire lentement ayahuasquero — non comme un recueil, mais comme une cérémonie. On ne tourne pas les pages ; on franchit des seuils. Il y a la lumière des cataractes (p. 16), les ombres des pécaris (p. 51), les larmes du vent (p. 44). On rencontre les mythes comme des présences vivantes, les animaux comme des ancêtres, les chants comme des chemins. À chaque page, une vision s’ouvre, un monde s’éveille, une peau se défait.
Ce n’est pas un texte sur les Indiens. C’est un texte qui devient indien. Il s’approprie la distance, la perte, l’oubli, pour faire du langage un organisme mouvant, capable de « penser comme le tamanoir » (p. 34). Rarement un poète occidental aura approché d’aussi près cette osmose.
Mais ce qui bouleverse le plus, c’est la tendresse. Larnac ne se place jamais au-dessus de ce qu’il décrit ; il s’incline. « Les forêts parlent une autre langue que la tienne » (p. 34). Le poète ne traduit pas ; il se tait pour entendre. Et quand il parle enfin, c’est la forêt qui parle à travers lui : « Ce n’est pas moi qui parle, c’est la forêt qui parle » (p. 40).
Alors, la poésie devient le lieu du passage. La pensée, une vibration. Et le lecteur, un initié. Car tout, dans ce livre, relève du rite : même la syntaxe obéit à une respiration sacrée. Chaque mot semble trembler d’un éclat végétal, d’une sève qui monte, d’un feu qui danse dans le noir.
On pourrait dire que Gérard Larnac a réinventé la langue chamanique. Mais non. Il a fait mieux : il l’a rendue pensante. Sous ses mots, on entend les échos d’Arturo Escobar, d’Ailton Krenak, de Davi Kopenawa, mais aussi de Chateaubriand, de Spinoza, de Merleau-Ponty. Pourtant, rien ne sonne comme un discours. Tout se respire. Tout se ressent.
« Il faut rêver la terre, la rêver longuement » (p. 68). Ce vers, d’une beauté pure, dit à lui seul le sens du livre. Rêver la terre, c’est lui rendre la possibilité de parler. La rêver, c’est la libérer de l’idée. C’est redevenir poreux au monde, perméable au multiple, amoureux du divers.
Et quand vient la dernière page, cette impression de réconciliation persiste : « Il ne reste plus que la lumière, le vent, la pluie et le silence » (p. 92). Le silence, ici, n’est pas absence : il est plénitude. Il est le chant rendu à la Terre. ayahuasquero est un livre de passage — passage du corps à la forêt, du moi à la relation, de la parole à la vibration. Il ne décrit pas la transformation : il la fait advenir. Lire ce texte, c’est boire la liane. C’est se défaire des certitudes. C’est apprendre à rêver avec les arbres.
Et c’est aussi, dans un dernier geste, redéfinir la beauté. « Ce que vous appelez “beauté”, est ce lieu singulier où seul le territoire et les mondes non humains savent mon nom véritable » (p. 65). Cette phrase bouleverse. La beauté n’est plus esthétique : elle devient éthique. Elle n’est plus forme : elle est relation.
La langue de Larnac n’imite pas le sacré : elle le réveille. Elle ne reconstruit pas le mythe : elle s’y abîme. Tout ce qu’elle touche devient passage, alliance, pulsation. On sort de ce livre plus vaste, plus humble, plus relié.
Et c’est cela qui m’a poussée, dans la postface, à répondre à ce chant par un écho. Non pas pour le commenter, mais pour l’accompagner. Car une telle œuvre appelle non l’analyse, mais la présence. Les qualités littéraires de ce texte — sa puissance d’incantation, son intelligence du monde, son lyrisme métaphysique, sa maîtrise du souffle — imposaient qu’on s’y attarde autrement. La postface est venue de là : comme un prolongement de la vibration, une façon d’écrire non sur Gérard Larnac, mais avec lui, à l’endroit même où la poésie devient passage entre les mondes.
Catherine Andrieu