Entre toi et moi, ma patrie, il y a cette distance qui n’en est pas une. Elle est faite de pierres muettes, de mains posées sur le vide, de chants suspendus dans la gorge des montagnes. Il suffit que la neige fonde un peu, qu’un feu s’allume derrière une fenêtre, et tout revient : les voix, les visages, les serments d’autrefois. C’est une mémoire qui bat comme un cœur de bête dans la poitrine du monde. Mirela Leka Xhava écrit ce retour, non comme une nostalgie, mais comme un recommencement à chaque souffle : elle parle à la patrie comme on parle à une mère disparue, dont la voix continue de couler dans le sang.
Sa patrie n’est pas un pays. C’est un écho. Une vibration entre la langue et le silence. Ce lieu d’avant la parole, où la fidélité des ancêtres tient encore debout. « Entre toi et moi, ma patrie, il y a l’écho des montagnes » — cette phrase contient toute la géologie de l’exil : les pierres y respirent, les cendres s’y rallument, les morts y parlent dans la bouche des vivants. Il ne s’agit pas de pleurer un territoire, mais de ressusciter un espace intérieur où le feu de la mémoire brûle plus pur que l’appartenance.
La poète convoque les cavaliers du printemps, les oiseaux du ciel, les flammes du foyer : autant de messagers de la permanence. Dans ce poème, les mythes ne dorment pas ; ils chevauchent les lignes du vers, traversent les siècles et les veines, se font serment. Costantin et Doruntine : légende d’Albanie, frère et sœur liés par la promesse de la fidélité jusqu’à la mort. Dans cette invocation, Mirela Leka Xhava rend à la patrie son âme de légende : celle qui ne peut mourir, parce qu’elle n’existe que dans l’esprit de ceux qui se souviennent.
La patrie, ici, est plus vaste que les frontières. « Tu étais étroite pour nous tenir tous… Mais pour nous, tu es aussi grande qu’un monde ! » Cette contradiction éclaire tout le poème : la patrie qui exile est aussi celle qui sauve. Elle tient dans le regard d’un aigle, dans la flamme d’un foyer, dans la prière murmurée au vent du soir. Elle est ce battement d’amour et de douleur qui persiste au fond du poète, même lorsqu’il écrit loin des montagnes.
Ce texte est une patrie retrouvée par la parole. Une reconquête du lien invisible qui unit la terre au souffle. Il y a, dans chaque mot, la densité d’un départ et la tendresse d’un retour. Il y a, dans chaque image, le pressentiment d’un monde qui ne peut être habité qu’en mémoire. L’écriture devient alors un lieu d’asile : l’espace où le déracinement se transfigure en chant.
C’est une poésie debout sur les ruines, mais tournée vers la lumière. Une poésie d’altitude, portée par la fidélité et l’amour, où la patrie ne se nomme plus géographie, mais fidélité au cœur battant du vivant. Mirela Leka Xhava y tresse le silence et la ferveur, l’absence et la flamme, pour nous dire que la vraie patrie est celle que nous portons dans la voix — celle que rien, pas même le temps, ne peut réduire.
Catherine Andrieu
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Lecture dans le silence ou presque. https://youtube.com/shorts/ZPy9SdjAFXE?si=BraEeTT9p7Njrv__
Entre toi et moi, ma patrie, il y a cette distance qui n’en est pas une. Elle est faite de pierres muettes, de mains posées sur le vide, de chants suspendus dans la gorge des montagnes. Il suffit que la neige fonde un peu, qu’un feu s’allume derrière une fenêtre, et tout revient : les voix, les visages, les serments d’autrefois. C’est une mémoire qui bat comme un cœur de bête dans la poitrine du monde. Mirela Leka Xhava écrit ce retour, non comme une nostalgie, mais comme un recommencement à chaque souffle : elle parle à la patrie comme on parle à une mère disparue, dont la voix continue de couler dans le sang.
Sa patrie n’est pas un pays. C’est un écho. Une vibration entre la langue et le silence. Ce lieu d’avant la parole, où la fidélité des ancêtres tient encore debout. « Entre toi et moi, ma patrie, il y a l’écho des montagnes » — cette phrase contient toute la géologie de l’exil : les pierres y respirent, les cendres s’y rallument, les morts y parlent dans la bouche des vivants. Il ne s’agit pas de pleurer un territoire, mais de ressusciter un espace intérieur où le feu de la mémoire brûle plus pur que l’appartenance.
La poète convoque les cavaliers du printemps, les oiseaux du ciel, les flammes du foyer : autant de messagers de la permanence. Dans ce poème, les mythes ne dorment pas ; ils chevauchent les lignes du vers, traversent les siècles et les veines, se font serment. Costantin et Doruntine : légende d’Albanie, frère et sœur liés par la promesse de la fidélité jusqu’à la mort. Dans cette invocation, Mirela Leka Xhava rend à la patrie son âme de légende : celle qui ne peut mourir, parce qu’elle n’existe que dans l’esprit de ceux qui se souviennent.
La patrie, ici, est plus vaste que les frontières. « Tu étais étroite pour nous tenir tous… Mais pour nous, tu es aussi grande qu’un monde ! » Cette contradiction éclaire tout le poème : la patrie qui exile est aussi celle qui sauve. Elle tient dans le regard d’un aigle, dans la flamme d’un foyer, dans la prière murmurée au vent du soir. Elle est ce battement d’amour et de douleur qui persiste au fond du poète, même lorsqu’il écrit loin des montagnes.
Ce texte est une patrie retrouvée par la parole. Une reconquête du lien invisible qui unit la terre au souffle. Il y a, dans chaque mot, la densité d’un départ et la tendresse d’un retour. Il y a, dans chaque image, le pressentiment d’un monde qui ne peut être habité qu’en mémoire. L’écriture devient alors un lieu d’asile : l’espace où le déracinement se transfigure en chant.
C’est une poésie debout sur les ruines, mais tournée vers la lumière. Une poésie d’altitude, portée par la fidélité et l’amour, où la patrie ne se nomme plus géographie, mais fidélité au cœur battant du vivant. Mirela Leka Xhava y tresse le silence et la ferveur, l’absence et la flamme, pour nous dire que la vraie patrie est celle que nous portons dans la voix — celle que rien, pas même le temps, ne peut réduire.
Catherine Andrieu