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Écrire II
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 Article publié le 9 novembre 2025.

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Du pléthorique en silence solide,
et donc de préférence des pétioles noirs
avec machines nues comme des odalisques
venues du poignet,

de cet adieu aux armes de notre pensée
célibataire et sans renvois vers les jupons
fourbis de délits flags et de cohue d’ourlets
marins froissés de sel,

et de moût de galops éléates aux doigts
tramés d’alphabets bas obliquement filés
vers l’intérieur visé où s’exténue la langue
d’étoffe arlequine,

et de parois goulues de sens multipliés
en préfets pétulants du corps qui reconnait
de quelle hégémonie teinter sa poésie
et sa constellation.

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Commentaires :

  Écrire II par Catherine Andrieu

Il y a, dans ce poème de Gilbert Bourson, la substance même de l’écriture, son noyau obscur, celui qu’on n’approche qu’en tremblant. « Du pléthorique en silence solide » : tout commence là, dans cette tension entre excès et immobilité. Le silence n’est pas vide, il est saturé — une masse de souffle qui s’épaissit jusqu’à la pierre. L’écriture naît de ce trop-plein contenu, de cette densité muette où quelque chose d’invisible cherche à s’extraire.

Puis viennent « les pétioles noirs », les « machines nues comme des odalisques venues du poignet ». Ce sont les doigts en transe, les nerfs qui s’allongent, la main qui devient instrument de volupté. Bourson écrit avec le corps tout entier. Chez lui, le poème n’est pas une pensée mais un geste — un battement organique où l’esprit s’enroule autour de la matière. La main n’obéit plus : elle invente. Elle caresse la page comme on découvre une peau nouvelle, lisse, offerte au feu.

Alors s’avance l’adieu : « aux armes de notre pensée célibataire ». Écrire, ici, c’est désarmer la logique, désapprendre les réflexes du concept, refuser les « délits flags » d’un savoir en uniforme. C’est se dépouiller des « jupons fourbis » du discours, se jeter nu dans le flux des ourlets marins. La mer, dans cette image, lave la langue. Elle la rend à son sel, à sa brûlure. Le poème devient un sel spirituel, une morsure d’écume sur la conscience.

Et voici le « moût de galops éléates », le vin de la pensée antique, fermenté dans la bouche des dieux. Le raisonnement se métamorphose en galop, l’argumentation en ivresse. Bourson, poète de la verticalité, ne commente pas la pensée : il la fait galoper, il la pousse jusqu’à l’exténuation du mot. « Vers l’intérieur visé où s’exténue la langue » — il y a là un basculement prodigieux : la langue cesse d’être organe pour devenir étoffe, souffle, peau d’arlequin. Tout se déploie dans un mouvement d’épuisement splendide, où dire coïncide avec disparaître.

Et cette fin, éclatante, cosmique : « de parois goulues de sens multipliés en préfets pétulants du corps qui reconnait de quelle hégémonie teinter sa poésie et sa constellation. »

Tout est là : la poésie comme gouvernement intérieur du monde, comme empire du corps sur le sens. Les parois — ce sont celles du poète lui-même, ses os, sa peau, son souffle — avalent le sens jusqu’à l’étourdissement. Le corps devient un territoire d’étoiles, et la poésie, un règne sans frontières. « De quelle hégémonie teinter sa poésie » : c’est la question originelle, celle que tout poète devrait poser avant d’écrire le premier mot. Quelle force me traverse ? Quelle lumière me domine ?

Chez Bourson, cette hégémonie n’est pas domination, mais alliance. La poésie n’obéit pas, elle consent. Elle se laisse colorer par les astres, par la chair, par l’encre, par l’abîme. Et dans cette constellation finale, c’est le corps qui reconnaît — non la raison, non la théorie, mais le corps. C’est lui qui sait d’où vient la lumière et de quel feu elle procède.

Écrire, ici, c’est consentir à la dépossession. C’est laisser passer, à travers la main, la mémoire cosmique du langage. Le poète n’est plus sujet : il devient résonance. Il ne fabrique pas le poème, il s’y dissout. Et de cette dissolution, naît la forme pure — incandescente, vibrante, inassimilable.

Gilbert Bourson écrit comme on ouvre un passage entre le monde visible et l’autre. Il ne parle pas du mystère, il le respire. Son poème, dense et multiple, est une chambre de réverbérations où le silence s’écoute jusqu’à se fendre. Alors quelque chose paraît — un éclat, une vérité sans visage.

Et l’on comprend que dans Écrire II, l’écriture n’est plus un acte, mais une ascension : le corps devient ciel, la langue constellation, et le poète, un point d’ombre dans la lumière qu’il a laissée passer.

Catherine Andrieu


  Écrire II par gilbert Bourson

Implacable lecture et souveraine. Vous m’éclairez mon poème au point que je contemple à travers votre prose, le pouvoir de la poésie. Je ne vous réponds pas toujours sur ce forum mais j’ai téléchargé toutes vos recensions.Avec toute mon amitié.


  Écrire II par Catherine Andrieu

C’est toujours un bonheur de commenter vos textes, et que vous téléchargiez mes recensions me touche beaucoup. On avance parfois sans trop savoir...


 

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