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Antonella di Siena - Poèmes
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 Article publié le 15 février 2026.

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Antonella di Siena - Poèmes

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  Antonella di Siena - Poèmes par Catherine Andrieu

Chez Antonella Di Siena, le poème ne cherche pas l’unité. Il cherche le point exact où l’unité se fissure sans céder, où le corps accepte de vivre en deux — non pas déchiré, mais traversé. Dual n’est pas un thème, c’est une condition d’existence. Une manière d’habiter le monde en sachant que rien ne coïncide tout à fait : ni la lumière avec la nuit, ni le souffle avec l’air, ni la main avec ce qu’elle touche.

Je viendrai. Cette phrase ne promet rien. Elle résiste. Elle se dresse contre l’obscurité qui brûle — non une obscurité passive, mais active, corrosive, qui attaque les contours, défait les jours comme on défait une matière trop longtemps exposée. Le temps, ici, ne passe pas : il se décompose. Il craque sous le vent, il devient bruit, texture, fatigue. Le poème commence dans une fatigue du monde.

Et pourtant, quelque chose insiste. Un sourire. Mais un sourire qui sépare. Non pas un sourire de paix, mais un sourire de seuil — celui qui marque la ligne exacte entre deux états de l’être. Le dual est là : dans ce point où les mains se croisent une seule fois, et où la lumière reste coincée, prisonnière du geste. La clarté ne se diffuse plus ; elle se concentre, dangereusement, dans un fragment de corps. C’est une lumière qui peut brûler autant qu’éclairer.

Alors le poème change de régime. Il descend.

Respirer ne suffit plus. Il faut respirer depuis les profondeurs. Une gorgée de fleur arrachée aux mondes souterrains — image presque impossible, tant elle associe la fragilité végétale à l’enfoui, au minéral, au neurologique. Ici, le souffle n’est pas pur. Il charrie de la poussière, de la mousse, du bruit. Même la neige n’est plus silence : elle est son, frottement, saturation. Le paradis des rossignols n’est pas une promesse : c’est une hallucination lucide, un chant tenu au bord de l’effondrement.

Puis viennent Les couleurs d’une saison. Et quelque chose, subtilement, se déplace.

On pourrait croire à un apaisement. Ce serait une erreur. La saison n’adoucit rien. Elle met à l’épreuve. Le sang n’est pas devenu jaune — formule étrange, presque clinique. Jaunir, ici, ce serait céder au temps, à l’oxydation, à la perte de tension vitale. Or le sang brûle encore dans la poitrine, mais il refuse de se montrer. Il ne se donne pas en spectacle. Il ne s’épanche pas. Il se tient dans une forme de silence éthique.

La lumière, à nouveau, se transforme. Ce n’est plus la lumière coincée du dual, mais une lumière de veille : lampe de nuit, bougie posée sur un plan d’eau. Une lumière fragile, réfléchie, tremblante, qui n’éclaire pas le monde mais permet de regarder sans dominer. Profondément dans ces yeux, quelque chose accepte de voir sans posséder. Le regard devient accueil.

Et c’est là que le poème touche à une vérité plus large que lui.

Le champ, la pluie, le vent — rien n’est approprié. Tout est donné, confié, prêté. Même l’entrée de la bouche — lieu du langage, lieu du cri — devient prairie, tournesol, coquelicot. Le corps n’est plus frontière : il est lieu de passage. Saison parmi les saisons.

Alors la biographie cesse d’être périphérique. Elle devient lisible autrement. Sociologie, neurosciences, engagement auprès des plus vulnérables, accueil d’enfants fragiles, protection des mineurs non accompagnés : non comme informations, mais comme structure intérieure du poème. Écrire, ici, c’est apprendre à ne pas écraser ce qui tremble. À maintenir une lumière assez basse pour ne pas aveugler. À vivre dans le dual sans chercher à le résoudre.

Ces poèmes ne cherchent ni la consolation ni la synthèse. Ils cherchent une justesse de tenue. Une manière d’habiter la brûlure sans la transformer en spectacle, d’habiter la saison sans la figer. Ils savent que venir — je viendrai — n’est pas arriver. C’est rester, malgré, dans l’obscurité qui brûle, avec une lampe fragile, un souffle chargé de poussière, et la certitude silencieuse que le sang, tant qu’il brûle encore, n’a pas cédé.

Catherine Andrieu


  Antonella di Siena - Poèmes par Lalande patrick


 

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