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![]() oOo Je marche là où l’avenir ne sait plus s’ouvrir, dans cette hésitation vaste comme une mer retenue, et je sens sous mes pas le tremblement d’un temps qui ne s’écoule plus mais respire, lentement, comme un animal blessé qui aurait décidé de ne pas mourir. Rien n’est sûr, rien n’est stable, et pourtant tout insiste — une lumière infime, presque honteuse, qui persiste à travers la matière du doute, comme si le monde refusait, malgré tout, de se retirer de lui-même.
Je ne vais plus vers demain comme on se projette, mais comme on s’approche d’un seuil vivant, une membrane fragile où chaque instant se défait pour renaître autrement. Le présent se délite en nappes de silence, traversé d’invisibles fissures, et c’est dans ces failles que je demeure, attentive, car quelque chose y palpite encore, quelque chose qui ne renonce pas.
Autour de moi, les visages semblent avoir perdu leur profondeur, comme vidés de leur nuit et de leur rêve, mais je ne peux m’empêcher de guetter, sous cette surface close, la moindre brèche. Il suffit parfois d’un presque rien — une vibration, une chute imperceptible — pour que le monde recommence à parler. Alors je n’ordonne plus, je n’organise plus, je laisse venir ce qui tremble, ce qui échappe, et dans cet abandon naît une musique si fine qu’elle pourrait passer pour du silence, mais elle est là, pourtant, irréductible.
La douleur elle-même change de visage. Elle n’est plus seulement ce qui entaille, elle devient ce qui travaille en profondeur, ce qui transforme lentement la nuit en une autre matière. Quelque chose, sous l’obscurité, se met à muter, à chercher une forme qui n’existait pas encore. Et je comprends que la blessure n’est pas la fin, mais une traversée, une lente alchimie dont je ne possède ni la clé ni l’issue.
Je ferme les yeux, et loin de disparaître, le monde afflue autrement. Il se rassemble dans un tremblement plus juste, plus nu, oscillant entre la chute et l’éclosion. Rien n’est tranché. Tout vacille. Et dans ce vacillement, une naissance s’invente sans bruit.
Même le vertige, même l’appel du vide changent de nature. Ce qui me semblait gouffre devient profondeur habitée, une obscurité qui porte en elle une promesse encore informe. Je n’y tombe plus, j’y entre, comme dans un ventre incertain où quelque chose cherche à prendre corps.
Alors je parle bas, à peine, et les mots ne sont plus des certitudes mais des ouvertures. Ils s’éclairent de l’intérieur, comme si une braise les traversait sans les consumer. Le feu ne détruit plus : il circule, il apprend la douceur, il épouse le souffle au lieu de le dévorer.
Tout tangue, oui. Tout demeure instable. Et pourtant je marche encore, portée par cette oscillation même, par cette hésitation qui n’est peut-être rien d’autre qu’une forme secrète de fidélité à la vie.
Car l’avenir ne s’est pas éteint. Il tremble seulement, et dans ce tremblement, je reconnais une obstination fragile, une manière de continuer malgré l’ombre.
Alors j’écris.
Non pour fixer, non pour croire, mais pour accompagner ce qui vacille, pour lui offrir un lieu où tenir encore, un instant de plus, afin que même hésitant, même presque effacé, l’avenir consente à demeurer. |
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Lecture dans le silence. https://youtu.be/dT76-Gjn_Ig?is=Lf5LvhWMWLHiJXii