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Quand souffle le zéphyr du printemps
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 Article publié le 26 avril 2026.

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Quand souffle le zéphyr du printemps

 

poème extrait du livre "Voyageur des vents du sud" - chez Lulu.com

 

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  Quand souffle le zéphyr du printemps par Catherine Andrieu

Il y a, dans ce poème de Mirela Leka Xhava, quelque chose qui se défait avec une douceur presque imperceptible : une lente désacralisation du monde, comme si l’on retirait aux images leur auréole pour en éprouver enfin la vérité nue.

Car lorsque souffle ce zéphyr du printemps, ce n’est pas seulement la saison qui revient — c’est l’attente ancienne, presque archaïque, d’un miracle. L’attente que de la matière surgisse le divin, que de la beauté naisse une révélation. Et aussitôt, le poème se dresse contre cette illusion fondatrice : Sandro Botticelli n’engendrera pas Vénus hors de sa toile, pas plus que l’image ne sauvera celui qui la contemple.

C’est ici que le texte devient profondément philosophique : il ne détruit pas les mythes, il les restitue à leur origine humaine. Les dieux ne sont plus des puissances transcendantes, mais des noms donnés à nos vertiges. Nos fautes, nos désirs, nos contradictions — voilà la véritable matière du sacré. Et dans ce geste de dévoilement, quelque chose d’essentiel advient : le monde perd sa magie artificielle pour retrouver une intensité plus grave, plus incarnée.

L’opposition entre anges et démons, si familière, se révèle alors comme une construction fragile, une architecture mentale destinée à contenir l’inacceptable. Comme chez Dante Alighieri, l’enfer n’est jamais ailleurs : il est une projection, une mise en forme du trouble humain. Mais là où Dante ordonne, classe, hiérarchise la faute, Mirela Leka Xhava dissout ces catégories. Elle les appelle « amalgames », et dans ce mot il y a toute une critique du langage — ce pouvoir de figer ce qui, en vérité, ne cesse de se métamorphoser.

Ce poème travaille donc à défaire les évidences. Il retire aux images leur certitude, aux récits leur stabilité, aux symboles leur fixité. Et pourtant, il ne sombre jamais dans le nihilisme. Car après avoir retiré au monde ses illusions, il lui restitue quelque chose de plus fragile, mais de plus juste : une possibilité d’être.

Ce « sens-toi à nouveau enfant » n’est pas une consolation naïve. Il est un geste radical. Il signifie : abandonne les constructions, les systèmes, les héritages symboliques qui t’éloignent de toi-même. Reviens à une perception première, antérieure au langage, où le monde n’est pas encore interprété, mais simplement éprouvé.

Alors, le printemps cesse d’être une métaphore. Il devient une expérience. Les fleurs qui tombent sur les épaules ne sont plus des signes — elles sont des événements minuscules, presque sacrés dans leur simplicité. Et le sourire rendu au soleil n’est pas une image poétique : c’est un acte de présence.

Ainsi, ce texte accomplit un mouvement rare : il traverse les illusions sans les mépriser, il les reconnaît comme nécessaires, puis il les dépasse sans violence. Il ne s’agit pas de renoncer au mythe, mais de comprendre qu’il est né de nous — et qu’à ce titre, il peut être traversé.

Ce qui demeure, au bout du poème, ce n’est ni le divin ni le tragique. C’est une forme de lucidité tendre, presque silencieuse, où l’être humain, délesté de ses projections, se retrouve face à la lumière, dans une nudité qui n’a plus besoin de se raconter.

Et c’est peut-être là, précisément, que commence la vraie beauté : non plus celle qui promet, mais celle qui advient.

Catherine Andrieu


  Quand souffle le zéphyr du printemps par Lalande patrick


 

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