Il est des poèmes qui ne cherchent pas à dire le monde mais à le recueillir dans la paume ouverte d’un regard. Paraboles de la vie appartient à cette famille discrète de textes qui avancent avec la simplicité des premières lumières. Ici, rien de l’ironie contemporaine, rien de la sophistication qui détourne l’écriture de son origine profonde. Quelques images seulement : des nuages violets, un horizon, des eaux, un aigle. Et pourtant quelque chose d’essentiel se joue dans cet espace apparemment paisible.
Car ce poème est moins une description de paysage qu’une méditation silencieuse sur la force qui traverse le vivant. Le matin n’est pas seulement un moment du jour ; il devient une naissance perpétuelle. Les nuages reflètent l’image du matin comme si le monde entier participait à sa propre recréation. Tout semble relié dans une circulation secrète : le ciel, l’eau, la lumière, la pierre. Rien n’est isolé. Chaque élément existe dans le regard de l’autre.
Cette vision du réel possède quelque chose d’archaïque au sens le plus noble du terme. Elle nous ramène à une époque intérieure où l’homme n’avait pas encore dressé de frontières rigides entre lui-même et la nature. L’horizon peut être « ivre », les eaux dialoguent avec le ciel, le matin devient presque une présence. Le poème retrouve ainsi une ancienne fraternité du monde, celle que les civilisations modernes ont souvent oubliée dans leur volonté de maîtrise.
Puis surgit l’aigle.
Sa présence modifie soudain la respiration du texte. Jusqu’alors, tout relevait de l’harmonie et de la contemplation. L’apparition du rapace introduit une autre vérité : celle de la puissance. Mais cette puissance n’est pas présentée comme une violence gratuite. Elle appartient à l’ordre même du vivant. L’aigle plane au-dessus des rochers comme une figure de souveraineté intérieure. Ses ailes portent la majesté, ses griffes rappellent la nécessité du combat.
Ce qui frappe alors est l’expression finale : « le monde brisé ». Elle ouvre soudain une profondeur inattendue. Le poème cesse d’être seulement une célébration de la nature. Il devient une réponse au désordre, à la fracture, à la vulnérabilité des existences humaines. Face à ce monde blessé, l’aigle ne s’effondre pas. Il continue de voler.
Peut-être est-ce là la véritable parabole annoncée par le titre. La nature n’est pas seulement belle ; elle enseigne. Le lever du soleil, le mouvement des eaux, la patience des rochers, le vol de l’aigle deviennent autant de leçons discrètes adressées à celui qui traverse ses propres ruines. La vie demeure capable de s’élever au-dessus des fractures qu’elle rencontre.
Mirela Leka Xhava choisit une langue limpide, presque élémentaire. Certains lecteurs pourraient souhaiter davantage de complexité ou d’audace formelle. Pourtant cette simplicité participe de la cohérence du texte. Elle permet aux images de conserver leur fonction première : celle de signes ouverts, de portes vers une méditation plutôt que vers une démonstration. Le poème n’impose rien ; il suggère.
Et c’est peut-être ce qui demeure après la lecture : la silhouette de cet aigle suspendu entre ciel et pierre. Non comme un symbole de domination, mais comme la figure d’une fidélité à soi-même. Dans un monde qui se fracture, il continue d’habiter la hauteur. Dans un monde qui s’obscurcit, le matin continue de naître.
« Au sommet des rochers, un aigle plane,
Fierté et majesté des ailes,
Griffes de chasseur prêtes à dévorer les cieux,
Temps de triomphe sur le monde brisé. »
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Il est des poèmes qui ne cherchent pas à dire le monde mais à le recueillir dans la paume ouverte d’un regard. Paraboles de la vie appartient à cette famille discrète de textes qui avancent avec la simplicité des premières lumières. Ici, rien de l’ironie contemporaine, rien de la sophistication qui détourne l’écriture de son origine profonde. Quelques images seulement : des nuages violets, un horizon, des eaux, un aigle. Et pourtant quelque chose d’essentiel se joue dans cet espace apparemment paisible.
Car ce poème est moins une description de paysage qu’une méditation silencieuse sur la force qui traverse le vivant. Le matin n’est pas seulement un moment du jour ; il devient une naissance perpétuelle. Les nuages reflètent l’image du matin comme si le monde entier participait à sa propre recréation. Tout semble relié dans une circulation secrète : le ciel, l’eau, la lumière, la pierre. Rien n’est isolé. Chaque élément existe dans le regard de l’autre.
Cette vision du réel possède quelque chose d’archaïque au sens le plus noble du terme. Elle nous ramène à une époque intérieure où l’homme n’avait pas encore dressé de frontières rigides entre lui-même et la nature. L’horizon peut être « ivre », les eaux dialoguent avec le ciel, le matin devient presque une présence. Le poème retrouve ainsi une ancienne fraternité du monde, celle que les civilisations modernes ont souvent oubliée dans leur volonté de maîtrise.
Puis surgit l’aigle.
Sa présence modifie soudain la respiration du texte. Jusqu’alors, tout relevait de l’harmonie et de la contemplation. L’apparition du rapace introduit une autre vérité : celle de la puissance. Mais cette puissance n’est pas présentée comme une violence gratuite. Elle appartient à l’ordre même du vivant. L’aigle plane au-dessus des rochers comme une figure de souveraineté intérieure. Ses ailes portent la majesté, ses griffes rappellent la nécessité du combat.
Ce qui frappe alors est l’expression finale : « le monde brisé ». Elle ouvre soudain une profondeur inattendue. Le poème cesse d’être seulement une célébration de la nature. Il devient une réponse au désordre, à la fracture, à la vulnérabilité des existences humaines. Face à ce monde blessé, l’aigle ne s’effondre pas. Il continue de voler.
Peut-être est-ce là la véritable parabole annoncée par le titre. La nature n’est pas seulement belle ; elle enseigne. Le lever du soleil, le mouvement des eaux, la patience des rochers, le vol de l’aigle deviennent autant de leçons discrètes adressées à celui qui traverse ses propres ruines. La vie demeure capable de s’élever au-dessus des fractures qu’elle rencontre.
Mirela Leka Xhava choisit une langue limpide, presque élémentaire. Certains lecteurs pourraient souhaiter davantage de complexité ou d’audace formelle. Pourtant cette simplicité participe de la cohérence du texte. Elle permet aux images de conserver leur fonction première : celle de signes ouverts, de portes vers une méditation plutôt que vers une démonstration. Le poème n’impose rien ; il suggère.
Et c’est peut-être ce qui demeure après la lecture : la silhouette de cet aigle suspendu entre ciel et pierre. Non comme un symbole de domination, mais comme la figure d’une fidélité à soi-même. Dans un monde qui se fracture, il continue d’habiter la hauteur. Dans un monde qui s’obscurcit, le matin continue de naître.
« Au sommet des rochers, un aigle plane, Fierté et majesté des ailes, Griffes de chasseur prêtes à dévorer les cieux, Temps de triomphe sur le monde brisé. »