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 Article publié le 31 octobre 2009.

oOo

Cow-Boy

Ce vieux cow-boy, il vivait dans une cabane derrière le château Colbert. Entre lui et le bourg, y´avait Bouddha, et il se tenait tranquille au bord de son chemin de poussière, au bout de ses bottes pointues. Et puis un jour, ça lui a pris, juste comme je passais devant le bar des sports :
— T´as traversé l´Équateur ?
J´ai dit non
— Alors t´es pédé ?
J´ai dit non
— Moi, tu vois, il a continué, j´ai traversé l´Équateur, pour ça que j´ai l´oreille percée, toi, t´es pédé. Comme tous les petits garçons de ton age, des petits pédés…
J´ai regardé sa gueule dans le soleil, sa gueule coupée au couteau de cuisine, et son chapeau de cow-boy en paille. L´ombre lui tombait à mi-parcours du pif. Il sentait la pisse. Il est rentré dans le bar des sports
Avec son Équateur
Comme un chien humide
Dans le dos
— Ouais, des petits pédés, il s´est marré.

 

Laïque

L´école Laïque était accrochée
Au mur de l´Église
Tandis que l´autre, là-haut, la privée
La Catholique
Elle donnait juste en face du Super U. Un soir
Mon père il est rentré il a dit
C´est le fils de Jean
Avec deux autres gars
Jean, il avait un bras qui perpendiculait
Et son fils, avec deux autres gars
On n´aurait pas dit
Mais il lui avait bel et bien foutu le feu
À la Catholique
On a tous parlé tous un peu que d´ça
Dans la cour de la Laïque
Au PMU, au bar des sports, à la sortie de l´Église
Les gens disaient si c´est pas malheureux cette jeunesse y´a plus de valeurs une vraie taille !
Et puis ça s´est tassé
Ils ont repeint les murs
En gris
Pardessus la fumée noire

 

Horizontal

Il pensait, c´t´andouille, que le sexe des filles était à l´horizontal, et que nos couilles,
Tombaient là-dessus comme un couché de soleil.
Je lui ai dit suis-moi.
La petite Nat´, elle descendait sa culotte
Pour pas cher.
Allongée dans la grange d´abandon, les jambes en l´air, et nous debout, comme deux zigues au bord du monde rose, je lui ai dit alors, tu vois ? Et les yeux lui sortaient de la tête, à c´t´andouille. C´est par là qu´t´es venu, par là qu´on vient tous, nu, une claque dans le dos, lumière, un beau jour… Les grands rois, les corniauds, et toute la sainte baraque. Le bonheur et la tristesse, le rire, les larmes… Tout sort de là, de cette VERTICALE, tout le foutu monde, t´entends !? Pissenlit au fusil, pelles et pioches dans la charrette, et entonne la chanson, garçon.
La verticale nous regardait, muette, rose, on aurait dit
De la plume.
Et le trou du dessous ? il m´a demandé.
Ça, ça c´est pour les regrets, petit père, les poètes, et nous, on est pas grand-chose…
Ferme les yeux.
Il a mis ses mains dans ses poches, sa bouche dans une drôle de moue, et Nat´ s´est relevée,
Nature.
Z´êtes content, maintenant ?
Frotte-moi la jupe, elle a dit.
J´ai enlevé les bouts de paille avec le vent qui sortait de mes mains, et l´on est revenu dans le bourg, sous le soleil de 4 heures. Quand même, il s´l´est ramené un dernier coup, c´est bizarre ton histoire. Ta gueule, j´ai dit, tu comprends vraiment rien, hein ? Il a haussé les épaules et Nat´ s´est faite une queue-de-cheval dans un reflet,
Nature.


La prof de bio est morte

Et ils sont tous là, et moi aussi, et le soleil joue de l´orgue à lumière à travers les vitraux. Leurs yeux sont enfouis dans de grands mouchoirs blancs, roses, de Cholet. Ils pleurent, tous –les Fred, les Sylvie, les Raphaëlle– tandis que le curé dit des choses que je n´entends pas. Ou ne comprends pas. Des choses comme de la pierre froide, des choses qui tremblent et vacillent autour des cierges, dans la pénombre, notre père, et le Christ, là-haut, sur sa croix, la tête penchée, cloué. Je le regarde et j´aimerais bien, moi aussi, comme tout le monde, je force, comme dit ma mère, pleure, tu pisseras moins, mais rien ne vient. Et puis elle se lève, elle, la déléguée, elle y va, elle y monte, son sacré cœur de bourrique, les joues toutes mouillées, elle déplie son bout de papier, ses mains tremblent… Nous… Tes élèves… Sa voix tremble… Une dernière fois… Elle avait un grand nez, la prof de bio. Un grand nez tout tordu au milieu, et puis ses cheveux, frisés au carré. Elle vivait sur la route des Echaubrognes, à gauche, un petit chemin où je n´avais jamais foutu les pieds. Elle en avait des souris blanches, et on leur ouvrait parfois le bide, pour voir comment c´était foutu là-dedans…
Je cligne des yeux, je mets les mains dans mes poches, le nez dans mes grolles, on est dehors maintenant, ils mettent le cercueil dans le corbillard, lentement, et je les entends, devant moi : t´as fait semblant, semblant de pleurer, tu la connaissais même pas ! Parce que tu la connaissais, toi ? Pauv´ con ! Je parie que tu t´es mis des gouttes dans les yeux… Et de quoi elle est morte, d´abord, tu le sais ça ? Elle a bouffé trop de pain blanc, c´est c´qu´on dit… Trop de pain blanc, trop de pain blanc… Elle est morte du cancer. Et alors, qu´est-ce que ça prouve ? Que t´as le droit de pleurer et moi pas ? Quand on connaît pas, on pleure pas, c´est comme ça.

J´ai jeté un dernier œil au corbillard, et puis Erwan m´a tiré la manche.

— Alors, on va se la fumer cette clope ?

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