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L'impossible
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 Article publié le 14 décembre 2009.

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« J’appelle expérience un voyage au bout du possible de l’homme. Chacun peut ne pas faire ce voyage, mais s’il le fait, cela suppose niées les autorités, les valeurs existantes, qui limitent le possible. Du fait qu’elle est négation d’autres valeurs, d’autres autorités, l’expérience ayant l’existence positive devient elle-même positivement la valeur et l’autorité. » Georges Bataille, L’expérience intérieure

 

Aller jusqu’au bout des possibles, et buter sur l’impossible…

Aller jusqu’au bout des possibles dans le but avoué de faire l’expérience de l’impossible, cela, a priori, ne se peut pas : c’est l’impossible même, car, enfin, l’impossible n’est que le résultat accidentel d’une quête ou d’une recherche qu’a priori rien n’entrave.

L’impossible est une donnée d’expérience, elle peut-être transmise à un enfant par les adultes. On lui dira : « Les hommes ne peuvent pas voler. » Un jour, les hommes ont volé, l’impossible d’hier n’est plus l’impossible d’aujourd’hui.

A posteriori seulement, on peut dire : « Ca, c’est impossible. »

On dit : « A l’impossible, nul n’est tenu. », en d’autres termes : il ne faut pas demander l’impossible aux autres…

Mais pour savoir ce qui est impossible, il faut avoir épuisé les possibles !

Il y a là, malheureusement, matière à culpabilité : comment être sûr que l’on a épuisé tous les possibles ?

Une personne qui s’ingénie à se refuser », qui refuse le jeu de l’exploration des possibles, qui reste sur son quant à soi, aura beau jeu de dire à une personne plus aventureuse et plus généreuse de nature : « Tu vois, je n’y arrive pas, je suis comme ça, c’est impossible pour moi de faire ce que tu me demandes. »

Il y a là un déni et un refus : la personne aventureuse ne saura jamais ce qu’il est possible d’entreprendre avec celui ou celle qui se retranche derrière des limites acquises qui valent pour interdits. Ce déni est une ruse : elle vise à engendrer un sentiment de culpabilité chez la personne généreuse.

Plus la personne généreuse sera entreprenante, plus elle se verra opposer un refus : le déni : « Ce que tu me demandes est impossible pour moi. » sert à motiver le refus qui ne se formule jamais - il y a honte à s’avouer et à avouer à l’autres ses limites, c’est-à-dire ses insuffisances - refus qui pourrait se verbaliser ainsi : « Ne m’approche pas, ne tente pas de repousser mes limites, tu ne ferais que mettre en évidence mes insuffisances. »

Demander l’impossible à quelqu’un semble injuste, mais c’est une belle illusion créée, puis entretenue par celui ou celle qui se refuse à admettre que le déni qu’il ou elle prononce à son propre endroit relève d’une forme de suffisance replète - « Je suis bien comme je suis. » - qui cache mal un mal être, une mauvaise conscience, un doute quant à la validité de ses désirs, un refus énergique de les accueillir pour les affronter en les confrontant aux désirs d’autrui.

On fait d’abord l’expérience de l’impossible sur soi quand on se refuse à repousser ses propres limites. Le refus peut-être motivé par la morale régnante que l’on a faite sienne, qui nous tyrannise tout en nous protégeant contre nous-mêmes, on peut aussi, par le passé, avoir touché à ses propres limites et avoir ensuite « régressé », reculé devant ses possibles parce que les circonstances de notre vie nous ont mis dans la situation, durable ou momentanée, de se refuser à renouveler cette expérience des limites.

Une personne qui me dit : « Tu me demandes l’impossible. » n’est pas forcément une personne qui a épuisé tous les possibles, elle ne veut tout simplement pas que je m’approche d’elle pour la « tenter » : elle ne veut pas relever le défi que je suis pour elle : toucher à ses propres limites pour ensemble les faire reculer.

Elle n’entend pas l’appel. Sa demande à elle est simple, en apparence : « Laisse moi comme je suis, contente-toi de ce que je suis. », demande a minima, demande qui n’en est pas une : cette personne est peu exigeante, elle réclame en contre partie à son partenaire de l’être peu avec elle également…

« Fiche-moi la paix, laisse-moi tranquille, je suis bien comme je suis ! » Voilà le message implicite d’une personne qui a peur de reculer ses propres limites en se frottant aux limites d’autrui pour les repousser toutes deux.

 

 

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Certaines personnes usent d’arguments essentialistes - je suis comme ça, on n’y peut rien changer – ils disent par exemple, sur le mode scientifique - pour donner plus d’autorité à leur propos - : « Je n’y peux rien, c’est dans mes gènes. »

Autant dire : « Ne m’en demande pas trop ! Prends-moi comme je suis ! Je suis à prendre ou à laisser. »

Il y a là un défi : « Oseras-tu te défaire de moi ? »

L’essentialisme permet de passer sous silence le vécu, c’est-à-dire les choix de vie conscients qui ont été opérés au cours d’une existence en fonction de fantasmes développés dans l’enfance et l’adolescence.

Une personne prise aux pièges de sa sollicitude sera tentée d’en rester là, de se contenter de ce que son partenaire peut lui donner pour ne pas l’accabler de reproches. Elle s’en fera à elle-même, ce qui est plus aisée : elle pensera : « Qui suis-je pour lui demander ce qu’il ne peut pas me donner ? », au lieu d’en tirer les conclusions qui s’imposent : « Tu ne me donnes pas satisfaction, je vais voir ailleurs. »

Le partenaire qui culpabilise a la tâche facile, si son partenaire est mu par un sentiment de responsabilité à son égard. Ce dernier confond facilement responsabilité et culpabilité.

« A l’impossible nul n’est tenu. », « Tu me demandes l’impossible. », ces phrases, on peut en faire un usage double : elles ne sont ni vraies ni fausses, tout dépend de la situation dans laquelle elles sont employées.

Une personne qui a intérêt à maintenir le statu quo s’en servira comme d’un rempart : elle ne veut pas « changer ». On n’accepte de changer, on ne suit les conseils d’une personne que si on l’aime. Celui ou celle qui ne veut pas changer d’un iota, ne change pas parce qu’il n’aime pas son partenaire.

En revanche, une autre personne qui subit une demande monstrueuse, monstrueuse parce que réellement destructrice, aura raison d’arguer qu’on lui en demande trop…

 

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